Opinions Une opinion de Gautier Calomne, député fédéral, chef de groupe MR au Conseil communal d’Ixelles.


Tunnel Léopold II, Rue de la Loi, Tunnel Rogier, Chaussée de La Hulpe, Viaduc Reyers, Rond Point Churchill, Avenue de Tervueren, Boulevard du Jardin Botanique, Chaussée d’Alsemberg, Boulevard du Souverain, Avenue Franklin Roosevelt, Tunnel Porte de Hal... Toutes celles et ceux qui espéraient que les vacances d’été soient propices à une mobilité moins chaotique à Bruxelles en ont été pour leurs frais, face à la succession dispersée des chantiers de voiries. Ceux-ci sont à ce point initiés sans concertation, coordination et information, que la Capitale de l’Europe est désormais paralysée même au cœur de la période estivale.

Le premier constat est donc celui d’une absence de vision globale dans la gestion des travaux publics. Pourtant, les citoyens savent que les chantiers sont nécessaires pour le développement et la modernisation constante de la Région bruxelloise. Et ils ont raison ! Le fiasco de la gestion des tunnels atteste à lui seul les besoins criants en termes d’investissements d’infrastructures. Ce n’est donc pas la nécessité de travaux qui est au cœur du débat mais bien leur organisation. Or, à ce niveau, le manque de dialogue entre les maîtres d’ouvrages (Région bruxelloise, STIB, Intercommunales, Communes, etc.) est criant. Il y a une véritable urgence à instaurer une approche nouvelle, au regard des futurs chantiers qui attendent Bruxelles, comme la rénovation du tunnel Léopold II ou l’extension du métro ! Heureusement, il n’y a pas de fatalité : tout est une question de volonté !

Aujourd’hui, il est impératif de mettre à jour le « logiciel » de la gestion des travaux publics, même s’il serait faux de prétendre que rien n’est fait pour améliorer la situation. Une ordonnance régionale est appliquée depuis 2008 pour la coordination des chantiers, appuyée par une plateforme informatique OSIRIS ainsi que par l’administration Bruxelles-Mobilité. Pour autant, la première souffre d’un déficit de performance et la seconde souffre de déficiences structurelles (ressources humaines, gestion générale, etc.).

Dès lors, que faire ? Revenons à davantage de pragmatisme et de lucidité. Tout d’abord, nous appelons à une refonte de Bruxelles-Mobilité et à la mise sur pied, en son sein, d’une « Agence régionale bruxelloise des Travaux publics ». Pour commencer, celle-ci doit être dûment équipée en matériel et en personnel. A ce titre, le recours à de l’intérim managérial et technique en cas d’urgence, comparable à ce qui existe largement dans le secteur privé, doit être possible si nécessaire, le temps de recruter de nouveaux agents. L’agence devrait être une véritable « tour de contrôle des chantiers régionaux » en assurant les missions suivantes : planifier, coordonner, réguler, évaluer et modifier, si nécessaire, les chantiers de la Capitale ; gérer en temps réel un tableau de bord des travaux, permettant aux citoyens, parfois trop peu informés (comme ce fut, par exemple, le cas pour les travaux du Rond-Point Churchill), de consulter en permanence les détails complets des opérations (délais des chantiers, aperçu des retards, etc.) ; établir un comité de concertation permanent entre les différents acteurs (BELIRIS, Région bruxelloise, STIB, Intercommunales, Communes, etc.). Cette structure devrait être complétée d’un mécanisme de « sonnette d’alarme », qui permettrait notamment d’éviter ces situations ubuesques où l’on ferme un axe central à la veille de la rentrée scolaire (le cas de l’Avenue Franklin Roosevelt en 2016), ou encore où, quelques semaines après un chantier, un maître d’ouvrage différent réouvre la chaussée au même endroit pour réaliser d’autres travaux. A ce titre, prenons l’exemple de Montréal, où un organe central de coordination peut interrompre, à tout moment, des opérations mal planifiées, sauf en cas d’urgence.

En complément de cette « tour de contrôle » des chantiers, nous proposons de créer, à l’image des Vice-Présidents dédiés à cette tâche dans les métropoles françaises (par exemple Lille et Bordeaux), un poste de « Délégué du Gouvernement aux travaux publics », le pendant pour les chantiers du Bouwmeester institué en 2009 pour l’architecture de la Capitale. Celui-ci jouerait le rôle de courroie de transmission entre les différentes parties. A l’instar de l’électricité et des télécommunications, nous plaidons donc pour l’émergence d’une véritable autorité de régulation des opérations de voiries.

En outre, il faut réformer la logique de travail sur le terrain. Dans la mesure du possible, la systématisation de l’exécution des travaux publics durant les week-ends, les nuits (sauf en zone résidentielle, comme cela fut le cas pour la destruction du bâtiment du Selor sur la petite ceinture) et les vacances scolaires doit être appliquée, comme c’est par ailleurs déjà le cas dans les deux autres Régions du pays. A ce sujet, l’argument du surcoût financier ne nous semble pas toujours fondé, tant les plannings allongés ont aussi des incidences économiques, environnementales et sociales négatives. Toujours au niveau de la conduite des dossiers, nous proposons de généraliser à l’ensemble des travaux le système de bonus-malus qui prévaut déjà sur certains sites, avec des incitants financiers pour les maîtres d’ouvrage en cas de fin rapide du chantier, et des pénalités en cas de retards, sur une base évolutive et non forfaitaire.

Enfin, et non des moindres, il est nécessaire de moderniser le cadre d’indemnisation des commerçants victimes de nuisances de chantiers. Il n’est pas normal que les créateurs de richesses et d’emplois de notre Région soient pénalisés par des chantiers aussi longs que nombreux.

En tant que Capitale de la Belgique et de l’Europe, Bruxelles doit investir dans l’avenir et continuer à se moderniser : c’est une évidence. Ce statut se mérite ! Mais, parallèlement, il est aussi urgent de stopper sa paralysie. Une vision des chantiers globale et cohérente, en connexion avec le public et avec une meilleure gouvernance publique doit donc constituer une priorité des autorités. Il faut débloquer la ville au plus vite. C’est aussi sur ce chantier que les citoyens nous attendent et il faut leur répondre maintenant.