Une carte blanche de Maël Dumont, 28 ans, ingénieur.

Il y a de cela quelques mois, nous avons été informés d’un projet de construction de parc éolien dans une plaine proche de notre maison, sur le territoire de la commune de Villers-la-Ville, en Brabant wallon. La venue d’un tel projet à nos portes nous amène à nous poser certaines questions et en particulier celle-ci : cela a-t-il un sens de vouloir protéger notre environnement en installant des éoliennes quand ces éoliennes ont aussi pour conséquence d’abîmer ce même environnement ?

Il me semble qu’on ne peut répondre à cette question qu’avec l’aide d’un compromis. Or les termes de ce compromis sont-ils bien posés ? À en croire les chiffres, pas vraiment…

Un premier terme de ce compromis, nous le connaissons, c’est l’impact environnemental des éoliennes sur nos campagnes. Le second, est la production d’énergie propre remplaçant la production d’énergie fossile émettrice de gaz à effet de serre. C’est ce second terme que nous allons examiner de plus près.

Puisque c’est d’énergie dont il s’agit, tâchons d’y voir plus clair sur cette question trop rarement abordée d’un point de vue technique.

La consommation d’énergie finale annuelle en Belgique, c’est-à-dire l’énergie totale utilisée par la population belge en une année pour vivre (en négligeant certaines pertes) a oscillé autour de 4 000 000 tep (tonnes-équivalent pétrole) entre 2000 et 2018, sans qu’une véritable baisse soit observée. En approximant a minima, cela correspond à environ 450 TWh (térawatts-heures). Si la Belgique voulait aujourd’hui atteindre la neutralité carbone pour éviter le désastre climatique, il faudrait que l’entièreté de cette énergie provienne de sources renouvelables.

Alors, où en sommes-nous ? En 2020, la production d’énergie renouvelable électrique s’est élevée à 20,5 TWh, qui se répartissent grosso modo comme suit : 6,5 pour l’éolien off-shore, 5 pour le photovoltaïque et 4 pour l’éolien on-shore, le reste étant fourni par la biomasse et l’hydraulique.

À la vue de ces chiffres, nous pouvons donc dire que lorsque nous parlons de l’éolien on-shore aujourd’hui, nous parlons d’une source d’énergie qui couvre moins de 1 % de la consommation d’énergie finale des Belges. Sans compter qu’on n’aborde pas ici la question du stockage d’une énergie qui n’est disponible en moyenne que 20 % du temps, quand le vent souffle "bien".

"Quoi ? !"

"Imposture ! Manipulation des chiffres masquant un syndrome Nimby (1) de stade avancé ?"

Évidemment, le point de vue est bien choisi, mais est-il si malhonnête ?

Est-ce donc à dire que tout est perdu ? Heureusement non. Est-ce à dire que les éoliennes ne servent à rien ? Les chiffres nous montrent en tout cas qu’elles ne sont pas la priorité pour lutter contre le changement climatique…

En réalité, ces chiffres nous disent que la véritable question n’est peut-être pas d’être pour ou contre les éoliennes mais plutôt de savoir si nous sommes prêts à nous attaquer à la partie principale du problème : notre consommation d’énergie. Si nous voulons parvenir à la neutralité carbone en préservant un minimum notre paysage, il faudrait diviser ces 450 TWh par 5 d’après une étude menée en 2019 par l’association PMP, soutenue par la Région wallonne.

Cette diminution est absolument colossale et demandera une véritable révolution, un changement radical de paradigme. Face à l’urgence de sauver notre planète et devant de tels chiffres, n’est-ce pas évident que c’est à ce changement radical que nous sommes appelés en priorité ? Le plus grand mérite de ces éoliennes dans nos jardins est peut-être de nous aider à en prendre conscience…

(1) Acronyme de "not in my backyard" (pas dans mon jardin), expression servant à décrire un opposant à un projet d’aménagement motivé, non par une opposition de principe ou de nature environnementale, mais par l’emplacement de ce projet qui porte atteinte à son cadre de vie et à son patrimoine.