Restons sérieux, continuons de défoncer la planète

Ce titre provocateur exagère à peine la teneur du discours, martelé par la droite, que la technologie va nous sauver de la crise écologique. Objection ! La technologie sans la sobriété ne résoudra fondamentalement rien.

Contribution externe
 Le site projeté jouxte la Grande digue de Laplaigne, un site connu par de nombreux naturalistes, non seulement pour son intérêt paysager mais également pour la faune et la flore qui s’y développent. Ces amoureux de la nature ne comprennent pas comment pourrait se développer ici un projet qui mettrait en péril la biodiversité que l’on peut observer dans cette zone.
©EdA

Une opinion d’Eddie Van Hassel, retraité de l’enseignement

Ce titre provocateur exagère à peine la teneur du discours, martelé par la droite, que la technologie va nous sauver de la crise écologique. Comprenez bien : la technologie et rien que cela, car il faut que tout change dans notre manière de produire pour que rien ne change dans notre manière de consommer. Objection, votre honneur ! La technologie sans la sobriété ne résoudra fondamentalement rien. Sobriété, le gros mot est lâché.

Pourtant, le bon sens voudrait que la sobriété soit un guide moral de notre comportement en raison de cette évidence : les ressources matérielles et énergétiques nécessaires à nos activités sont disponibles en quantités limitées, à plus forte raison qu’elles sont pour beaucoup non renouvelables, notamment les combustibles fossiles et les minerais métallifères que nous transformons irréversiblement. La finitude géophysique est incontournable, quand bien même un bond technologique parviendrait à résoudre les nuisances écologiques les plus délétères causées par nos modes actuels de production et de consommation.

Voilà bien exprimé le point de vue d’un décroissant. C’est par ces mots que réagit à mon propos un ami, fier d’être libéral. Je les prends volontiers pour un compliment, car je ne suis pas un zadiste hirsute installé dans un bois, image caricaturale et moqueuse du “décroissant”, genre humain régressif opposé au “progrès” selon les apôtres de la “croissance verte” par la technologie. À leur décharge, reconnaissons que les obstacles sociologiques à la sobriété sont titanesques :

- La sobriété et la croissance économique sans fin sont antinomiques. Or la croissance est l’esprit même du capitalisme qui organise et gouverne maintenant le monde.

- Le capitalisme engendre une dépendance structurelle à la croissance. La décroissance est synonyme de récession, une hantise du monde politique à cause de ses effets : faillites d’entreprises, détresse sociale, finances publiques dans le rouge.

- Notre imaginaire associe le progrès à la croissance en raison de tout ce qu’elle a produit en termes de confort, de commodités et de plaisirs.

- La croissance, qui est censée profiter à toutes et à tous, sert d’expédient à la question embarrassante de la justice sociale dans notre monde marqué par de fortes inégalités et des rapports de domination.

En bref, comme disait je ne sais plus qui, on imagine plus facilement la fin du monde que celle du capitalisme. En attendant, au train où vont les choses, le capitalisme précipite sa propre fin en précipitant celle du monde. Dernièrement dans une émission, le président du Mouvement Réformateur (MR) loua la militante écologiste Greta Thunberg pour son réalisme technologique, car elle préfère garder en fonctionnement les centrales nucléaires aujourd’hui opérationnelles que leur substituer des centrales au gaz ou au charbon qui nuisent au climat. Évidemment, il passa sous silence qu’elle affirme parallèlement la nécessité absolue d’en finir avec le capitalisme.

Finalement, que faire pour aller dans la bonne direction malgré tout ? Un puissant verrou qui empêche le changement est l’imaginaire de la société qui perçoit la sobriété comme une privation. Un article de Magazine Le Monde déroule des pistes pour amener sereinement la société à un idéal de sobriété désirable. Il emprunte les idées du think-tank progressiste Terra Nova selon lequel la sobriété énergétique doit devenir un projet collectif, mis en œuvre rapidement, avec des mesures réalistes, qui tiennent compte des inégalités et évitent l’exclusion des ménages les plus modestes.

Alors, qu’attend-on encore pour appliquer ces bons principes ?