Climat, écologie et société : voici trois voies d'action pour entrer en transition

Un changement radical de notre façon d’habiter le monde s’opérera dans les prochaines décennies. À nous de le choisir ou de le subir. Avec cette question, aussi : la crise écologique est-elle l’occasion d’une renaissance spirituelle ?

Contribution externe
Climat, écologie et société : voici trois voies d'action pour entrer en transition

Une carte blanche de Pierre Heneffe, juriste d'entreprise retraité (*).

Que nous le voulions ou non, le réchauffement climatique et les multiples dégradations environnementales modifient déjà et modifieront profondément notre manière d’habiter la terre.

Divertis sans répit par le superflu imposé des réseaux sociaux et des médias, nous manquons l’essentiel. Nous ne savons plus comment produire ce dont nous avons uniquement besoin, tout en écartant toutes les activités écocides.

Trois voies d'action ou trois étapes - supposant chacune que « Dieu existe encore » (1)- sont ici suggérées :

1°) Une première voie « contemplative »

Toute guérison implique la guérison de soi. Pourquoi les choses tournent-elles si mal, alors qu’au cours de l’Histoire les êtres humains ont très souvent été violents et égocentriques ? La connaissance de la nature découverte par la science et la technologie ont rendu notre folie démesurée. Pourquoi, malgré toutes nos avancées médicales, économiques et scientifiques, sommes-nous si peu sages dans la gestion de notre Terre ?

Les différentes réponses tissées antérieurement par les traditions spirituelles semblent aujourd'hui perdues. Il y a désormais confusion et rupture avec la transmission vivante de la sagesse.
Nous avons à nous réparer nous-mêmes, à nous reconnecter avec les maillons de la chaîne brisée de l'Être et à (re)voir la beauté même de la nature humaine. (2) Nous réveiller demande d'être pleinement conscient de la psychologie de l'ego. L'homme qui se restaure fait de lui-même « un tremplin pour s'élever vers Dieu », écrivait saint Augustin.

Créons vite le plus grand nombre de « sages » (personnes conscientes, présentes et vigilantes) autour de nous ! Devenons joyeux et contagieux pour envahir la société, en organisant toute la vie politique à venir autour des enjeux fondamentaux et transnationaux de vie et de justice. Des personnes aux croyances extrêmement différentes pourront ainsi reconnaître qu'elles partagent un terrain et un objectif communs.

2°) Une seconde voie d’écologie intégrale

Nous devons admettre que le capitalisme biocide n’offrira pas de perspective sérieuse. Nous n'obéissons plus qu'à une économie qui colonise nos âmes, à travers la captation de nos ressorts intimes. L’homme actuel veut clairement s’affranchir de ses limites (notamment à travers le transhumanisme) ; il cherche le pouvoir absolu de l’homme qui veut devenir un dieu, au sens égotique du terme.

Des logiques folles gouvernent actuellement le monde, l'économie, l'agriculture industrielle, la technologie, la finance mondiale, la biologie…Comment ne pas voir que notre société est gravement malade ? La maladie est là, emprisonnante ; relevons nos têtes, cherchons et agissons!

La construction d’une société de simplicité volontaire est indispensable pour permettre à tous de vivre sur une seule planète.

La simplicité volontaire, c’est marcher plus légèrement sur la terre et réduire son empreinte et son emprise. C’est accorder aux générations futures l’espace dont elles auront besoin. C’est changer de cap pour entrer dans une nouvelle histoire.

L’écologie intégrale nous écarte de l’économie-monde capitaliste qui favorise l’édification d’entreprises multinationales surpuissantes, à l’échelle du grand marché qu’est désormais devenue la Terre. Il s’agit dès lors de réintroduire la verticalité de l’être humain, sa polarité féminine (écoute-réceptivité, accent sur la qualité du cœur plutôt que sur la performance et l’avidité) au cœur même de chaque être humain et, corrélativement, au cœur du fonctionnement de la société.

3°) La voie du « monde d’après »

Alors à quoi ressemblerait le « monde d’après » que beaucoup appelaient de leurs vœux au cours de la pandémie ?

Des alternatives au système actuel existent bel et bien. Leur mise en œuvre suppose une révolution spirituelle qui nous oblige, sans renoncer aux aspirations de notre modernité démocratique, à combiner de façon inédite lucidité et courage personnels avec une action politique collective nécessitant de nouveaux outils démocratiques.

La révolution spirituelle viendra de notre métanoïa. Le renouveau démocratique prendra appui sur notre constatation du manque d'éthique en politique. Nous avons besoin de collégialité pour nos institutions, de tirage au sort dans la représentation démocratique, de référendums et de conventions citoyennes, bref, de revoir nos règles du jeu, à l'image de ce qui se passe actuellement au Chili (3).

Dans l'évangile de Jean, Jésus enseigne que nous ne sommes pas « du monde », mais envoyés « dans le monde » (Jean 17, 14-18) ; il nous révèle d'où vient la vie vivante, quelle identité est essentielle, ce qui donne l'élan de la dynamique de dons, ce qui rend capable d'aimer. Ce qui reste à accomplir, à construire dans le monde d'après, pour le monde d'aujourd'hui, est laissé à la créativité des disciples. Il nous invite à ancrer notre action dans la dynamique du don, en étant responsables pour vivre dans le monde mais de manière non coïncidente avec le monde, qui ne connaît pas son origine et son réel, le monde replié sur lui-même dans ses logiques de pouvoir, de domination, de consommation (4).

« Cherchons pour que tout repose sur un point indestructible, en-deçà, au-delà de toutes nos certitudes et inquiétudes, un je-ne-sais-quoi pour nos raisons trop courtes, et qui soit capable de survivre à l'invasion du chaos » (5).

« Le Royaume est proche, nous devons le mettre au monde. Nous avons à faire sortir le Royaume qui est en chacun de nous, à matérialiser le Royaume qui dort en nous. Il dépend de chacun de nous de faire de cette terre le Royaume » (6).

Références

* Ce texte est le troisième d'une série de trois textes dédiés à la transition. Le premier texte était intitulé "Pour affronter les enjeux climatiques, la technologie ne suffira pas". Le deuxième "La crise climatique sera-t-elle l'occasion d'une renaissance spirituelle?"

1 A. Comte-Sponville et P. Capelle-Dumont, Dieu existe-t-il encore ? Éditions du Cerf, 2005

2 Laurence Freeman, bulletin de la wwcm.fr, décembre 2021

3 https://www.revuepolitique.be/chili-vers-la-fin-de-la-democratie-representative/

4 Prédication du 24 mai 2020 de Dominique Hernandez, Église protestante unie de France.

5 Maurice Bellet, Question, https://belletmaurice.blogspot.com/

6 Yvan Amar, Le Maître des Béatitudes, Albin Michel, 2000.