Taxation et crise énergétique : que ferait Camille Gutt ?

Avant d’être directeur général du FMI, Camille Gutt fut ministre des Finances en 1939. Les décisions qu’il prit ne sont pas sans rappeler les défis que nous rencontrons.

Contribution externe
Taxation et crise énergétique : que ferait Camille Gutt ?
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Une opinion de Michel Vanden Abeele, président de la Fondation Gutt

Dans la mémoire collective en Belgique, le nom de Camille Gutt est vaguement associé à une opération monétaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le ministre des Finances du gouvernement belge en exil à Londres avait conçu et réalisé une formidable opération monétaire consistant à assainir le marché financier en procédant notamment à un échange des billets de banque et à un contrôle des comptes pour pénaliser les gains indus réalisés pendant la guerre. L’opération "Gutt" a coupé l’inflation et a permis à la Belgique de retrouver rapidement une croissance économique bienvenue.

Acteur de la réflexion monétaire qui conduisit à la création d’un ordre monétaire mondial dans l’après-guerre, Gutt est devenu le premier directeur général du Fonds monétaire international.

Mais son rôle et son action dans l’avant-guerre sont moins connus. En tant que ministre des Finances, il a vécu les soubresauts économiques de la fin des années trente et ses crises successives.

L’Histoire ne se répète jamais, dit-on, mais pourquoi ne pas se souvenir des leçons du passé ?

De nombreux parallèles

L’instabilité internationale et la crise de l’énergie actuelle ne sont pas sans certaines ressemblances avec la période avant la Seconde Guerre mondiale : incertitude sur la disponibilité des matières premières, en particulier de l’énergie, montée radicale des prix, effondrement des valeurs boursières.

Dès septembre 1939, le ministre des Finances de l’époque, Camille Gutt, se préoccupait déjà d’une situation financière dégradée et de la montée prévisible des prix. Voyant venir le conflit qui s’annonçait, il est parmi les rares responsables politiques qui préconisaient la rigueur et l’augmentation des taxes en vue de financer l’effort de guerre.

La préparation du budget pour l’année 1940 conduit le ministre des Finances à soutenir une négociation avec les producteurs d’électricité en vue d’une diminution de leurs tarifs. Après d’âpres discussions qui n’aboutiront pas, il est contraint de faire adopter un arrêté royal visant à créer un impôt professionnel exceptionnel de 50 millions de francs (de l’époque !) à charge des entreprises qui produisent ou distribuent de l’énergie électrique en Belgique. Conscient que toute nouvelle charge fiscale risquait de ne pas être approuvée, il préconisait - en même temps - un effort d’investissement public notamment pour les habitations sociales à rénover et pour la défense nationale !

On n’était pas loin de la notion actuelle d’impôt sur les bénéfices spécifiques discutée au niveau belge ou européen ou de celle de captation de superprofits.

La question qui se pose est celle de l’utilisation de ces ressources ou des marges budgétaires espérées. Gutt envisageait à l’époque un effort de guerre pour faire face aux dangers qui s’annonçaient alors que la Belgique se raccrochait à sa neutralité déclarée. L’Histoire lui a donné raison. Le danger était bien là avec l’invasion du pays.

Les efforts budgétaires actuels devraient servir à limiter les prix de l’énergie ou au soutien à la rénovation immobilière utile à l’objectif d’économie d’énergie. Il faut espérer de ne pas devoir créer de nouveaux impôts pour financer une guerre qui est à nos portes.