En tant que médecin, comprenez-vous l'inquiétude des psychologues face au projet de loi déposé par la ministre de la Santé, Magda Aelvoet?

Sans vouloir défendre à tout prix la médecine, je pense qu'il était urgent de réglementer l'accès à la profession de psychologue, ainsi que son exercice. Je suis d'accord qu'il y ait des psychologues et des sexologues un peu partout, mais quand je vois les dégâts que certains d'entre eux peuvent causer en projetant leurs propres problèmes sur leurs clients, je me dis qu'il était grand temps d'intervenir. En fait, ce que souhaitent la plupart des psychologues, c'est jouer au docteur, se faire une clientèle et se voir ainsi intégré dans tout le système de santé publique. A partir de ce moment-là, je comprends qu'ils se sentent frustrés de ne pas obtenir ce qu'ils souhaitent.

Ce projet de loi a-t-il implicitement pour objectif d'inféoder les psys aux médecins?

Je n'aime pas beaucoup les termes d'`inféodation´ ou de `domination´, car on les retrouve aussi chez les médecins, notamment entre spécialistes et généralistes.... C'est pour cette raison que je préfère parler du rapport médecins-psychologues en termes de `collaboration´ ou de `complémentarité´. Reste que le diagnostic médical est une chose complexe et qu'il y a un ordre logique à respecter. Ainsi faut-il d'abord s'être assuré qu'il n'y a pas de pathologie organique évidente avant d'envisager une thérapie et de renvoyer à un psychologue. Et puis, il faut bien reconnaître que le psychiatre et le médecin expérimenté ont une supériorité incontestable sur le psychologue. Il suffit d'ailleurs de comparer la durée de leurs études pour s'en persuader.

Les médecins se méfieraient-ils donc des psychologues?

Je ne crois pas que nous nous méfions des psychologues, mais il est clair que nous nous posons des questions. Pourquoi un tel afflux d'étudiants dans les facultés de psychologie? Est-ce que c'est parce que c'est plus facile? Est-ce parce que c'est à la mode? Est-ce parce qu'ils espèrent gagner beaucoup d'argent?... Je m'interroge. (P.A.)

© La Libre Belgique 2002