Comment expliquer les échecs des étudiants ? Et comment les éviter?

Ces quelques réflexions sont évidemment des idées personnelles qui sont incomplètes, partielles, simples, parfois simplistes mais si elles peuvent ne fut ce qu’aider un étudiant, elles auront valu la peine d’être mises sur papier.

Contribution externe
Comment expliquer les échecs des étudiants ? Et comment les éviter?
©GUILLAUME JC

Une carte blanche de Bertrand Hamaide, Vice-Recteur, Université Saint-Louis-Bruxelles

Comme chaque année, l’émotion après la publication des résultats de première session à l’université est palpable et comme chaque année, les proclamations ont fait des déçus. Les résultats sont-ils moins bons que les années précédentes ? Peut-être et en tout état de cause, cela ne m’étonnerait pas et ça peut s’expliquer assez aisément. Les résultats sont ils définitifs ? Certainement pas puisqu’il y a une seconde session et que de nombreux étudiants étalent aujourd’hui leurs examens sur les deux sessions.

Je voudrais aborder ici quelques éléments explicatifs sur l’échec aujourd’hui, sans être exhaustif bien évidemment, et donner quelques recettes pour aider les étudiants renverser la tendance pour l’avenir.

Comment expliquer le taux d'échecs?

De nombreuses explications sur le pourcentage trop important d’échec dans les études supérieures ont déjà été avancées et sont connues de tous les acteurs. Notre taux d’échec est bien plus élevé que dans d’autres pays : c’est logique puisque, hormis en médecine et pour les études d’ingénieur civil, il n’y a pas de barrière à l’entrée à l’université. L’échec se fait donc ex-post et pas ex-ante. De nombreux étudiants remarquent qu’ils ne sont pas faits pour les études qu’ils ont choisies et abandonnent en cours de route pour se réorienter l’année suivante, ce qui gonfle aussi artificiellement les statistiques puisqu’ils ne présentent aucun examen…

Le syndrome Jacques Martin

Ce qui m’inquiète davantage et ce qui est relativement neuf, c’est le syndrome Jacques Martin. Les plus anciens se souviendront de l’émission « l’École des fans » présentée par Jacques Martin dans les années 80 et 90 ; les enfants entonnaient un couplet et un refrain d’un artiste francophone devant cet artiste et les autres enfants donnaient une note qui, par bonheur, et sauf exception, était systématiquement de 10. Donc, tout le monde gagnait.

On peut faire une analogie, certes un peu exagérée, aux examens des deux années académiques précédant celle qui se termine ici, durant la période Covid. Si cette période a été complexe pour les établissements et pour les enseignants, elle l’a été encore bien plus pour les étudiants qui, au lieu de vivre les meilleurs moments de leur vie, de tester les limites, de profiter, d’exagérer, d’agrandir leur cercle social, bref, de jouir de leur nouvelle vie de jeune adulte, n’ont pas eu d’autre choix que de s’enfermer dans une maison ou un kot et de vivre une vie étudiante par procuration. Non, il ne faisait pas bon avoir 16, 18 ou 20 ans ces deux dernières années.

Le corps enseignant, dans son écrasante majorité, a voulu en tenir compte, a ressenti beaucoup d’empathie pour ces jeunes adultes, et beaucoup d’enseignants n’ont pas voulu rajouter une dose excessive de stress et de complexité pour les examens à la vie déjà réellement difficile de nos jeunes qui, quoi qu’en disent certains, ont quand même été sacrifiés pendant deux ans pour protéger les plus âgés. Les examens ont donc été réalisés en distanciel, avec plus ou moins de succès, avec plus ou moins la connaissance d’une « coopération » généralement non admise entre étudiants et avec un accent très différent des examens habituels. Ces examens étaient-ils moins bons ? Non, ils étaient différents mais force est de constater que d’une part, ils rendaient plus difficile la certitude que la fondation de la maison était stable pour permettre d’y placer les murs plus tard et que d’autre part, les enseignants se voulaient compréhensifs envers le mal être des étudiants.

Les résultats ont donc été meilleurs lors de la première année de pandémie et les étudiants qui étaient, au départ, effrayés du distanciel, commençaient à y voir un intérêt pour leur réussite en réclamant le distanciel l’année suivante.

On en vient au syndrome Jacques Martin ou au ‘tout le monde gagne’. Les examens distanciels tels qu’ils ont été pratiqués et les cours en distanciel, durant cette période limitée, semblent avoir favorisé la réussite.

Ce qui devait arriver arriva

Or, cette année académique qui touche à sa fin a permis de revenir au présentiel. Et qu’a-t-on vu ? Une désertion des auditoires et une moins bonne préparation des étudiants aux examens.

On ne peut pas blâmer les étudiants pour cela. Ils répliquent le comportement qu’ils ont connu les années précédentes et qui ne leur a pas donné de si mauvais résultats. Mais plus les semaines avançaient, plus le risque d’échec pouvait se mesurer. A titre personnel, j’ai questionné une bonne vingtaine de mes collègues (toutes disciplines confondues) quant à l’évolution du taux de présence dans leurs auditoires. Tous (moi compris) ont eu un taux de présence sensiblement inférieur cette année à la moyenne des années précédentes (hors distanciel évidemment). Les étudiants suivaient la logique qu’ils connaissaient (moindre importance du présentiel) et les enseignants informaient les étudiants des risques (mais ceux qui entendaient l’information n’était évidemment pas ceux qui devaient l’avoir). Cela ne signifie évidemment pas que la présence aux cours est une condition sine qua non à la réussite ; certains étudiants n’en ont pas besoin, mais pour la majorité, c’est clairement une aide non négligeable.

