Liberté pour la basketteuse Brittney Griner !

Contribution externe
Liberté pour la basketteuse Brittney Griner !
©AFP

Une lettre ouverte d'intellectuels (voir la liste ci-dessous) aux autorités judiciaires de Russie

Mesdames et Messieurs les juges de la Fédération de Russie,

Madame la juge Anna Sotnikova,

Ce 4 août 2022, Brittney Griner, citoyenne américaine âgée de 31 ans, sportive de haut niveau dans une équipe de basket (Phoenix Mercury) au sein de la WNBA (Ligue Féminine Nord-Américaine de Basket) et double championne olympique, a été condamnée, par le tribunal de Khimki, ville située dans la région de Moscou, à 9 ans de prison – détention devant s’effectuer dans une colonie pénitentiaire – pour un présumé "trafic de drogue" après avoir été arrêtée le 17 février dernier (une semaine, à peine, avant le début du conflit en Ukraine), à la douane de l’aéroport de la capitale russe, en possession d’une vapoteuse (cigarette électronique) à base de liquide de cannabis.

Madame Brittney Griner, tout en ayant reconnu avoir commis là – nous la citons textuellement ici – "une erreur de bonne foi", sans que toutefois votre jugement – nous la citons encore – "ne mette pour autant fin à (sa) vie", a aussi précisé, lors de son procès, que cette quantité de substance n'était, pour sa seule consommation personnelle, qu'à des fins exclusivement analgésiques et thérapeutiques, prescrites sur ordonnance par son médecin, dans la mesure où elle souffrait, insistait-elle encore, de douleurs chroniques et, dès lors, handicapantes pour ses activités sportives.

D'une injuste sentence à un odieux chantage

Madame Brittney Griner, lors de cette même audience, vous a également dit en toute honnêteté – nous la citons toujours – que "jamais (elle) n'avait voulu faire de mal à qui que ce soit, ni avoir eu l'intention de mettre la population russe en danger, ni de violer la loi de votre pays".

Telle sont précisément les raisons, Mesdames et Messieurs les juges de la Fédération de Russie, pour lesquelles, au vu de ce qui apparaît donc bien là comme un "délit" mineur, nous considérons la sentence – 9 ans d’emprisonnement – que vous avez émise à l’encontre de Brittney Griner, qui a donc en outre fait amende honorable, aussi disproportionnée qu’excessive et même, pour tout dire, injustifiée, sinon inhumaine.

Pis : il serait inacceptable, tant sur le plan légal qu’à l’échelon moral, que ce douloureux cas de Brittney Griner se voit finalement instrumentalisé, au mépris de toute considération du droit international lui-même, au point de devenir ainsi, via un odieux chantage de nature socio-politique, sinon médiatique, le sinistre objet d’un marchandage entre les deux pays concernés, la Russie et les Etats-Unis, en vue d’obtenir, par cette manœuvre, un échange de prisonniers. Le scandale, que nous n’osons imaginer de votre part, serait là, en cette déplorable affaire, total !

Au seul nom des droits de l'homme et de la femme

C’est donc aussi pourquoi, au vu de ce verdict en tous points infondé, sans invoquer même ici son aspect arbitraire, nous vous demandons, au nom même des droits de l’homme et de la femme, un geste de clémence, de compassion et de compréhension envers Brittney Griner, en la libérant instamment, après qu’elle ait déjà purgé presque 6 mois d’une dure détention, de cet enfer carcéral où vous êtes en train, injustement, de la plonger.

Ce message que nous vous adressons ici, Mesdames et Messieurs les juges de la Fédération de Russie, n’est en outre motivé, sachez-le, que par le souci de répondre à de purs et simples principes universels et valeurs morales – tels que les énonce, par exemple, la célèbre devise française : "liberté, égalité, fraternité" – sans aucune intention, nous vous l’assurons, de vouloir nous immiscer, de quelle que manière que ce soit, dans vos affaires internes, ni nous prêter, via un indigne et piètre alibi d’ordre judiciaire, à de quelconques intérêts politiques, objectifs stratégiques, visées idéologiques ou calculs économiques.

Compassion, humanité et démocratie

Nous espérons, de tout cœur, que cet appel que nous vous adressons respectueusement ici en faveur de Brittney Griner, sous la forme de cette lettre ouverte et publique, sera entendu, à sa juste valeur, et que vous y répondrez donc positivement, nantis en la circonstance – nous n’en doutons pas – de votre sens de la compassion tout autant que de l’humanité, sans lesquelles il n’est pas de véritable justice, ni d’authentique démocratie.

Nous pensons aussi que c’est par ce genre d’attitude – la noblesse de cœur alliée à l’intelligence de l’esprit tout autant qu’aux lumières de la raison – que tout être humain, comme toute nation, se voient grandis, fût-ce à long terme, aux yeux du monde aussi bien que de l’Histoire elle-même !

=>L'auteur est: Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, écrivain, éditorialiste et les 20 intellectuels cosignataires sont Dominique Baqué : philosophe, critique d'art, écrivaine; Véronique Bergen : philosophe, écrivaine; Marie-Jo Bonnet : historienne, féministe; Jean-Marie Brohm : sociologue, professeur émérite des Universités (Paris); François Dessy : avocat, coordinateur de l'ouvrage collectif « Privé de liberté, pas de génie – Trente prisonniers célèbres »; Emmanuel Dupuy : président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE); Lou Ferreira : philosophe, dramaturge, présidente du Cercle Philosophique et Esthétique Wildien; Luc Ferry : philosophe, ancien Ministre français de l'Education Nationale; Renée Fregosi : philosophe, politologue; Zénon Kowal : ancien diplomate auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Belgique); Catherine Louveau : sociologue, professeure émérite des Universités; Véronique Nahoum-Grappe : anthropologue; Fabien Ollier : directeur de la revue "Quel Sport ?"; Enayatullah Rassoli : membre d' « Amnesty International », président de BIGHRO (Belgian Independent Global Human Rights Organization); Robert Redeker : philosophe; Annie Sugier : présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (association créée par Simone de Beauvoir); Pierre-André Taguieff : philosophe, historien des idées, directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS); Olivier Weber : écrivain, grand reporter et Jean-Claude Zylberstein : avocat, éditeur, écrivain.