L’incendie chez MolenGeek doit être un signal d’alarme

Contribution externe
L’incendie chez MolenGeek doit être un signal d’alarme
©FLEMAL JEAN-LUC

Une carte blanche de Bruno Meeus (KU Leuven), Thomas Swerts (Comité du quartier de la Minoterie, Erasmus Universiteit Rotterdam), Mary Hogan (MolenGeek), Shila Anaraki (KU Leuven), Karel Arnaut (KU Leuven)

Un incendie place de la Minoterie, à deux pas des locaux de MolenGeek”, titraient plusieurs journaux le 2 octobre dernier. Était-ce à propos d’une poubelle ? De pneus de voiture ? Non. Ce soir-là, les matelas d’une douzaine de jeunes demandeurs d’asile furent incendiés. Leurs lits, en d’autres termes.

Laissez cette histoire vous habiter durant un moment, car nous entrons progressivement dans le deuxième hiver où des personnes dorment dans la rue parce que notre gouvernement ne leur offre pas l’accueil auquel elles ont droit selon les règles nationales et internationales. Et la situation est telle que certains demandeurs d’asile ont entre-temps glissé un nouveau matelas sous l’abri désormais noirci.

Personne ne nous parle

Cependant, “l’incendie de MolenGeek” (du nom de ce lieu de formation aux technologies accessible à tous NdlR) montre que le gouvernement lâche des points importants à bien d’autres égards.

Depuis un an, MolenGeek et les habitants du quartier observent un banc qui a été placé sur la place de la Minoterie dans le cadre d’une initiative de quartier. Les jeunes du quartier qui passent du temps dans les rues se sont rapidement approprié l’endroit en posant des tags, en laissant des détritus et en interpellant les passants. Suffisamment pour que certains lancent une pétition contre le banc.

Pourtant, quand vous parlez à ces jeunes, ils vous répondent : “Personne ne nous parle, vous êtes les premiers à nous écouter”. Ils viennent d’avoir 18 ans, n’ont pas de travail et n’ont pas d’autre lieu de rencontre que “leur” banc. L’ennui et la vertu deviennent avec eux un cocktail hautement inflammable.

Comment font-ils ?

MolenGeek, quant à elle, est une organisation solidement ancrée dans les quartiers de Bruxelles. Elle attrape beaucoup de jeunes qui passent à travers les mailles de l’éducation belge, qui subissent des discriminations sur le marché du travail et qui ont largement perdu leur confiance dans le gouvernement. Alors comment font-lis ces membres de l’organisation pour y parvenir ? Ils apprennent ensemble des compétences en codage et en marketing et, avec ces jeunes, tracent une voie vers l’entrepreneuriat numérique et l’emploi dans les entreprises. Ils construisent également une communauté par un esprit positif qui affirme que “rien ne peut nous arrêter”. En deux jours d’ailleurs, après l’incendie, le bâtiment de MolenGeek fut de nouveau prêt pour l’enseignement.

Cette attention et cette préoccupation pour les gens sont cruciales. Mais aussi admirable soit la persévérance de la communauté MolenGeek et des demandeurs d’asile concernés, la pression et les traumatismes s’accumulent : le bâtiment auquel vous vous identifiez est en feu, votre lit est en feu, une dizaine de personnes doivent trouver refuge ailleurs, une centaine d’élèves ne peuvent pas aller en classe…

Trois propositions

Il y a beaucoup de travail à réaliser, mais nous souhaitons avancer trois propositions concrètes à l’avance, une à Mme Nicole De Moor, Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, et deux à Mme Catherine Moureaux, bourgmestre de Molenbeek Saint-Jean.

Mme De Moor, veillez à ce que toute personne qui souhaite entamer une procédure d’asile en Belgique puisse le faire. Assurez-vous d’avoir une politique performante qui fonctionnera sur le long terme. Mme Moureaux, ainsi que les autres bourgmestres de Bruxelles, offrez un abri décent aux personnes dont les lits ont été incendiés. Quant aux réfugiés ukrainiens, fournissez-leur un logement adéquat et travaillez à une planification à long terme. Enfin, il faut renforcer la présence structurelle et la visibilité des travailleurs de rue qui peuvent aller à la rencontre des jeunes et contribuer à les faire participer, plutôt que de les exclure du quartier.