Par les temps qui courent, je me suis surprise à rêver d’une vie de chien

Aujourd’hui, jour anniversaire de mon mariage, je regarde mon chien avec envie, lui qui n’a jamais dû quémander un collier.

Contribution externe
Par les temps qui courent, je me suis surprise à rêver d’une vie de chien
©Pixabay

Un texte de Patricia de Prelle, autrice

Par les temps qui courent, je me suis surprise à rêver d’une vie de chien.

Peu importe d’ailleurs qu’ils soient de race ou bâtards, grands ou petits, je les envie tous.

Dès qu’ils mettent la truffe dehors, ils recherchent le rapprochement social et plus si affinités. Leur maître les suit, leur lâche la bride et s’inquiète d’eux dès qu’ils ne sont plus en vue.

Ce matin, au parc, par une chaleur torride, j’ai croisé un labrador, bon chic et un teckel, bon genre. Tous deux intelligents et fidèles se plaisent auprès de leur famille avec pedigree. Pourtant, obéir à un maître écrasé de chaleur les pousserait bien à se laisser aller à leur goût prononcé pour la chasse ou à la fugue en cas de disette giboyeuse. Ils ne sont pas les seuls à souffrir de la chaleur. Bien au contraire, car c’est bien la race canine qui a donné son nom à la canicule repris de la constellation de la Canicule en astronomie.

Le baron de Terreneuve

Plus loin, j’ai reconnu le chow-chow qui lui aussi a ses adeptes. Celui-ci, compagnon privilégié de la promeneuse, se retrouve, serré de près par sa maîtresse qui ne porte plus ce titre que pour son chien. Dommage car cette poule a encore du chien. N’ayant plus d’autres attaches et peu de contraintes, elle n’est que trop disponible pour ce chien qui aurait bien pris l’air tout seul.

Je croise également Monsieur Meunier que son Saint-Bernard tire en laisse après l’avoir tiré du lit. Il lui emprunte son tonnelet de schnaps et tout fier, oblige son maître à sortir.

Le baron de Terreneuve ne reconnaît plus les siens mais bien son chien. Il harangue les croisés, pointant sa canne comme une épée. La carrure de son chien lui sert de bouclier.

Je reconnais de loin mon ancien voisin flanqué de son bâtard, Loulou, pour qui j’ai toujours eu un faible. En effet, pourquoi condamner ce chiot, dont les parents pleins d’entrain n’ont pas respecté la race. Ils s’avancent tous deux vers moi, la croupe voûtée et la nuque baissée.

A contrario de ce caniche qui me snobe tous les jours et qui joue au pacha oriental avec une étonnante insolence et une constance humiliante pour son maître.

Je promène, moi, mon bouvier, chien de berger, aussi heureux qu’ayant rassemblé son troupeau. En milieu urbain, mission impossible. Pourtant, grâce à son caractère affectueux, il se laissera câliner à souhait. Entre lui et moi, c’est toute une histoire car on peut parfaitement s’entendre et se comprendre sans se parler.

Par les temps qui courent, il m’est impossible de saluer de près les autres promeneurs. Certains chiens, par leur attitude tyrannique, empêchent toute conversation amicale. J’envie d’autant plus ces chiens qui ont le droit de se sentir et de ressentir. Pour nous, le langage verbal est indispensable. Leur langage à eux, est sans mots mais bien réel.

Voilà, l’aboyeur, non pas celui qui annonce mon arrivée avec pompe, mais bien la sienne.

Afin d’être sûr d’être reconnu, il aboiera sans relâche. Rien ne l’arrête, et bien que bichon minuscule, il s’acharne auprès d’un dogue dont les joues flottent de chaque côté de sa gueule grande ouverte d’incompréhension. Je me trouve là devant une énigme digne de Fort Boyard : un chien est-il conscient de sa taille ? Je lui ai posé la question, aplatie sur le sol, en m’entraînant au langage canin. Comme il n’y avait plus que moi à aboyer, je n’eus jamais de réponse à la question.

Dépitée, je retrouve une amie accompagnée de son lévrier. L’allure aristocratique de l’un comparé au maintien de l’autre requiert plutôt un baise-patte qu’un baisemain. Elle aimerait pourtant elle aussi, avoir de la gueule et le poil brillant afin qu’on se retourne sur elle et non plus sur sa chienne.

Une étincelle dans ses yeux

Rentrée chez moi, je les envie toujours car en discutant avec Jack, mon voisin, de notre quête de sens dans la vie, je me suis vite rendu compte que pour Jack Russell et les siens, ce sont les sens qui les guident.

J’envie un peu moins les chiens de meute car me retrouver dans la masse ne m’a jamais plu. Crier et courir tous ensemble vers un même but ne m’intéresse que modérément.

De là mon envie d’un fox qui trotte, chien dont la mission première est de débusquer tout ce qui bouge. Grâce à ce don inné, je puis être assurée d’une danse avec cavalier débarrassé de son King Charles.

Aujourd’hui, jour anniversaire de mon mariage, je regarde mon chien avec envie, lui qui n’a jamais dû quémander un collier. Il l’a reçu sans conditions. Et lui me regarde encore après tant d’années avec une étincelle dans les yeux. Il a beau me mener par le bout du nez, sa compagnie a du bon car jamais il ne trahira les chiens !