Une carte blanche de Réginald de Béco (avocat pénaliste au barreau de Bruxelles, ancien membre du membre du conseil de l’Ordre et président d’honneur de la Ligue des droits humains), Denis Bosquet (avocat pénaliste au barreau de Bruxelles et ancien membre du Conseil supérieur de la justice) et Robert de De Baerdemaeker (bâtonnier).

Dans toutes les civilisations sans doute, le pouvoir de juger est dévolu à certains membres de la société désignés pour remplir cette fonction et auxquels on s’en remet parce qu’on sait qu’ils exécuteront cette mission conformément à des règles préétablies.
C’est ce qui définit l’État de droit, qui permet de vivre ensemble au regard de valeurs communes et de règles conçues pour les protéger et en favoriser le développement.
Ce sont ces principes qui participent à la grandeur de l’humanité, ni plus ni moins.
S’arroger, comme l’ont fait ceux qui ont battu Michel Lelièvre, à peine sorti de prison, le droit de juger et de punir ont violé gravement un des piliers de notre démocratie.

Le retour dans la société

Que les actes commis par Michel Lelièvre provoquent indignation et répulsion, on peut le comprendre. Les faits qui ont justifié sa condamnation sont terribles. Ils font l’unanimité contre eux. Personne ne peut ni ne veut les justifier.
Ceci étant, ils ont été jugés conformément à la loi telle qu’elle existe et telle que nous l’avons élaborée.

Le verdict dont il a été l’objet est ce qu’il est. Le jury populaire a tranché et la justice a été rendue. La culpabilité de Michel Lelièvre a été reconnue. C’est la vérité judiciaire. Et une peine a été prononcée.

Chacun est libre d’en penser ce qu’il veut mais ces décisions de la cour d’assises doivent être respectées et chacun ne peut que s’y soumettre.

L’étape suivante dans le processus de jugement est le retour dans la société soit à l’expiration de la peine prononcée soit avant la fin de celle-ci conformément aux conditions qui auront été fixées par une juridiction spécialisée pour apprécier une remise en liberté.

La vie doit continuer même si l’irréparable qui a été commis n’est forcément pas réparé. C’est une des vertus de notre État de droit qui a également pour objectif de « tenter » de réinsérer ceux dont le comportement a justifié leur condamnation.

Extraordinairement difficile

Cette réinsertion s’avère dans la pratique extraordinairement difficile et l’objectif qu’elle constitue demeure un défi pour tous.

Les auteurs de ces scandaleuses brutalités, qui ne sont pas des victimes des faits pour lesquels Michel Lelièvre a été condamné, n’expriment sans doute pas des aspirations à une meilleure justice mais leurs agissements révèlent vraisemblablement de basses pulsions dépourvues de toute humanité.

De quel droit agissent-ils ainsi ? D’aucun évidemment.
C’est le retour à la barbarie.

De tels actes ne pouvaient qu’être dénoncés et déplorés par le barreau tant ses membres, qui sont au quotidien les gardiens des droits des citoyens, entendent proclamer son attachement à l’État de droit et sa confiance dans les institutions qui sont les seules à pouvoir garantir une justice pour tous et, par voie de conséquence, les libertés qui sont les nôtres. Toujours, les avocats y veilleront.

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