Je l’avoue sans une once de fausse honte, j’ai très longtemps été un ignare en sciences exactes.

Très récemment, une assez longue convalescence m’a conduit à me lancer un défi : combler ce fossé dont j’identifie depuis longtemps les manques dans ma lecture quotidienne du monde qui m’entoure.

J’ai donc acheté et lu, bien longtemps après des millions d’autres, le célébrissime Une brève histoire du temps, de Stephen Hawking.

Miracle : le nullissime en physique que j’étais et suis sans doute encore comprend à peu près tout.

Un autre miracle consistera dans le fait que je parvienne un jour à pardonner aux deux baudets qui ont prétendu m’enseigner la physique dans l’enseignement secondaire et qui ont en réalité pris le plus grand soin, consciemment ou non, de m’en dégoûter "à tout jamais", comme des hordes d’autres malheureux élèves qui se demandaient ce qu’on leur voulait, faute d’une quelconque compétence didactique de ces deux interlocuteurs. Bref.

Les sciences exactes ?

L’important n’est pas qu’un quasi-sexagénaire grogne un peu sur l’âme de ses anciens professeurs.

L’important est, outre son génie en ce compris en termes de vulgarisation scientifique, le message en boucle de Stephen Hawking relatif aux sciences exactes … à savoir qu’elles ne le sont pas, qu’elles évoluent d’erreurs en erreurs pour s’approcher sans doute, mais toujours à très long terme, le plus possible de la réalité.

À titre d’exemple, il est fascinant de voir, dans cette brève histoire du temps, le nombre de physiciens nobellisés pour des découvertes majeures … qui ont assez rapidement été démontées par leurs successeurs … eux-mêmes nobellisés … avant de voir leurs propres théories subir exactement le même sort.

Belle leçon d’humilité.

Politique et pression

Chercheur en sciences humaines – c’est-à-dire des sciences infiniment moins "exactes" que les sciences dites "exactes" – je mesure parfaitement toute la fragilité, toute la falsifiabilité, aurait écrit Karl Popper, de ce que tout chercheur propose, en ce compris en se basant sur des cohortes de sujets voire des études longitudinales.

Pour que la vérité émerge un jour dans un domaine scientifique, cette noble dame a systématiquement besoin de mille précautions particulièrement exigeantes et d’un temps tout aussi particulièrement long. Certains seraient sans doute étonnés de constater le long "trajet" que parcourut en réalité la plus célèbre pomme du monde.

La politique n’a pas ce temps, ses décideurs sont constamment placés sous la pression constante d’une opinion publique d’autant plus fatiguée de ce qu’on lui impose qu’Internet, pour ne citer qu’une source, l’abreuve sans discontinuer de vérités toutes faites, pas toujours vérifiées, régulièrement contradictoires, parfois soutenues par des experts ou prétendus tels mais aussi régulièrement vendues par de parfaits charlatans à un public très insuffisamment formé que pour en évaluer la pertinence.

Bravo

À Manu, Marc, Erica et consorts, je voudrais humblement dire toute mon admiration pour le courage dont ils font preuve, pour l’obstination qui les anime à partager leurs avancées réalisées dans des conditions que les circonstances leur imposent mais qui sont parfaitement irréconciliables avec les exigences légitimes de la recherche scientifique, pour leur résistance continue aux pressions de toutes sortes, émanant de partout ainsi qu’aux critiques parfois acerbes et tout aussi parfaitement infondées que leur adressent des gens trop pressés, sans doute par le besoin de vivre en totale liberté – mais vaut-il la peine de défier leur propre mort et celle de centaines de milliers d’autres ? – tandis que l’urgence devrait être entièrement dédiée à la précaution tant que des faits scientifiques clairement établis ne nous aurons pas permis de dénouer les mystères encore non résolus que pose le Covid-19 et de proposer ainsi, pour le bonheur mais aussi tout simplement la survie de chacun, un ensemble de mesures pérennes, efficientes, si possible confortables et pourvues du moins d’effets secondaires possible.

Depuis des mois, des armées de scientifiques et de décideurs politiques un peu partout dans le monde sont déjoués par un élément infiniment petit. L’analyser, comprendre son fonctionnement sans négliger les probabilités liées aux cascades de causalités puis (tenter de) le déjouer exige un minimum de temps, même si ce minimum peut paraître fort long.

C’est un délai qu’il convient de respecter. Il est indispensable pour détricoter l’infiniment complexe puisque, comme l’affirmait il y a bien longtemps déjà un certain Albert Einstein pour s’opposer au principe scientifique d’incertitude posé par Werner Karl Heisenberg, "Dieu ne joue pas aux dés".

Ce texte est une réponse à l'opinion de Joseph Junker, publiée sur lalibre.be.

Titre de la rédaction. Titre original : "Covid-19 et culture générale"