Le pouvoir des présidents de partis participe au désaveu pour la politique

Des causes fondamentales expliquent le désaveu de la politique par les Belges, dont le pouvoir accordé aux présidents de partis. Mais il n’y a pas de fatalité.

Charles-Ferdinand Nothomb, ancien président de la Chambre des Représentants
Le pouvoir des présidents de partis participe au désaveu pour la politique
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Des causes fondamentales expliquent le désaveu de la politique par les Belges, dont le pouvoir accordé aux présidents de partis. Mais il n’y a pas de fatalité.

Depuis plusieurs années s’est progressivement révélé un désintérêt des électeurs pour les mécanismes électoraux mais aussi pour la démocratie parlementaire elle-même. En 2019, tous les partis de gouvernement en Belgique ont subi un désaveu électoral qu’ils aient été dans la majorité ou dans l’opposition. Comment en comprendre les causes ?

Sans doute la complication du système parlementaire régional et fédéral a pu conduire certains électeurs à ne plus comprendre pour quoi et pour qui ils votaient.

Sans doute, les scandales liés au profitariat de certains mandataires ont laissé des traces de méfiance vis-à-vis du système.

Mais il y a aussi des causes plus fondamentales de remise en question du régime parlementaire lui-même, liées aux partis eux-mêmes. Par exemple à leur comportement révélé à nouveau en 2022, lors des désignations de membres du gouvernement.

Normalement, au lendemain des élections, la coalition gouvernementale se constitue autour de partis ayant négocié une majorité au parlement, pilotés par des chefs de partis qui avaient fait campagne électorale. Il y a donc un lien visible entre la majorité et le résultat de l’élection parlementaire.

La plupart des ministres, figures de pointe de la démocratie parlementaire belge sont, normalement toujours, issus du milieu parlementaire.

En 2022 cependant, un quadruple phénomène s’est produit démontrant à la fois la toute-puissance du système des partis et de leurs présidents. Cela a accentué la distance vis-à-vis du système parlementaire.

Le pouvoir croissant des présidents

À la tête de plusieurs partis importants, des élections ont eu lieu propulsant des non-parlementaires à la tête des partis politiques, donc sans références à leur résultat électoral ou à leur travail de parlementaire antérieur, et sans appui visible des groupes parlementaires.

En juillet 2022, deux présidents de partis élus au suffrage universel des membres sans passer par la case parlementaire désignèrent dans l’exécutif fédéral, le plus visible du pays, deux personnalités qui n’avaient subi ni le test de l’électorat pour le parlement, ni un rôle au parlement lui-même. Il s’agit de Nicole de Moor, la secrétaire d’État à l’Asile et la migration, et Hadja Lahbib, ministre des affaires étrangères.

Indépendamment des qualités professionnelles de celles-ci, il y avait une interrogation légitime dans l’opinion : d’où sortent ces personnalités ? Quels sont leurs liens avec la majorité parlementaire ?

Ceci illustre le pouvoir croissant de ces présidents de parti qui est renforcé par différents éléments.

Premièrement par la médiatisation des sorties des présidents de partis davantage que des échanges parlementaires ;

Deuxièmement parce que les partis se sont dotés depuis 30 ans d’un arsenal budgétaire qui a conforté les bureaucraties centrales et déforcé les élus et leur base territoriale.

Les partis reçoivent en effet une dotation nationale pour leur fonctionnement et pour leur campagne électorale. Cette dotation est répartie par les présidents de parti entre les candidats, les arrondissements et les médias, elle n’est plus recueillie sur base de la représentation territoriale ou de la notoriété de la représentation parlementaire.

Cela peut entrainer certaines subordinations, sinon mécanisation de certains parlementaires en place qui savent que pour se faire réélire, ils auront besoin de l’appui politique et de l’appui matériel du président de parti, plus que de leur structure décentralisée (milieu régional et local). Cela diminue dès lors leur indépendance par circonscription ou arrondissement électoral, ainsi que le caractère de kaléidoscope diversifié des groupes parlementaires.

Cette réflexion sur la regrettable distance entre les électeurs et leurs élus parlementaires ne doit pas nous empêcher de constater que grâce à la crise du Covid, la démocratie belge s’est rapidement regroupée pour se présenter en front uni.

Le comité de concertation présidé par le premier ministre accompagné des chefs des gouvernements régionaux a incarné pour les Belges la légitimité retrouvée et… regroupée du pouvoir politique, ce qui a permis à ce gouvernement d’être suivi par l’opinion. Il a veillé à présenter régulièrement les décisions devant le parlement et poussé les médias à faire écho plus que par le passé au débat parlementaire sur ce thème prioritaire pour l’opinion. Cela a eu certainement un effet positif sur la compréhension du régime parlementaire par les citoyens.

Il suffirait d’un effort collectif des partis démocratiques pour revaloriser l’impact et la visibilité des groupes parlementaires. Notamment dans les débats nationaux principaux et dans les tensions majeures entre le gouvernement et sa majorité.

La démocratie belge est une démocratie parlementaire. Elle doit le rester. Et mieux apparaître.