Pour un index plafonné et défiscalisé

À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, priorité au pouvoir d’achat des bas salaire et à la défense de l’emploi.

Contribution externe
Pour un index plafonné et défiscalisé
©FLEMAL JEAN-LUC

Un regard de François le Hodey, CEO d'IPM.

Quelles sont les données de l’équation économique, du pouvoir d’achat et de l’emploi ?

L’inflation est provoquée par une rareté de l’offre dans une série de secteurs dont l’énergie, des matières, composants et produits finis.

Cette inflation met en difficulté de très nombreuses personnes, il faut trouver une solution, surtout pour les plus fragilisées, mais il faut aussi intégrer qu’une injection de pouvoir d’achat auprès des ménages n’aura pas pour conséquence d’augmenter les offres en pénurie, elle aura plutôt comme conséquence d’alimenter l’inflation en soutenant la demande.

L’indexation des salaires est à première vue la solution simple, les coûts des ménages augmentent tout comme les salaires.

En fait, quand une entreprise paye 100 en indexation de salaire, le travailleur ne perçoit que 30, les 70 autres partent à l’État, à l’ONSS et à l’Office des pensions.

L’autre enjeu étant de savoir comment les entreprises vont gérer une telle augmentation de leurs coûts.

Il faut distinguer les entreprises qui ont du pricing power (la capacité d'augmenter leurs prix grâce à une structure de marché peu concurrentielle), de celles qui n'ont pas ce pricing power (n'ont pas la possibilité d'augmenter leurs prix du fait qu'elles évoluent sur un marché hautement concurrentiel).

Un président de parti s’exprimant dans les médias défendait l’indexation en évoquant le fait que les entreprises étaient parfaitement capables d’encaisser ce choc grâce à leurs très grands bénéfices. Ce raisonnement est totalement inexact.

Les entreprises qui génèrent ces bénéfices sont celles qui ont du pricing power, elles ne vont pas assumer l'indexation via une réduction de leurs bénéfices, elles vont utiliser leur pricing power et augmenter leurs prix, alimentant de la sorte l'inflation ; ce sont les consommateurs qui au final paieront l'indexation de ces travailleurs.

Les entreprises qui n'ont pas de pricing power n'auront pas d'autre choix que de réduire leurs coûts en renégociant avec leurs fournisseurs et/ou en réduisant l'emploi.

On le voit, l’indexation automatique des salaires dans un contexte d’hyperinflation conduira à l’augmentation des prix des entreprises fortes, et à la réduction de l’emploi dans les entreprises évoluant sur des marchés hautement en concurrence.

Les seuls vrais gagnants de l’indexation des salaires, ce sont l’État et la sécurité sociale.

N’est-ce pas incroyablement inique ? Les entreprises devront se restructurer avec des dégâts sur l’emploi, alors que l’État, lui, touchera les deux tiers de l’indexation sans devoir se restructurer.

Nous sommes dans une crise considérable, nous sommes solidaires des victimes d’une guerre barbare, c’est irresponsable de croire que l’on pourra assumer ces chocs sans changer nos habitudes.

À situation exceptionnelle, solution exceptionnelle, il est urgent que le gouvernement et les partenaires sociaux donnent un signal clair au monde des entreprises, sur une solution qui préserve le pouvoir d’achat "des travailleurs" par priorité à celui de "l’État", et qui évite des réductions massives de l’emploi.

Enfin, l’inflation ne heurte pas de la même manière les travailleurs, il y a une énorme différence selon que l’on est un bas ou un haut salaire (notamment avec voiture mise à disposition, carte essence…).

Dans cette situation de crise extrême, il faut un sursaut de responsabilité sociale en allouant de manière prioritaire la faible marge de manœuvre aux plus fragiles d’entre nous.

Le chemin critique est étroit.

Une mesure absorbable par la plupart des entreprises, qui rencontrerait les enjeux de pouvoir d’achat et non destructrice d’emploi, serait de plafonner l’indexation (au-delà d’un salaire à fixer, l’indexation ne s’appliquerait plus), et de défiscaliser cette indexation afin de réduire la ponction de l’État.

La défiscalisation pourrait par exemple être réalisée via une dispense de précompte professionnel généralisée sur les indexations de 2023, à l’instar du système existant pour la recherche et développement.

Un tel index plafonné et défiscalisé devrait être appliqué à tous les travailleurs, tant des secteurs privés que des secteurs publics, aux fonctionnaires et aux parlementaires et ministres.