Aide belge au développement : 0,7 % du PIB, c’est maintenant !

Le contexte budgétaire difficile ne doit pas servir d’excuse pour renier les engagements du gouvernement fédéral à porter le niveau de l’aide à 0,7 % du PIB. Paul Magnette (PS), Georges-Louis Bouchez (MR) et Jean-Marc Nollet (Écolo) s’y étaient engagés.

Contribution externe
Aide belge au développement : 0,7 % du PIB, c’est maintenant !

Une opinion d'Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11)

Le conclave budgétaire d’octobre est la dernière opportunité pour le gouvernement belge de concrétiser l’engagement d’atteindre les 0,7 % du revenu national brut (RNB) en aide au développement en 2030. Il doit le traduire dans une trajectoire de croissance budgétaire linéaire et contraignante appliquée dès le budget 2023.

L’extrême pauvreté augmente

La polycrise mondiale actuelle découlant de la pandémie de Covid-19, des dérèglements climatiques et de la guerre en Ukraine affecte les populations dans le monde entier, mais les conséquences sont particulièrement graves dans les pays en développement les plus vulnérables. L’extrême pauvreté a augmenté pour la première fois en vingt ans et, si rien n’est fait, une décennie de lutte contre la pauvreté risque d’être réduite à néant. Plus de 200 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans la malnutrition depuis le début de la pandémie. Pour la première fois depuis sa création, l’indice de développement humain (IDH) des Nations unies est en baisse au niveau mondial depuis 2020.

Rebooster l’aide belge

Dans un tel contexte, il est indispensable de renforcer la solidarité internationale, notamment en mobilisant une aide publique au développement suffisante. Dans ce but, chaque pays donateur doit assumer sa juste part. Pourtant, comme le dénonce le rapport 2022 sur la Coopération belge au développement publié par le Centre national de coopération au développement, la Belgique ne mobilise pas sa juste part en aide au développement.

Depuis 2010, l’aide belge a souffert de coupes importantes, passant de 0,64 % en 2010 à 0,46 % du revenu national brut (RNB) en 2021, plaçant la Belgique sous la moyenne européenne (0,49 %) et loin de l’objectif international de 0,7 %. Entre 2020 et 2021, l’aide belge au développement a diminué de 0,47 à 0,46 % du RNB. Le pays est sous la moyenne européenne, qui s’élève en 2021 à 0,49 %. Ainsi, les pays voisins sont, sans exception, plus généreux que la Belgique (Pays-Bas : 0,52 % ; France : 0,52 % ; Allemagne : 0,74 %, Suède : 0,92 % ; Norvège : 0,93 % ; Luxembourg : 0,99 %). La Belgique ne se trouve qu’à la 11e place des pays donateurs de l’Union européenne en pourcentage du RNB (elle était sixième en 2010) et à la 16e place en volume.

Passer des paroles aux actes

Pour corriger le tir, le gouvernement actuel s’est engagé dans sa déclaration à augmenter l’aide belge au développement à 0,7 % du RNB en 2030. Cela faisait suite à la résolution parlementaire adoptée quelques mois plus tôt en faveur de cette mesure. En juin dernier, le gouvernement s’est accordé pour concrétiser cet objectif, avec une indexation dès 2023, mais il doit encore s’accorder sur la trajectoire de croissance budgétaire permettant de l’atteindre concrètement.

Pour rendre la décision de juin crédible, le gouvernement belge doit adopter une trajectoire contraignante et linéaire de croissance budgétaire de l’aide belge au développement dès les budgets 2023 et 2024. À cette aune, le conclave budgétaire d’octobre, qui est sans doute le dernier avant les élections de 2024, représente la dernière opportunité de passer des paroles aux actes en matière de solidarité internationale. À défaut, le prochain gouvernement risque de ne pas se sentir lié par cet engagement et de maintenir l’aide belge à son faible niveau actuel.

Le contexte budgétaire difficile ne doit pas servir d’excuse pour renier les engagements en matière de solidarité internationale. Certes, des mesures d’urgence s’imposent pour protéger la population belge contre les conséquences sociales de la polycrise mondiale, mais cela n’empêche pas de consacrer 0,7 % de nos richesses à l’aide au développement. Face aux tentations de replis nationalistes et identitaires, la coopération internationale contribue à promouvoir la stabilité dans un monde de plus en plus interdépendant. La reconstruction des États fragiles ou post-conflits, le financement de l’adaptation au changement climatique, le renforcement de la souveraineté alimentaire ou la lutte contre les grandes pandémies représentent des enjeux majeurs auxquels elle peut contribuer. Facteur de stabilité et de paix, elle contribue à enrayer les "effets boomerang" engendrés par la pauvreté et les conflits dans le voisinage des pays développés.

En janvier 2018, l'appel des 111 demandait à la Belgique de mettre fin à la réduction du budget de la coopération au développement et au contraire de l'augmenter à 0,7 % du RNB. Signé par 111 personnalités belges issues du monde académique (dont les recteurs de toutes les universités belges), des entreprises (dont d'anciens présidents de la Feb et de l'UWE et le secrétaire général de l'UCM), des organisations sociales (dont les responsables des syndicats et mutualités) et du monde culturel, cet appel soulignait notamment que "respecter l'engagement des 0,7 % du RNB en aide au développement ne coûterait que 70 centimes par jour et par habitant". En 2019, tous les partis francophones composant la majorité gouvernementale se sont engagés dans leurs programmes électoraux respectifs à mobiliser 0,7 % du RNB en aide belge au développement.

Respect de la promesse

En septembre 2021, lors des Assises de la coopération internationale, les trois présidents des partis francophones de la majorité - Paul Magnette (PS), Georges-Louis Bouchez (MR) et Jean-Marc Nollet (Écolo) - ont confirmé cette volonté. Le moment est venu de respecter ces promesses. Le gouvernement belge doit adopter une trajectoire de croissance linéaire et contraignante de l’aide belge au développement lors du conclave budgétaire. Ce n’est qu’à cette condition que la Belgique pourra contribuer à sa juste part à l’agenda 2030 des Objectifs de développement durable des Nations unies.