Une opinion d'Alexandre Breckx, jeune professionnel dans le secteur des affaires publiques européennes. 


Dans quelques minutes, j'atterrirai a Marseille, dernière étape d'un petit voyage m'ayant conduit au Portugal et en Espagne, au départ de Bruxelles. Une arrivée sur le sol de nos voisins au terme d'un itinéraire aujourd'hui tout ce qu'il y a de plus banal, qui aurait pourtant été difficilement réalisable il y a à peine vingt ans. Le tout sans une once de stress, en l'absence de toute forme d'embûches et pour un prix que mes baby boomers de parents ont encore du mal à croire. Une certaine magie qui réside dans le fait même qu'elle est absolument invisible, tant elle nous semble aujourd'hui naturelle. 

 

A peine posé sur le sol portugais, première étape de mon voyage, ma famille est immédiatement prévenue de ma bonne arrivée par un SMS à un prix international extraordinairement bas depuis ce 1er juillet (plafond imposé à 0,08€ par la Commission européenne) ; ou gratuitement via mon smartphone, grâce aux relais WIFI de plus en plus omniprésents. L'esprit tranquille, je n'ai plus besoin de me ruer à la banque pour changer un montant incertain de francs belges en escudos portugais, que je devrai ensuite changer en pesetas espagnols puis en francs français, le tout en sacrifiant à chaque étape une innombrable monnaie que je pense garder pour un prochain périple, mais qui restera certainement abandonnée dans un tiroir au milieu de mes vieux passeports et photos d'identité. 

 

Au détour d'une rue, je tombe sur mon ami Martim, un ami lisboète, rencontré quelques années plus tôt lors de mon échange Erasmus à Rome. Nous échangeons quelques mots et souvenirs, dans un charmant mélange d'italien et d'anglais. Nous prenons des nouvelles respectives de nos amis, aujourd'hui retournés aux quatre coins du continent, qui seront peut-être nos guides privilégiés lors d'un prochain voyage. Nous nous embrassons et nous promettons de nous revoir, un jour, peut-être. Même à 2000 kilomètres de ma terre natale, je me sens chez moi.

 

Pour ma seconde étape, je dois rejoindre la France. Je parviens à dénicher un vol en partance d'Espagne. Un vol low-cost qui me coûtera 20€, soit à peine plus cher qu'un aller simple pour me rendre en train depuis Bruxelles vers une de nos belges stations balnéaires (sic). Depuis la libéralisation du transport aérien en Europe, de telles compagnies permettent à tout le monde de s'évader à petits prix, alors que les grandes compagnies traditionnelles ont été contraintes de revoir leurs tarifs à la baisse, en s'adaptant à la concurrence.... En profiterai-je bientôt aussi pour mon train vers la mer du Nord? 

 

Armé de mon nouveau permis de conduire européen, je loue une voiture en quelques minutes à peine, dont je pourrai me délester sans tracas une fois arrivé à l'aéroport. Je souscris une assurance dont les termes répondent à des standards obligatoires européens, qui me mettent a priori à l'abri d'une mauvaise surprise. D'une traite, je franchis la frontière hispano-portugaise. Pas de contrôle coûteux en temps, même plus besoin de ralentir, je passe d'un pays à un autre avec pour seul témoin ce panneau bleu reprenant le nom de mon pays de transit, cerné des douze étoiles européennes.

 

Ma ville de départ et mon aéroport d'arrivée sont séparés de 180 kilomètres à vol d'oiseau. Il y a 15 ans, il m'aurait fallu près de 5 heures à travers routes secondaires et sentiers poussiéreux pour accomplir cet itinéraire. Aujourd'hui, une autoroute flambant neuve permet de rallier les deux points en moins de deux heures. Un miracle qui a un prix, financé dans sa plus grande partie par l'Union européenne au titre des fonds régionaux et de la politique de cohésion, dont bénéficient les régions souffrant de lacunes de développement sur leurs homologues européennes. Ça et là, le long de l'autoroute, des panneaux reprenant la bannière bleu étoilée et les termes de FSE (fonds social européen) ou FEDER (fonds de développement régional) me rappellent que d'autres projets de modernisation et d'innovation sont encore en cours, bénéficiant des moyens communautaires. 

 

Quelques instants plus tard, je passe les contrôles de sécurité menant à la porte d'embarquement. Face à celle-ci, un panneau me rappelle quels sont mes droits en tant que passager, partout en Europe, en cas de problèmes ou de litiges. De quoi embarquer l'âme en paix, prêt a découvrir ma prochaine destination.

 

C'est à travers ce voyage tout à fait commun, où tout s'est parfaitement déroulé sous mes pieds, que j'ai pris conscience que cette apparente normalité n'était pas le fruit du hasard, mais d'un travail de coopération et d'une volonté de rendre la vie des citoyens européens plus aisée. C'est à travers ces routes que j'ai réalisé la portée de l'appellation "Union européenne" sur ma carte d'identité, ainsi que les avantages, les droits mais aussi les devoirs y incombant.

 

L'Union européenne souffre actuellement d'une image terne, en partie due à sa dimension bureaucratique et trop éloignée de ses citoyens. Pourtant, à travers les multiples applications du marché unique et d'une Union économique et monétaire qui en est encore à ses balbutiements, je réalise que cette Europe est partout présente dans mon quotidien, bien au-delà de la pacification d'un continent en proie aux pires guerres il y seulement deux générations. Certes, tout n'est pas rose, mais il est généralement plus facile de décrier notre environnement politique que de s'en féliciter. Voilà une occasion d'encourager ce projet européen, aujourd'hui malheureusement en panne d'idées, de souffle, et de soutien citoyen. 

 

Ce voyage aura fait renaître en moi un peu d'espoir et d'enthousiasme pour l'aventure européenne que nous gagnons tous à vivre ensemble, et qui a encore beaucoup à nous apporter. Un voyage chez moi, chez nous, en Europe.


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