Une opinion de Cédric Leterme, membre de la plateforme Watching Alibaba*.

Ces dernières semaines ont été mouvementées à l’aéroport de Liège. Entre l’annonce surprise d’une restructuration chez FedEx-TNT - le principal opérateur du site - et le licenciement pour faute grave du dirigeant historique de l’aéroport, la success story liégeoise est en pleine zone de turbulences. L’occasion d’une vaste remise à plat ?

Qui aurait cru, il y a encore quelques mois, que le ciel allait à ce point s’assombrir au-dessus de l’aéroport de Liège ? Au beau milieu d’une crise sanitaire et économique historique, le fleuron économique liégeois volait en effet "de records en records", tiré notamment par l’explosion de l’e-commerce et du transport de matériel médical.

Puis, ce fut la douche froide. D’abord avec l’annonce de 671 licenciements chez FedEx-TNT, de loin le plus gros opérateur du site, dans le cadre d’un plan de restructuration qui concernera au total plus du quart des emplois directs présents sur l’ensemble de l’aéroport. Ensuite, avec le licenciement pour faute grave de Luc Partoune, CEO emblématique de Liege Airport depuis plus de 25 ans, emporté par les conséquences de l’affaire Nethys.

Révélateurs de problèmes fondamentaux

Pour beaucoup, il s’agit là d’un double et fâcheux concours de circonstances, qui ne doit surtout pas remettre en question l’avenir et la trajectoire actuelle de l’aéroport. Pour nous, ces événements révèlent au contraire deux problèmes fondamentaux.

Le premier, c’est la fragilité du choix de la logistique aéroportuaire comme outil central de redéploiement économique pour la région liégeoise. La décision de FedEx-TNT n’a rien d’une anomalie : elle s’inscrit dans des évolutions structurelles qui risquent de peser sur les perspectives futures de l’aéroport, à commencer par la concurrence accrue sur le fret en lien avec l’effondrement du trafic passager. Le drame social chez FedEx-TNT confirme également la facilité avec laquelle les emplois logistiques peuvent être délocalisés, même dans le cas d’une entreprise rentable pour laquelle les travailleurs ont tout sacrifié (santé, vie de famille, etc.).

Le second problème est lié au fonctionnement même de l’aéroport, et surtout à la façon dont son développement s’est effectué jusqu’ici en l’absence d’un véritable débat public, et plus largement dans un déséquilibre fondamental entre les considérations d’ordre économique, social et environnemental. En clair, c’est d’abord et avant tout la création d’activité économique et d’emploi qui a été privilégiée au détriment de la santé et du bien-être des riverains, ou encore des objectifs de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et de relocalisation de l’économie.

Un développement hors de contrôle

Ces déséquilibres sont devenus particulièrement évidents depuis quelques années et l’annonce de projets phares - à l’image de l’arrivée du géant chinois de l’e-commerce Alibaba - qui ont fait entrer le développement de l’aéroport dans une nouvelle dimension. Or, de l’aveu même de l’ex-CEO Luc Partoune, ces développements "ont totalement dépassé" ce qui était prévu dans le cadre du plan stratégique adopté en 2015, et ils interviennent alors que l’aéroport doit renouveler son permis d’exploiter. Un processus de consultation va donc débuter, mais, outre qu’il arrive trop tard par rapport à des projets déjà validés et mis en œuvre, il est également trop limité dans son contenu, notamment parce qu’il empêche un débat de fond sur le développement de l’aéroport dans sa globalité.

À l’heure où l’État français a poussé Aéroport de Paris à stopper son projet de quatrième terminal à Roissy-Charles-de-Gaulle, nous en appelons donc une fois de plus à un gel immédiat de tous les projets en cours, et à l’organisation d’un débat public en bonne et due forme sur l’avenir de l’aéroport. Un débat qui doit porter à la fois sur les limites à poser à son développement, mais aussi sur la façon de les faire respecter, y compris et à commencer par des modalités de participation et de contrôle citoyen qui sont encore largement à inventer.

L’aéroport de Liège est plus que jamais à un tournant : à nous de faire en sorte qu’il soit pris dans le respect des Liégeois, de la démocratie et du climat.

>>> (*) www.watchingalibaba.be