Tout est ombre et lumière chez Kevin De Bruyne

La mélancolie du joueur sera-t-elle le point final de sa carrière chez les Diables ?

Contribution externe
Belgium's Kevin De Bruyne looks dejected during a soccer game between Belgium's national team the Red Devils and Morocco, in Group F of the FIFA 2022 World Cup in Al Thumama Stadium, Doha, State of Qatar on Sunday 27 November 2022. BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Une opinion de Renaud Homez, juriste.

Il arrive qu’au sommet de son art, on tombe soudain, comme aspiré par des démons invisibles. Les grands artistes en sont coutumiers. Zidane, et son coup de tête en finale de la coupe du monde. Morrison, et son suicide en pleine gloire. Il y a beaucoup d’autres exemples. Est-ce le prix à payer pour tutoyer les étoiles ?

Le succès est une notion abstraite et relative. On a beau tout gagner, recevoir tous les éloges, le cerveau et le corps, parfois, abdiquent, n’en peuvent plus. Il y a comme une démission générale. Et il apparaît clairement depuis le début de la coupe du monde que Kevin De Bruyne éprouve une immense lassitude. Elle ne vient pas des autres, elle vient de lui seul.

D’ordinaire, c’est un joueur qui travaille, qui ne compte pas ses efforts, et lorsqu’il paraît à bout de souffle, le visage cramoisi, il déclenche alors ses inspirations géniales – frappes chirurgicales, passes défiant la géométrie euclidienne. Chose rare : c’est à la fois un besogneux et un pur génie.

Le soir du match contre le Canada, j’ai vu tout de suite qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond chez Kevin De Bruyne. Je l’ai vu dès l’hymne national. La mine des mauvais jours. Un visage blême, un regard vide. Ce soir-là, sous le ciel d’Al Rayyan, Kevin De Bruyne broyait du noir.

Alors, il se pourrait bien qu’il en reste là. Plonge pour de bon. Rumine contre la terre entière, ses coéquipiers, les supporters, les journalistes. Quitte le Qatar la tête basse et mette un terme à sa carrière chez les Diables rouges. Rideau. Et merci pour ces moments.

Une autre hypothèse. Le propre des grands artistes, c’est aussi de se relever, de retrouver l’inspiration quand plus personne n’y croit. J’y crois : chez Kevin de Bruyne tout est ombre et lumière. Tout est intériorisé pour rejaillir soudain dans la magie de ses pieds. Nul doute qu’après ces deux matchs sans éclat, où il a semblé un simple joueur à mille lieues de son talent, il aura à cœur de montrer où se trouve sa vraie place : tout au sommet du football mondial.