Développer l'aéroport de Liège : un non-sens au vu des enjeux environnementaux

Un an après les inondations, la Wallonie doit poser un geste fort et mettre un frein au développement de l’aéroport de Liège. Il est urgent de réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre.

Contribution externe
Développer l'aéroport de Liège : un non-sens au vu des enjeux environnementaux
©Belga

Une carte blanche d'Emilie Farcy du collectif Stop Alibaba & Co

Il y a un an, des inondations historiques ravageaient de nombreuses régions de Wallonie, en particulier dans la province de Liège. Ce type d’événements est malheureusement appelé à se multiplier et à s’intensifier avec le réchauffement climatique. Face à ce constat, il est donc urgent de réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre pour espérer limiter l’ampleur de la catastrophe, tout en nous préparant à en affronter d’ors et déjà les conséquences irréversibles.

Augmentations des émissions de CO2

La Wallonie s’est certes dotée d’ambitions louables dans ces domaines, mais celles-ci sont largement mises à mal par sa volonté simultanée de continuer de faire du développement aéroportuaire un des axes majeurs de son redéploiement économique. L’aéroport de Liège, en particulier, connaît une croissance fulgurante depuis quelques années. Or, selon les calculs du climatologue Pierre Ozer (ULg), rien qu’en 2021, les émissions de CO2 associées à ce surcroît d’activité ont été quatre fois supérieures aux efforts de réduction réalisés en parallèle… à l’échelle de toute la Wallonie ! Et que dire des projets de centre logistique portés par des entreprises comme Alibaba ou Weerts qui aboutiraient respectivement à bétonner 22 et 35 hectares de terres parmi les plus fertiles du monde, situées en surplomb de l’agglomération liégeoise…

Fuite en avant

Aujourd’hui, l’aéroport est à un tournant. Son permis d’exploitation arrive en effet à échéance en 2023. Une nouvelle demande a donc été introduite sur base d’un "Master Plan 2040" qui vise notamment à doubler le nombre de vols dans les vingt prochaines années et à construire partout où c’est possible en vertu du plan de secteur actuel. Un non-sens au vu des enjeux environnementaux, mais aussi des nombreuses nuisances que génère déjà l’activité de l’aéroport. Face à ce qui apparaît pour beaucoup comme une fuite en avant suicidaire, des milliers de citoyens ont ainsi fait part de leurs préoccupations lors des enquêtes publiques, tout comme des dizaines de communes concernées, en Wallonie et au-delà.

Une manif, trois exigences

La balle est désormais dans le camp de la Région Wallonne. Sur base des avis remis par les fonctionnaires en charge du dossier, il reviendra aux ministres Willy Borsus (MR, aménagement du territoire) et Céline Tellier (ECOLO, environnement) de décider de donner suite, ou non, aux projets de développement délirants de l’aéroport. En ce qui nous concerne, le choix est clair. Entre la poursuite de l’extension de l’aéroport de Liège et la nécessaire transition écologique et sociale, il n’y a pas de conciliation possible. C’est pourquoi

plus de 60 organisations et collectifs appellent à une grande manifestation à Liège, le 25 septembre prochain

, pour exiger 1) un moratoire immédiat sur toutes les décisions relatives à l’extension de l’aéroport ; 2) la réalisation d’une véritable étude d’incidences globale et indépendante sur ces projets d’extension ; et 3) la réalisation d’une étude indépendante sur les alternatives économiques possibles.

Penser planète

L’argument de l’emploi à tout prix ne peut plus justifier des projets qui, à l’image de l’aéroport de Liège, contribuent à accélérer la catastrophe environnementale actuelle, a fortiori lorsqu’ils sont à ce point dépendants de subventions publiques massives. Les inondations de juillet 2021 l’ont de toute façon démontré, le coût économique de ces choix mortifères va rapidement finir par en dépasser les bénéfices. La décision à prendre quant à l’avenir de l’aéroport de Liège est donc aussi une chance : celle d’enfin opter pour un développement économique respectueux à la fois de la planète, mais aussi des citoyens et des travailleurs qui la peuplent.