Une opinion de Celien Vanmoerkerke, du service d’étude de la FGTB et de Robert Vertenueil, président de la FGTB.

Notre pays prévoit 10 jours de congé pour les jeunes pères (ou coparents). Le régime existant est dépassé. L’arrivée d’un nouveau-né, c’est un bouleversement. Pour les deux parents. Car le deuxième parent à lui aussi sa place. Nous plaidons pour que le deuxième parent obtienne lui aussi, dans tous les cas, 10 jours pour être présent. Outre une partie obligatoire sans perte de revenu, nous voulons une extension et également la possibilité d’être présent avant l’accouchement déjà. 

Le temps est donc venu d’étendre ce système. Nous tiendrons aujourd’hui un plaidoyer en ce sens devant le Parlement fédéral. Car si nous voulons vraiment une égalité entre les hommes et les femmes, une modernisation s’impose. Et nous ne sommes pas les seuls à le dire. L’Union européenne partage cet avis également. Avec la directive européenne sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, l’UE a reconnu l’an dernier la nécessité absolue d’un congé de paternité. A partir de 2022, chaque Etat membre devra prévoir 10 jours de congé de paternité payé.

C’est le système que nous connaissons chez nous depuis 2012. Les trois premiers jours sont payés par l’employeur et les sept autres sont indemnisés par la mutualité. Et c’est précisément là que le bât blesse : par rapport à la plupart des autres pays de l’UE, notre système paraît aujourd’hui bien pâle.

Belgique : le minimum et rien de plus ?

Les effets positifs sur l’enfant de la présence précoce du père ont déjà été à maintes reprises étudiés et démontrés. Les hommes assument un rôle plus actif au niveau de la garde des enfants, ce qui mène à des carrières plus similaires entre les hommes et les femmes. Si la carrière des femmes reste plus courte que celle des hommes, cela s’explique surtout par les tâches de soins qu’elles assument. Une interaction précoce avec les deux parents offre également, à long terme, des avantages au niveau des opportunités d’apprentissage des enfants. Un meilleur niveau d’instruction est essentiel pour l’avenir.

Si une extension du congé de paternité peut y contribuer, alors le jeu en vaut certainement la chandelle. Il ne s’agit que d’un investissement minimum qui s’avèrera rentable plus tard. Des pays comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Islande et la Finlande l’ont entre-temps bien compris et prévoient des formes de congé de paternité bien plus généreuses que le minimum européen. Dans ce domaine, notre pays a encore beaucoup à apprendre.

Les chiffres belges provenant de l’INAMI montrent que plus de 7% des pères (ou coparents) ne prennent pas entièrement leur congé de naissance. A cela s’ajoutent encore les 20% qui, selon l’étude de 2011 de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, ne prennent rien du tout. Comment expliquer cela ? Le congé de maternité serait une obligation et le congé de paternité un droit. Il faut en finir avec cette logique.

Supprimer les seuils

En tant qu’interlocuteurs sociaux, nous nous sommes engagés, fin 2019, à examiner les seuils d’ici l’été 2020 et à prendre les mesures nécessaires pour les éliminer. Nous voulons ainsi une prise effective du congé de naissance sans entraves. L’étude précitée de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes avançait déjà une série d’éléments permettant d’expliquer pourquoi le droit au congé de naissance n’était pas pris (entièrement) par tous : indemnité trop faible, problèmes avec l’employeur, problèmes liés à la nature du travail, autres problèmes comme le manque d’informations, des réactions négatives de l’entourage… Il est actuellement possible de s’attaquer à une partie de ces seuils, mais malheureusement pas à tous.

Si nous voulons réellement obtenir une plus grande égalité des genres, un congé de naissance obligatoire pour les hommes également est un must. L’homme est un parent du nouveau-né au même titre que la femme !

Selon l’INAMI, un congé de paternité obligatoire de 10 jours coûterait à peine 10 millions d’euros. Mais est-ce seulement l’affaire de notre sécurité sociale ? Etant donné que l’un des seuils est une perte de revenu, nous aimerions également pouvoir sensibiliser les employeurs au congé de paternité avec maintien du salaire comme c’est déjà le cas dans d’autres Etats membres comme l’Italie, mais aussi dans des entreprises comme Lidl Suisse, Kering…

Le fait que des (grandes) entreprises concluent elles-mêmes des CCT prévoyant un congé de paternité plus large prouve par ailleurs très bien que le besoin est réel. Les employeurs ont entre-temps compris qu’un travailleur qui a du temps pour sa famille est un travailleur plus motivé et plus productif.

Avant la naissance

La directive européenne prévoit également que les jours de congé de paternité puissent être pris avant l’accouchement. On a donc enfin conscience que tout comme le fait de devenir maman, devenir papa, cela commence bien avant la naissance... Aujourd’hui, les pères doivent prendre congé pour pouvoir assister aux visites prénatales et entendre les battements de cœur de leur bébé. Résultat : des salles d’attentes remplies de mères uniquement et un premier pas vers un déséquilibre au sein de la famille. Il nous semble judicieux que les jours de congé puissent également être pris avant la naissance, à partir de 3 mois avant la date d’accouchement présumée.

Attendre le peloton ou se lancer ?

Nous devons donc nous demander si, en tant que pays prospère, nous pouvons nous faire à l’idée de passer de la tête à la queue du peloton. Si, à partir du 1er août 2022, les hommes peuvent obtenir, partout en Europe, un minimum de 10 jours de congé de paternité, devons-nous réellement en rester là ? Peut-être que ceci mériterait un débat parlementaire ? Vu les avantages, nous ne pouvons qu’être pour.