Leçon de démocratie à Schaerbeek : la toge ou la cagoule?

À Schaerbeek, le plan régional de mobilité Good Move suscite la colère de certains protestataires. Nos ministres feraient bien de se réveiller avant de se retrouver avec un panneau d’interdiction de stationnement dans leur salon ou leur... cabinet.

Contribution externe
Traffic signs are destroyed as some people hold a protest action against the 'Good Move' traffic circulation plan in Schaarbeek - Schaerbeek, Brussels, Tuesday 25 October 2022.
BELGA PHOTO NILS QUINTELIER

Une opinion de Me Régis D’hondt, avocat au Barreau de Bruxelles

Les évènements de Schaerbeek de lundi et mardi derniers sont interpellants à plus d’un titre.

Comment la démocratie doit-elle s’exprimer? La fermeture du bois de la Cambre a soulevé beaucoup d’oppositions. Faite sans concertation, imposée brutalement durant le période Covid, elle a généré une opposition suivant nos règles démocratiques : plusieurs démarches ont été entreprises auprès du bourgmestre Close qui, non concerné par ses effets néfastes, les a largement ignorées.

Des procédures judiciaires s’en sont suivies depuis plus de deux ans sans résultats très probants jusqu’à l’heure. A suivre, à coups de patience et d’argent. Tant pis pour ceux qui paient et en souffrent.

Le plan “good”, ou devrais-je probablement dire, “bad” move a quant à lui été imposé récemment après une pseudo concertation réalisée principalement digitalement, elle aussi durant la période Covid, et on se rend compte partout à Bruxelles que s’il a certes été réfléchi sur papier par nos édiles politiques ou les bureaux d’études, qu’ils ont l’habitude de charger du travail à grands frais, sa mise en place concrète est contestée presque partout à Bruxelles.

A Schaerbeek elle a récemment été attaquée violemment, littéralement démontée avec fracas, en blessant au passage policier ou pompier, et en menaçant une vieille dame au marteau.

Résultat des courses? : le plan est retiré pour six mois par le collège des bourgmestre et échevins, prétendument pour être réétudié. Dans notre langage on appelle ça une remise sine die.

Alors quoi finalement? Que faut-il comprendre?

Que nos édiles sont plus réceptives à la fronde populaire et aux pavés, remplacés aujourd’hui par des signaux routiers démantibulés, que par une contestation faite selon les us et coutumes de notre démocratie?

Comme avocat, j’en reste pantois.

Est-ce dû à la déliquescence de la Justice, qui faute de moyens ne peut plus assumer son rôle, et amène les citoyens à se faire justice à eux-mêmes?

La rue a-t-elle pris le pas sur le Palais avec ses échafaudages fossilisés, son manque criant de magistrats et de greffiers, ses salles d’audiences sans lumières ou presque, avec un plafond qui s’est encore effondré ce vendredi matin, et qui vous accueille désormais avec des rats sur les pavés qui y mènent?

On serait malheureusement tenté de le croire quand on compare les deux combats.

Nos ministres feraient bien de se réveiller, je dirais même “wakker schieten” en néerlandais, avant de se retrouver avec un panneau d’interdiction de stationnement dans leur salon ou leur... cabinet.

Et cela n’honore pas notre démocratie, ni sa pérennité. C’est pourtant simple à comprendre, non?

Ou est-ce simplement dû à la déconnexion de nos édiles, qui à coup de prises de positions dogmatiques par leurs armées de fonctionnaires et de bureaux d’études en tout genre, engagés à grands frais, ne réalisent pas ou plus la réalité familiale ou économique de la population dont ils sont censés assurer le bien-être.

Il y a certainement de cela, oui. Et ça n’est pas ce que nous attendons d’eux.

Ou est-ce encore une nouvelle manière de s’exprimer de notre population qui, faute d'interlocuteur crédible, n’en a plus cure de nos règles démocratiques et imposent les siennes, auxquelles il nous faudra s’adapter?

Gageons que non.

Mais quoi qu’il en soit, comme avocat je me demande : pour défendre une cause, dorénavant, je range la toge et j’achète une cagoule?