Ce qui risquait d’arriver arriva : certains ont décroché, d’autres furent découragés des premiers examens en présentiel et les résultats ne sont pas bons – même si rien ne dit à ce stade qu’ils sont pires que les années pré-covid.

Comment expliquer les échecs des étudiants ? Et comment les éviter?
©DR

La cuisine de Maïté

Concentrons-nous maintenant sur ceux qui n’ont pas réussi et qui souhaitent réussir. On oublie donc ceux qui ont passé avec succès tous leurs cours (bravo à eux) et on oublie aussi ceux qui n’ont pas passé leur session d’examens et qui vont sans doute se réorienter (mais ils trouveront peut-être des éléments intéressants pour leur parcours l’année prochaine). Il n’y a pas une recette unique de la réussite.

Certains cuisinent mieux que d’autres, c’est comme ça, mais ça ne veut pas dire que ceux qui cuisinent moins bien réalisent quelque chose d’immangeable. Certains insistent sur des ingrédients spécifiques et d’autres préfèrent des ingrédients alternatifs ; pourquoi pas tant que le plat est digeste.

L’important est de se baser sur la cuisine de Maïté ; là encore, seuls les plus âgés se souviendront de Maïté, antithèse physique des influenceuses actuelles, mais cuisinière simple proposant des repas simples qui peuvent être déclinés de manières différentes. Tous les étudiants sont des Maïté en puissance, tous les étudiants peuvent décliner des plats qui auront du goût mais pour cela, ils doivent apprendre et comprendre puis ils fignoleront en ajoutant leur touche personnelle. Voyons donc, via cette liste imparfaite, non exhaustive et personnelle, quels ingrédients utiliser pour contribuer à réussir ses examens à la Maïté.

  1. Vous voulez faire une recette que vous n'avez jamais faite, suivez-la. Autrement dit, durant l'année, allez aux cours, prenez des notes et essayez de comprendre directement ce que le Professeur dit. Si vous ne comprenez pas, posez-lui des questions car non seulement aucune question n'est stupide mais en plus, la probabilité qu'il ait la bonne réponse est plus élevée que la probabilité que votre voisin ait la réponse.

  2. Vous commencez votre recette : lisez la bien et suivez bien les instructions pour éviter de bruler le repas ou de mélanger les étapes. Durant un examen, lisez et comprenez bien l'énoncé avant de répondre. Si vous ne comprenez pas très précisément ce qui vous est demandé, vous ne pourrez pas répondre précisément à ce qui est attendu. Le temps mis à bien comprendre un énoncé est du temps gagné et non du temps perdu.

  3. Si vous avez fait bruler votre repas, ne perdez pas trop de temps à voir comment vous allez pouvoir introduire un recours contre le fabricant du four qui d'après vous ne doit pas donner la bonne température mais voyez où vous vous êtes trompés pour recommencer la recette et la réussir. Les recours doivent évidemment exister mais sont fréquemment utilisés à mauvais escient. Vérifier sa copie pour s'assurer qu'il n'y a pas d'erreur matérielle, c'est important. Vérifier sa copie pour voir où on s'est trompé afin de ne plus commettre la même faute, c'est tout aussi important. Mais vérifier sa copie ou intenter un recours pour dire qu'on aimerait bien avoir un point en plus, cela revient à utiliser son temps d'une manière moins productive que de le passer à se remettre au travail pour comprendre la matière.

  4. Quand sa collègue d'émission télévisée lui pose des questions, Maïté répond et précise pourquoi et comment elle procède. Pour la plupart des cours, en fin de quadrimestre, il y a des séances de questions et réponses. Pour que cette session soit efficace, vous devez au moins avoir lu et tenté de comprendre le cours. Mais il y aura des points spécifiques que vous n'arriverez pas à maîtriser. Posez alors la question et comme Maïté, le Professeur vous expliquera pourquoi il procède de la sorte et comment il le fait. Cette séance de questions-réponses est très importante et doit vous aider

  5. Quand Maïté cuit une entrecôte, elle ajoute des épices, du sel et du poivre. Une entrecôte sans condiments, c'est moins bon mais des condiments sans entrecôte, ça ne se mange pas. Pour tout cours, il est nécessaire de distinguer l'essentiel de l'accessoire. C'est certainement quelque chose qu'on apprend trop peu mais depuis toujours, je remarque que de nombreux étudiants ont des difficultés à dissocier ces deux éléments et se noient parfois dans l'accessoire en oubliant l'essentiel. Donc quand vous étudiez, voyez ce qui est important pour votre cheminement d'analyse et ce qui ajoute la touche finale. Oublier l'accessoire n'est pas bien grave, oublier l'essentiel montre qu'on ne maîtrise pas son sujet.

  6. Finalement, on ne le dira jamais assez, on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs. Si vous n'allez pas aux cours, si vous n'étudiez jamais avant le blocus et si vous avez juste deux jours pour assimiler et comprendre votre cours et le réussissez brillamment, vous êtes un génie, bravo ! Pour les autres, il est nécessaire de casser des œufs, de lire, de comprendre, de relire, de s'assurer qu'on a compris, … Selon les affinités, certains cours prendront plus de temps que d'autres mais c'est ça le processus d'apprentissage.

Ces quelques réflexions sont évidemment des idées personnelles qui sont incomplètes, partielles, simples, parfois simplistes mais si elles peuvent ne fut ce qu’aider un étudiant, elles auront valu la peine d’être mises sur papier.