Pourquoi il ne faut pas boycotter le Mondial

Au contraire, profitons-en pour aller sur le terrain au Qatar, interroger, critiquer et faire bouger les lignes.

Contribution externe
Pourquoi il ne faut pas boycotter le Mondial
©AFP

Une opinion de Samy Laarbaui, Juriste, diplômé en relations internationales et auteur d'un mémoire analysant la diplomatie sportive du Qatar.

Nonobstant les lourds soupçons de fraude entourant l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar, l’organisation de ce tournoi majeur ne s’est pas faite sans traverser de nombreuses polémiques.

La première concerne les manquements aux droits humains. Selon une enquête du Guardian, près de 6 750 travailleurs migrants auraient trouvé la mort au sein de l'émirat entre 2010 et 2021.

Le gouvernement qatari estime que le nombre de morts est proportionnel à la taille de la main-d’œuvre migrante, que 20 % des personnes décédées sont employées dans le secteur de la construction et que seules 10 % d’entre elles sont mortes à cause de leur emploi. Il déclare avoir fait plus que tout autre pays de la région en introduisant un salaire minimal mensuel obligatoire de plus ou moins 250 euros, et en prévoyant des indemnités de repas et de logement.

La Fifa a réagi à deux reprises et, à chaque fois, avec beaucoup d'indignité. Tout d'abord, en exprimant que le nombre de morts est faible comparé à d'autres grands projets de construction. Ensuite, en mai 2022, son président, Gianni Infantino, a déclaré que travailler sur les chantiers de la Coupe du monde donnait "de la dignité et de la fierté aux travailleurs migrants". Selon lui, seulement trois ouvriers seraient morts sur les chantiers du Qatar.

La seconde polémique porte sur le coût écologique de l’organisation d’un tel événement. Malgré l’objectif assumé des organisateurs de faire de ce tournoi un événement neutre en carbone, le Qatar n’a jamais précisé les procédés qui seront mis en œuvre pour y parvenir. Le fait d’installer un système de climatisation à ciel ouvert dans sept des huit stades interroge d’autant plus quant à la faisabilité de l’objectif.

Enfin, la situation des personnes LGBT est un autre sujet d’inquiétude. Le comité d’organisation de la Coupe du monde avait promis un Mondial ouvert à tous, quelle que soit l’orientation sexuelle. Le sujet est encore sensible dans un pays qui applique la charia et où les relations homosexuelles sont strictement interdites et passibles de sept ans de prison.

L'État du Qatar a averti, en avril 2022, que les drapeaux arc-en-ciel, symboles de la diversité sexuelle, seraient retirés à leurs propriétaires afin de les protéger. Le responsable de la sécurité du tournoi a d'ailleurs déclaré : "Vous voulez manifester votre point de vue sur la situation des LGBT, faites-le dans une société où ce sera accepté. […] Mais ne venez pas insulter toute la société avec ça."

Vers un boycott ?

Au niveau belge, la fédération de football a pris la décision de refuser le boycott, tout en soulignant les efforts réalisés par le Qatar et en insistant sur le suivi des droits humains. Plusieurs sponsors de l’équipe nationale ont tout de même décidé de prendre leurs distances avec cette Coupe du monde.

Un boycott enverrait un signal fort aux dirigeants du football-business : les fans, votre source de revenus, ne tolèrent plus qu’on fasse passer l’argent avant les valeurs. Pour autant, les pontes de la Fifa entendront-ils le message ? Depuis que les polémiques pleuvent, ils prennent systématiquement le parti de l’État organisateur sans remettre en question leur décision initiale.

Il ne faut pas boycotter la Coupe du monde. Au contraire ! Profitons de cet événement de près d’un mois pour interroger, constater, critiquer, bouleverser. Envoyons des journalistes, des diplomates, des représentants, non pas dans les stades, mais sur le terrain. Profitons de cette désignation pour faire bouger les lignes. Mettons la pression sur l’Émirat et sur les instances du football afin que la situation puisse favorablement évoluer. Et surtout, n’oublions pas tout ce que l’on aura constaté après le coup de sifflet final.

Le grand vainqueur de cette Coupe du monde sera le pays qui dénoncera le plus activement l’ensemble des manquements perpétrés par le Qatar et non celui qui soulèvera le trophée. La génération dorée des Diables rouges n’est plus. Les valeurs que la Belgique entend défendre subsistent et notre royaume a toutes les cartes en main pour poser des actes forts avant, pendant et après le Mondial.