A quoi bon citer le chaos de l’année écoulée puisque nous sommes encore tous groggys, sonnés. Je choisis donc la voie de l’optimisme. Une opinion du chroniqueur Xavier Zeegers.

Comme il semble loin déjà l’an deux mille, avec son excitation générale bien retombée, et ce poids de l’Histoire qui ne s’allège pas au fil des siècles, comme le démontra peu après un onze septembre prophétique sonnant les trois coups du XXIe. Chacun se souvient de ce qu’il faisait ce jour-là mais je préfère penser à cette foule énorme, joyeuse et paisible, réunie place Saint-Pierre à Rome, au soir de la Saint Sylvestre (33e pape), dans l’attente d’un millénaire tout beau, tout propre. Lorsque les portes de la basilique s’ouvrirent à l’Année sainte, une longue file se forma à ma droite, avançant lentement. Bizarre, me dis-je, car à gauche, il n’y avait personne, aussi j’y pénétrai en me culpabilisant déjà d’avoir resquillé, péché presque capital à mes yeux. Un pèlerin m’expliqua charitablement qu’en entrant à "sinistra" - le mot est juste car s’agissant de la mauvaise porte - j’avais manqué l’indulgence plénière qui m’attendait en restant dans la bonne file. Bien qu’alourdi déjà d’un passif de seize ans d’errance agnostique, je songeai à me rattraper au prochain millénaire, mais non : ce sera possible via la nouvelle année, celle de la Miséricorde. A dire vrai, je m’inquiète plus de la déshérence - qui rime avec désespérance - du monde que celle de mon âme, bien que j’y sois associé, étant responsable comme tout un chacun. Mais ce monde ferait bien aussi de choisir la bonne porte. Pour le salut de tous.

Sans être manichéen (au sens classique mais erroné car Mani ne voyait pas les choses en blanc ou noir, bien au contraire) il est clair que la mauvaise voie serait celle de la continuité : terrorisme, violence ethnique voire amorce d’une troisième guerre mondiale; mais à quoi bon citer le chaos de l’année écoulée puisque nous sommes encore tous groggys, sonnés. Gardons cependant à l’esprit les excellentes nouvelles qui n’eurent pas le même écho médiatique, mais à tort. Voici quelques mois, des percées très prometteuses apparurent en matière de traitement de la récidive du cancer du sein. Des milliers, voire des millions de femmes seront ainsi sauvées. Aucune "kalache" ne tuera ce progrès-là. Même si, à long terme, le sort de la communauté humaine semble plus instable que jamais, car tant d’espoirs retombent aussi rapidement que piteusement ! Les promesses de démocratisation et de paix liées à la chute du Mur se sont bien envolées, on ne cesse d’en construire de nouveaux. Les groupes sociaux ne songent qu’à se détruire, disait jusqu’à sa mort récente René Girard. Henri Laborit, inventeur du… calmant ajoutait que ces entités ne survivent qu’en maintenant des structures hiérarchiques d’une grande rigidité face à l’altérité. L’amour ? "Avec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide tout, parce que l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient. C’est un mot de passe qui ment sans cesse et ce mensonge est accepté car il couvre d’un voile prétendument désintéressé la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété." Boum ! S’il a raison, cette porte s’ouvre sur notre tombeau. Faufilons-nous donc dans celle d’à-côté. Pour s’attendre à quoi ?

A l’espérance… quand même. Car des paléontologues ayant exploré l’Australie où s’organisèrent les premiers nomades transcontinentaux voici vingt-cinq mille ans sont plus indulgents. Certes, tout portait à croire qu’ils étaient voués à disparaître, mais les méandres de l’ADN qu’ils tracent avec l’aide des aborigènes prouvent que notre survie ne doit pas tout aux meilleures technologies mais résulte d’une forte capacité à établir des réseaux sociaux (plus solides que ceux du Net !) sur des continents encore vierges; que nous cherchons la compagnie d’autrui via des causes communes en réalisant ensemble ce qui paraissait impossible et sans s’arrêter : congés payés ou marche sur la lune. Voilà ce qui nous sauverait.

Alors qui, du pessimiste ou de l’optimiste, a raison ? Faute de compétence, je les renverrais bien dos à dos, mais je choisis l’optimisme pour la simple raison qu’il a la vertu d’être tonique. Allons, debout 2016 !


---> xavier.zeegers@skynet.be