Il y a quelques nuits de cela, j’ai rouvert le tout premier livre que j’avais lu...

Il s’appelait “Petitou et la plume d’or” et je le lisais – dit la légende – même dans le noir, lumière éteinte. Aujourd’hui avec lui, j’ai redécouvert la puissance des histoires et la beauté des livres pour enfants.

Contribution externe
Illustration de Vincent Dubois
Illustration de Vincent Dubois

Une carte blanche de Bruno Humbeeck, Psychopédagogue (1)

Il y a quelques nuits de cela, je me suis gavé d’une madeleine de Proust géante. J’ai relu le tout premier livre que j’ai lu, le premier livre à lettres avec juste çà et là quelques images pour aider le lecteur tout débutant que j’étais à reprendre son souffle…

C’est dans ce livre, je m’en souviens comme si c’était hier (ou plutôt avant-hier) que j’ai découvert le plaisir magique de voir les mots se métamorphoser en histoires… Je l’ai lu et relu sans cesse. La légende familiale portée par maman – et comme cela vient d’elle je me refuse à croire que c’était une légende – prétend que je continuais à le lire dans le noir alors qu’elle avait éteint la lumière… Je ne sais pas si c’est vrai. Je sais juste que cela aurait pu l’être.

L’incipit de ce livre, Petitou et la plume d’or est merveilleux : “À Argentour, village du Pays-Lointain, régnait une grande agitation. Il y avait un tel bruit qu’on avait envie de se boucher les oreilles ! De tous côtés, on entendait crier- Petitou Barbichu ! Petitou Barbichu ! Où es tu ? Petitou Barbichu !”

Ainsi, il y avait un pays lointain, différent du mien et j’allais par la grâce d’un livre, être invité à le visiter. Et le livre allait aussi me permettre de rencontrer un personnage dont je savais juste qu’il s’appelait Petitou Barbichu, que je pouvais le soupçonner de ne pas être plus grand que moi et d’avoir une petite barbe…

C’est donc cela un livre, l’invitation au voyage et la promesse d’une rencontre. Pour un enfant, c’est le rêve qui commence…

Le pouvoir d’un livre

Petitou et la plume d’or, c’est l’histoire d’un personnage qui va à la rencontre de son écrivain, Dick Laan, pour lui offrir une plume d’or de façon à ce qu’il continue à écrire des histoires qui le mettent en scène et donnent vie à tout son monde.

Un petit personnage qui se lance dans toute une épopée pour offrir une plume à celui qui écrit son histoire, l’histoire de “ce petit bonhomme pas plus grand que le pouce et qui était déjà très, très vieux, ce petit bonhomme qui s’appelait… Petitou Barbichu…”

Quelle magie ! Quelle mise en abyme extraordinaire pour un petit garçon qui découvre, en une seule fois, le pouvoir d’un livre de vous maintenir en équilibre sur ce fil ténu qui sépare la réalité de l’imaginaire. Un livre comme celui-là, évidemment, il peut bien se mettre à le lire dans le noir et même avec les yeux fermés si l’envie lui vient de poursuivre le récit en l’habillant de ses rêves d’enfant.

Aujourd’hui, je me dis que chaque livre lu par un enfant est une graine en train de germer. Elle fera de lui un penseur, un rêveur, un poète, un philosophe, un artiste ou un scientifique… Peu importe du moment que cette petite graine, en germant en lui, fasse de lui un être humain, résolument humain et obstinément soucieux de l’être.

Comme un dessert sucré

Quant à moi, c’est donc dans Petitou et la plume d’or que j’ai découvert le bonheur de lire…

Je l’ai relu d’une traite, comme on avale un dessert merveilleusement sucré et j’ai senti les larmes me venir aux yeux en en redécouvrant l’outcipit, cette délicieuse phrase de fin de livre qui sonne comme une invitation au voyage, à d’autres voyages, à des voyages pour lesquels plus de cinquante cinq années plus tard j’éprouve toujours autant de plaisir à m’embarquer :

“Et ainsi, Petitou repartit le soir même dans sa fusée. Mr Dick Laan et les cinq souris qui étaient ses amies lui firent de grands signes d’adieux et ils le suivirent des yeux très longtemps…”

C’est beau un livre d’enfant… Presque aussi beau que le bonheur, ce rêve d’enfant poursuivi sans fin par un adulte…

(1) Dernier ouvrage paru : “Hyperparentalité. Apprendre à lâcher prise pour le bien des parents et des enfants” (à paraître ce 27 octobre chez Mardaga).