Le nouveau Guide pour une éducation à la vie relationnelle affective et sexuelle ne répond pas aux enjeux que rencontrent nos enfants

J’ai eu la curiosité de lire les 299 pages du Guide pour une éducation à la vie relationnelle affective et sexuelle, et mon sentiment dominant est la consternation.

Contribution externe
Cours d'éducation sexuelle
Cours d'éducation sexuelle ©Copyright (c) 2015 Ground Picture/Shutterstock. No use without permission.

Une carte blanche de Marthe Mahieu, ancienne directrice d’une école secondaire.

Quelle affaire ! Depuis qu’est diffusé le “Guide Evras” (Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle), sorte de Programme destiné aux professionnels de l’éducation et concernant les élèves de la Communauté Wallonie-Bruxelles de 5 à 18 ans, des pétitions circulent, des psychiatres protestent, des réactions en sens divers s’échangent, des indignations, des accusations, des soupçons se croisent. Ceux qui le critiquent sont rapidement taxés de “conservatisme”, voire de “transphobie”. Caroline Désir, ministre responsable de l’Éducation, a promis de modifier certains passages, relatifs entre autres aux “sextos” (échanges de vidéos de soi tout nu, désignés comme “pouvant apporter du plaisir” !) ou aux conseils pratiques aux candidats “transgenre” dès 9 ans.

J’ai eu la curiosité de lire ces 299 pages, et mon sentiment dominant est la consternation. Au-delà des passages pour le moins inappropriés qui sautent aux yeux, c’est l’ensemble du texte qui me semble imprégné d’une idéologie mainstream, sorte d’aboutissement exténué de l’individualisme défensif et communautariste qui imprègne de plus en plus notre société occidentale. Ce guide pourrait s’intituler : Comment prendre son pied à tout âge en évitant les maladies et les grossesses.

Une éducation indispensable

Précisons tout de suite : je pense qu’une éducation en ce domaine, à l’école, est indispensable. Je l’ai d’ailleurs instaurée dès 1987 dans l’école secondaire que je dirigeais alors, sous forme d’une “semaine de l’amour”. Personne n’en parlait, à l’époque. Nous avons construit nous-mêmes un “programme” auquel étaient associés, avec l’ensemble des professeurs, le PMS et le Planning Familial. J’avais traversé dans une joyeuse et collective exubérance la grande libération sexuelle des années 70. Cet excursus biographique pour prévenir toute accusation de ringardise ou de pudibonderie à mon égard.

Mais nos jeunes ne sont plus du tout, mais alors plus du tout “coincés” par des tabous, des silences ou des culpabilisations religieuses. C’est plutôt le contraire. Ils sont noyés sous une marée d’informations de toutes sortes sur la sexualité dans laquelle il leur est bien difficile de se retrouver, de se définir une ligne de conduite libre et personnelle. C’est à cela surtout qu’il faudrait les aider en 2022.

Bien sûr, il y a des connaissances factuelles, d’ordre biologique, à leur apprendre, à l’âge auquel ils se posent ces questions. Mais une éducation “relationnelle et affective” va bien au-delà.

Une révolution plutôt qu’une prévention

Les objectifs explicites que se donne le “Guide Evras” sont : la Santé et le Bien-être… Comme c’est petit, comme c’est mesquin ! Car enfin, les malheurs de notre société en ce domaine sont encore et toujours la violence non maîtrisée des pulsions ! Des “passions tristes” que décrivit si bien Spinoza : colère, haine, jalousie… Il ne s’agit pas de se protéger des maladies et de se “sentir bien”, mais de construire une société où la violence conjugale, les féminicides, les viols, la pédophilie, le culte d’un corps “aux normes” et les multiples manipulations des réseaux sociaux soient en voie de disparition ! Sans parler du fléau de la pornographie, en accès libre sur internet, commerce juteux qui rapporte des milliards à ses producteurs, imposant des modèles de femmes humiliées et d’hommes machistes. Il s’agit d’apprendre aux jeunes à discerner et reconnaître leurs désirs et leurs sensations, à exercer leur sens critique, à choisir librement leur mode de vie et de sexualité, à rechercher leur plaisir et celui de l’autre avec des partenaires pleinement consentants. À s’interdire toute violence, tout chantage. À élaborer des projets de couple où on peut gérer sa jalousie, où on résiste à la domination, à la possession de l’autre – ou à la soumission !

”Un homme, ça s’oblige”, disait Camus. Il entendait bien entendu inclure les femmes !

On peut se demander jusqu’où nos responsables politiques vont céder aux exigences de minorités et à la dictature du “ressenti” personnel. L’attaque violente, par des militants “trans” cagoulés, de la conférence que donnait Caroline Eliacheff, pédopsychiatre française, au café laïc de Bruxelles sur “la dérive du transgenrisme” est inquiétante. Il semble bien que les dangers qui guettent nos enfants ne soient pas là où on pense. Le Guide Evras semble même s’en faire en certains chapitres le complice. Concédons-lui l’hypothèse que c’est en toute bonne foi. L’éducation affective et sexuelle de la jeunesse, c’est une révolution à faire, plutôt qu’une prévention soft et complaisante.

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