Mais que signifie donc "30 % de précipitations demain"?

Avant de partir randonner dans un petit coin de notre beau pays, je vérifie la météo. Mais que signifie "30 % de précipitations demain" ? La probabilité de précipitations combine plusieurs facteurs statistiques.

Contribution externe
Mais que signifie donc "30 % de précipitations demain"?

Une opinion de Sébastien Van Bellegem, professeur de statistique (1)

Avant de partir randonner dans un petit coin de notre beau pays, rien de plus commun que de vérifier la météo sur notre application favorite. Cet outil désormais familier permet in fine de nous éviter bien des déconvenues. L'autre jour, je décide de reporter une petite escapade. La météo sur Lalibre.be indique 30 % de précipitations le lendemain à l'endroit convoité. Sans regret donc. Sauf lorsque j'ai appris par des amis revenant de la région qu'il n'y était pas tombé une goutte ! Comment cela est-il possible ? Puis-je encore faire confiance aux applications météo ?

En y regardant d’un peu plus près, j’ai peut-être mal compris ce que signifie "30 % de précipitations demain". D’un côté, ce chiffre peut faire croire qu’il pleuvra 30 % du temps à l’endroit choisi. Mes amis ont alors pu compter sur leur bonne étoile en évitant de sortir au mauvais moment. D’un autre côté, l’on pourrait penser que les précipitations concerneront 30 % de la surface du territoire considéré. Dans ce cas, ils sont bien chanceux d’être passés entre les gouttes.

Deux interprétations fréquentes

En réalité, des recherches en sciences humaines montrent que ces deux interprétations sont les plus fréquemment citées par celles et ceux qui consultent les applications météo. Les personnes sondées en Europe semblent d’ailleurs y souscrire davantage que les habitants des États-Unis. Et pourtant, ces interprétations ne sont pas exactes. La probabilité de précipitations combine plusieurs facteurs statistiques qui, bien interprétés, peuvent être utilisés à bon escient. Voyons cela.

Prévisions dans mon jardin

Prédire s’il pleuvra ou non demain dans notre jardin n’est pas une science exacte. Les modèles de prévision les plus sophistiqués ne peuvent réduire à néant l’incertitude inhérente à la complexité de la météo. En résumé, les modèles déterminent une probabilité qu’il pleuvra demain en examinant, d’une part, la météo actuelle dans notre jardin et, d’autre part, un ensemble de paramètres physiques autour de celui-ci (vitesse et direction du vent, humidité, etc.). Le résultat de ce savant calcul s’exprime plus exactement comme ceci : à chaque fois que l’on observe une météo et des paramètres physiques semblables à ceux que nous voyons aujourd’hui, des précipitations arrivent le lendemain trois fois sur dix. En d’autres termes, il pourrait pleuvoir ou ne pas pleuvoir du tout. Bien que nous n’aimions peut-être pas vivre dans un monde aussi inattendu, la nature nous rappelle ici que, avec toute l’intelligence du monde, l’on ne peut pas toujours être plus certain de l’avenir.

Dans une zone plus grande

La situation se corse un peu lorsque notre application doit donner une probabilité de précipitations sur une zone plus grande que notre jardin. Si nous habitons la commune de Namur ou de Tournai, celle-ci doit résumer la météo sur une surface dépassant 175 kilomètres carrés. Sur une telle étendue, il peut pleuvoir au Sud et faire très beau au Nord, ou l’inverse. Dans ce cas précis, notre application doit quand même choisir entre le pictogramme "soleil" ou "pluie". Comment résume-t-elle la probabilité de précipitations sur ces zones plus larges ? Prenons un exemple.

Premier cas de figure : le modèle de prévision indique qu’une précipitation se formera avec une probabilité de 90 %. Cette zone de pluie ne couvrira cependant qu’un tiers de la surface communale. Dans ce cas, l’application indiquera une probabilité de 30 %. Deuxième cas de figure : le prévisionniste observe une zone de précipitations très large et active. Toute surface que traverse cette zone de précipitations sera alors exposée aux pluies avec une probabilité absolue de 100 %. Cependant, il y a trois chances sur dix que cette zone de précipitations touche notre commune. Dans ce cas, l’application indiquera donc une probabilité de 30 %… comme dans le cas de figure précédent, mais avec une situation physique très différente.

En décidant d’aller randonner, sans davantage d’informations que les 30 % de précipitations indiqués par notre application, mes amis avaient donc trois chances sur dix de revenir trempés. Ou sept sur dix de rester au sec. En pareil cas, si je souhaite limiter le risque de rencontrer de la pluie, le mieux est d’affiner mon information pour savoir si je suis dans le premier ou le second cas de figure. Cela peut se faire en regardant le radar des précipitations également disponible en ligne.

Un pourcentage de précipitations de 0 % apporte, lui, une information univoque puisque, dans ce cas, aucune précipitation n’est prévue sur l’ensemble du territoire considéré pour la durée fixée. Et pour un très haut pourcentage, disons de 90 %, il vous sera difficile de passer entre les gouttes.

Depuis 1965 aux États-Unis

Avant que ces mesures de probabilité de précipitations n’apparaissent dans nos rapports météo, le public recevait une information plus qualitative sur le temps qu’il fera probablement demain. Le public américain, lui, est exposé aux probabilités de précipitations depuis 1965, tandis que cette tendance a été introduite plus tard dans les services européens. Il s’agit d’une hypothèse avancée pour expliquer la différence de perception entre les publics américain et européen quant à la signification de cette information qui fait partie de notre quotidien.

Tout bien considéré, j’aurais quand même pu décider de partir en randonnée si j’avais bien interprété l’application météo. Mais dans tous les cas, comme nous sommes en Belgique, je ne me tromperai certainement pas en emportant tout de même un imperméable dans mon sac à dos !

Références : Gigerenzer, G., Hertwig, R., van den Broek, E., Fasolo, B. and Katsikopoulos, K. V. (2005) "A 30 % Chance of Rain Tomorrow" : How Does the Public Understand Probabilistic Weather Forecasts ?, Risk Analysis, 25 (3), 623-629. DOI : 10.1111/j.1539-6924.2005.00608.x

Morss, R. E., Demuth, J. L., Lazo, J. K. (2008). Communicating Uncertainty in Weather Forecasts : A Survey of the U.S. Public, Weather and Forecasting, 23 (5), 974-991. DOI : 10.1175/2008WAF2007088.1

National Weather Service, "Precipitation Probability", www.weather.gov

Radar des précipitations et des éclairs, IRM, https://www.meteo.be/fr/meteo/observations/precipitations-radar/foudre

(1) Titre original : "Statistics in the rain"