Qu’est-ce qui nous attend en 2030?

Je reconnais que cette perspective me hante.

Charles Delhez
FILE - Steam emits from a crude oil refinery in Kochi, Kerala state, India, on Aug. 26, 2022. A new accounting of carbon dioxide emissions finds that heat-trapping gas pollution from fossil fuels went up about 1% more than last year. Researchers say efforts to remove carbon dioxide from the atmosphere aren't being scaled up fast enough and can’t be relied on to meet crucial climate goals. A report published Thursday by scientists in Europe and the United States found that new methods of CO2 removal currently account for only 0.1% of the 2 billion metric tons sucked from the atmosphere each year. (AP Photo/R S Iyer, File)
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”À la lueur d’une luciole”. Une chronique de Charles Delhez.

2030. Vous avez bien lu. Ce chiffre me hante. J’écrirais 2050, on croirait avoir encore le temps. Nous sommes dans les quelques dernières années d’apaisement, estime l’économiste Bruno Colmant, avant que de grands tourments ne s’abattent. Les dernières fenêtres d’opportunité risquent de se refermer bientôt. Pendant ce temps, l’écart entre ce que l’on fait et ce que l’on devrait faire ne cesse d’augmenter.

Nous ne voulons pas voir

Inondations, canicule, ouragans, orages meurtriers, épidémie, épuisement de la planète et effondrement de la biodiversité… Voilà pour le côté nature. Guerre d’Ukraine et révolutions d’ailleurs, montée de l’extrême-droite ou de l’extrême-gauche, migrations, hiver démographique en Occident, crise des énergies, inflation et augmentation du coût de la vie, drogues et autres addictions, sans parler du risque nucléaire, des inégalités sociales qui se creusent et de la disparité alimentaire, pour le côté société. Rien ne va plus. C’est le sentiment qui habite plus d’une personne, surtout les jeunes. Un désordre s’installe. L’humanité serait-elle arrivée au bout de son roman ? pour reprendre l’expression de l’écrivain algérien Boualem Sansal (La Libre, 29 oct. 2021) ?

Nous ne voulons pas voir que le climat se dégrade inexorablement, que l’Occident, qui fut le maître du monde d’hier, ne donne plus le tempo de la danse, que ses valeurs ne passent plus, qu’il est objet de haine – et non plus tant d’envie. Nous ne voulons pas voir que l’Église est gravement malade et que nos familles ne se portent pas si bien. Or tout cela saute aux yeux.

L’événement est mon maître intérieur”, disait Emmanuel Mounier. Et le pape François, à sa façon bien imagée, estime que nous devons laisser la réalité nous donner des claques. Ces claques finiront par nous réveiller. Ah ! si nous étions aussi lucides à l’égard du présent que nous prétendons l’être à propos du passé ! Dans 50 ans, nos petits-enfants diront sans doute que nous étions en pleine folie. Notre civilisation ne serait-elle pas un colosse aux pieds d’argile, comme l’empire de Babylone dont la fin fut annoncée par le prophète Daniel, dans l’Ancien Testament ?

Dès aujourd’hui

Il nous faut inventer du neuf si nous voulons regarder l’avenir avec espérance. Or, nous vivons comme avant, espérant naïvement que cela dure toujours. Pourquoi ne pas commencer dès aujourd’hui pour, si c’était encore possible, reculer de quelques années l’échéance et déjà nous entraîner à ce qui sera notre nouveau mode de vie ?

Qu’est-ce qui nous en empêche ? La peur du changement, tout d’abord. Changer, c’est toujours mourir un peu, se désinstaller, perdre ses acquis. Mais aussi le manque d’imagination. Nous sommes prisonniers de notre mode de vie actuel et n’imaginons pas un autre possible. S’agirait-il de revenir en arrière ? “C’est au contraire avancer. Mais vers un autre avenir”, croit fermement Adélaïde Charlier (La Libre, 21-22 mai 2022).

Après 2030, nous vivrons autrement, c’est certain. Ce que nous faisons encore aujourd’hui ne sera plus possible. Nous ne pouvons en effet nous permettre la démesure sur une planète qui a ses limites. Le mondial au Qatar en a été une illustration criante. Pour cette grand-messe du business footballistique, nous avons créé un microclimat à force d’énergie fossile ! Quelle honte ! L’attribution des jeux asiatiques d’hiver 2029 à l’Arabie saoudite, en plein désert, en est une autre. “On dépasse la débilité”, a pu dire Maxime Prévot.

Il est urgent de passer du colibri, qui fait sa part, au collectif. “Lorsqu’on rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve alors que lorsqu’on rêve à plusieurs c’est déjà une réalité. L’utopie partagée, c’est le ressort de l’Histoire”, disait dom Helder Camara. Plutôt que d’être la génération no future, il nous faut travailler comme les bâtisseurs de cathédrale : ils savaient qu’ils ne verraient jamais l’édifice achevé, mais ils avaient un projet en tête, un idéal dans le cœur. Serons-nous comme ces jeunes de plus en plus nombreux qui ne veulent plus, avec raison, collaborer au système actuel devenu obsolète ?

Et si je me trompais ? Ce ne serait de toute façon que du bonheur, car nous n’aurions rien perdu à troquer nos habitudes pour de meilleures !

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