Pas de tempérance face à la hausse des températures

Nous célébrons l’audace du sportif et de l’entrepreneur mais cultivons malheureusement la prudence de nos élus.

Contribution externe
Pas de tempérance face à la hausse des températures

Une chronique d'Étienne de Callataÿ (1)

Ne devient un grand champion sportif que celle ou celui qui prend des risques. C'est le journaliste sportif Jacques Ickx, par ailleurs père de Jacky et aussi de Pascal, qui l'affirme, et cette observation est à découvrir, ainsi que plein d'autres belles leçons de vie, entre sport et humanisme, dans les chroniques qu'il a écrites après-guerre et qui, toujours pertinentes, ont été avec bonheur sélectionnées et illustrées dans un riche recueil coordonné par Michel Vanderveken récemment paru aux éditions Mols. "Jamais la pondération et la prudence n'ont créé le grand champion. Il naît toujours d'une audace, d'un risque, d'un sacrifice." Pour espérer exceller, il faut donc oser.

L’année 2022 invite à chercher à transposer les propos de Jacques Ickx. L’Europe n’est pas le champion qu’elle aurait pu être car elle s’est montrée trop pondérée, tant avec son allié américain qu’avec la Chine et son potentiel et qu’avec la Russie et son énergie fossile. Nous n’avons pas su sacrifier une partie de notre bien-être immédiat pour être des champions en termes de sécurité, de résilience et de soutenabilité. Et les marchés financiers de 2022 interpellent aussi la sagesse supposée de la diversification du risque, quand la valeur des obligations gouvernementales plonge dans une proportion comparable au recul des marchés d’actions. Pourquoi se donner la peine de mettre ses œufs dans différents paniers si ceux-ci sont percés d’une même manière ?

Le risque légitime

Attention toutefois aux transpositions trop tentantes, qui deviendraient arguments d'autorité. Reprenons le cas de la diversification en finance, que 2022 semble avoir invalidée, mais qui reste pertinente. Souvenons-nous que l'exception confirme la règle ! D'ailleurs, que dit la finance ? Elle soutient que le risque à bannir est celui qui peut être éliminé sans réduire l'utilité escomptée du placement pour l'investisseur, utilité indûment ramenée au seul rendement même si ce dernier en est la composante rationnelle essentielle. En d'autres termes, il ne s'agit pas de condamner la prise de tout risque, mais uniquement celle du risque inutile, celui qui ne contribue pas au bien-être de celui qui le court. Si c'est le frisson que vous recherchez, pas de souci, investissez tout votre patrimoine dans un actif unique, qu'il s'agisse d'actions d'une entreprise donnée, d'un bien immobilier ou d'une cryptomonnaie. "Mettez tous vos œufs dans un même panier, et surveillez-le bien" était le conseil de Mark Twain. L'amitié pour un "start-upper", l'envie de poursuivre un rêve ou l'égo peuvent aussi justifier, en termes d'utilité, une hyper concentration du risque financier. Ou encore la volonté d'échapper à des conditions de vie misérables dont une amélioration marginale apparaîtrait inacceptable, et c'est l'attitude du migrant, en Méditerranée, dans les Balkans ou ailleurs.

Pas de prudence face aux injustices

Si nous avons à nous plaindre de l’immobilisme en politique, et les non-réformes de la Vivaldi en sont un nouvel exemple, c’est parce que pour la femme ou l’homme politique, il est plus risqué d’agir que de ne pas agir. Le mécontent défend mieux l’intérêt catégoriel du statu quo que ne se fait entendre l’intérêt général d’une réforme en matière de fiscalité, de santé publique, de services publics, de marché du travail, de retraite ou d’environnement. Or, il n’y a pas de prudence ou de tempérance à cultiver face aux gaspillages, aux injustices et aux menaces. Quand, par nos comportements et ceux de nos parents, nous inondons le Pakistan, il faut agir, et donc prendre des risques, quitte à perdre confort et emplois, dans les aéroports, la logistique, l’agro-industrie, ou les moteurs thermiques chers à la famille Ickx.

(1) etienne.decallatay@orcadia.eu