Comment choisir un bon pédagogue ?

Le long fil des siècles ne semble en rien nous avoir changés : les conseils du philosophe Théophraste, élève d’Aristote, n’ont rien perdu de leur actualité.

Contribution externe
Comment choisir un bon pédagogue ?
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Un texte de François-Xavier Druet, Docteur en philosophie et lettres

Les œuvres des anciens fourmillent d’idées offertes à qui veut bien les accueillir. Même dans des domaines inattendus, un penseur antique peut être convoqué pour un éclairage indirect.

Imaginez - simple hypothèse - qu’un responsable pédagogique mal recruté sème la pagaille, par des agissements inconsidérés, dans une équipe pour l’animation de laquelle il a été engagé. Les recruteurs malavisés ont un urgent besoin d’aide pour la sélection, enfin astucieuse, d’un remplaçant.

Pourquoi n'appelleraient-ils pas à la rescousse Théophraste et ses Caractères ? Philosophe grec du IVe s. a.C.n., élève d'Aristote, mais aussi botaniste, naturaliste, il se fait en l'occurrence moraliste : il campe les portraits pittoresques de tempéraments variés, assez typés pour dessiner des figures à la limite du supportable pour le commun des mortels.

Surpris sans doute d’être interpellé par ces embaucheurs irrésolus, Théophraste leur répondrait sans trop de difficulté. Qu’ils tendent l’oreille !

Les évictions prioritaires

Reléguez d'abord le dissimulateur, dirait-il. "Il fait semblant de pardonner à ceux qui disent du mal de lui, et raconte sans se fâcher ce dont ils l'accusent. C'est avec le même sang-froid qu'il répond à ceux qui s'indignent de ses injustices, et qui les lui reprochent avec chaleur (1)."

Écartez aussi le rustre. "Il parle toujours trop haut sans égard pour personne. Il se méfie de ses amis, de ses parents, et va consulter avec ses valets sur des affaires de la plus grande importance."

Méfiez-vous par-dessus tout du coquin sans pudeur. "C'est celui qui, bravant l'opinion publique, agit et parle d'une manière infâme. Un tel homme est prêt à faire des serments à propos de rien. Il ne se met en peine, ni du mal qu'on dit de lui, ni même des outrages dont on l'accable. C'est encore un de ces hommes qui accablent d'injures ceux qui ne sont point de leur avis. Les gens de cette espèce se rendent insupportables par la facilité qu'ils ont de dire des injures à tout le monde."

Laissez sans regret partir ailleurs le babillard. "Il cherche et il saisit toujours l'occasion de parler, au point qu'il ne laisse pas même le temps de respirer à ceux qu'il entretient. Il ne se borne point à les assommer de son babil, chacun en particulier ; il va se jeter sur un cercle tout entier, et force les hommes qui le composent à se séparer brusquement avant que d'avoir fini leur conversation."

Les proscriptions complémentaires

Vous n'avez aucun intérêt non plus à vous infliger un importun. "Celui-là choisit précisément le moment où quelqu'un est occupé de ses affaires pour le consulter sur les siennes. Il se lève au milieu d'une assemblée et reprend une affaire à son origine, pour en instruire ceux qui la connaissent tout aussi bien que lui. S'il assiste à un jugement arbitral, il se comporte de manière à brouiller de nouveau les deux parties, quoiqu'elles se montrent très disposées à terminer leur différend à l'amiable."

Ne vous laissez surtout pas gruger par le faux empressé. "L'homme d'un tel caractère se lève au milieu d'un cercle pour prendre des engagements, qu'il ne sera jamais en état de remplir. Dans une affaire reconnue pour juste, il fait quelques objections, seulement pour avoir l'air de se laisser ramener à l'avis de tout le monde."

Ne faites pas confiance au méfiant. Il est en toutes circonstances dominé par "le vice qui nous porte à croire que tout le monde est capable de nous tromper".

N'oubliez pas enfin de mettre au rancart l'individu ostentatoire qui a "la passion de s'attribuer des avantages qu'il ne possède point". Ni d'évincer l'orgueilleux qui "hors sa personne n'estime rien au monde".

Pour esquiver le reproche de babil, Théophraste en resterait là. Mais quel signalé service il aurait déjà rendu aux décideurs perplexes. De mon côté, j’espère que les acteurs du monde de l’enseignement qui me liront n’auront pas - par hasard - reconnu au passage, pour un trait ou plusieurs, l’un de leurs responsables. Ce serait vraiment un manque de chance.

(1) Les traductions sont celles de Coray, dans son édition originale des Caractères, datant de 1799.