Un texte d'Ann Goris, épouse du docteur Gilles et lectrice de La Libre.

Une porte s'ouvre, une porte se ferme..

Un nouveau jour commence.

Une porte s'ouvre, une porte se ferme,

Il est parti pour une nouvelle journée de travail..

Une porte s'ouvre, une porte se ferme

Qui va-t-il croiser aujourd'hui ?

Qui va-t-il toucher aujourd'hui ?

Va-t-il se protéger suffisamment ?

Une porte s'ouvre, une porte se ferme,

Il rentre, il est souriant, il est confiant même..

Mais ne l'est-il pas trop ? Ou cache-t-il sa crainte pour ne pas qu'elle nous envahisse à notre tour ?

Une porte s'ouvre, une porte se ferme

Il est reparti pour l'après-midi.

On a parlé de tout, de rien, de l'organisation, des soins par téléphone, de ceux qu'il ne peut, ne veut laisser seuls parce qu'ils ne vont pas bien et n'ont personne.

De ceux qui ont pleurés juste parce qu'il a décroché et a pris le temps de les écouter.

On a parlé de sa colère mais de ses joies aussi de voir que d'autres, accueillants, soignants, sont fidèlement présents.

On a parlé.., oui, on en a parlé , mais rapidement, subtilement, comme en s'excusant..de la mort, de la peur de se perdre..

Et puis on a balayé cela d'un revers de la main, d'un sursaut du coeur.. Il est là aujourd'hui..quel bonheur !

Une porte s'ouvre, une porte se ferme..

C'est le soir.

La journée est terminée, voici le temps du repos bien mérité.

Demain, un autre jour pourra recommencer

Une porte s'ouvre, une porte se ferme..

C'est la nuit,

Confiance, silence et lâcher prise,

Je ne vois d'autres chemins pour traverser paisiblement cette crise .

A toutes les familles de ceux et celles qui sont "au front" pour un temps encore..