On ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer. Le comité ministériel restreint vient donc de marquer son accord de principe pour une nouvelle extension de la capacité d’accueil dans les prisons. Objectif : construire sept nouveaux établissements pénitentiaires, soit 1 500 places supplémentaires au total. A la base de la réflexion (?) ministérielle, un petit calcul simple. La Belgique compte grosso modo 12 000 détenus, alors qu’il n’y a que 9 750 places en cellule. Le "Masterplan" de construction de nouvelles prisons devrait permettre d’arriver, fin 2014, à un total de 10 800 places. Mais le compte ne serait donc pas encore bon.

D’où le projet d’élargir encore la capacité carcérale. Ce nouveau "Masterplan" est déjà très détaillé : agrandissement du centre de détention à régime ouvert de Saint-Hubert et de la prison de Wortel, son pendant flamand ; construction d’un établissement de haute sécurité à Achêne, en région namuroise ; installation d’un nouveau centre pour internés à Paifve, près de Liège ; remplacement total de la prison de Verviers, devenue ruine, et construction de deux nouvelles prisons "classiques" (?) à Bourg-Léopold (sur le site du quartier militaire) et à Ostende.

Au ministère de la Justice, on relativisait lundi la portée de cet accord "de principe" éventé par "Het Laatstse Nieuws" : il ne porterait que sur les préparatifs et les études préalables (disponibilités de terrains, financement, personnel nécessaire…). Les chances sont faibles que le prochain gouvernement concrétise ce projet, ajoute-t-on au cabinet Turtelboom.

N’empêche, ils y ont pensé. La surpopulation carcérale, réelle, sert une fois de plus de prétexte et d’alibi aux autorités politiques pour ne pas poser la question essentielle : le sens de la prison et de l’enfermement. Qu’y fait-on ? Avec quels objectifs ? Comment éviter que les détenus en ressortent beaucoup plus dangereux qu’à leur entrée ? Comment prévenir la récidive ? Comment préparer la réinsertion ?

La seule (mauvaise) réponse donnée jusqu’ici, c’est d’augmenter le nombre de cellules. Pour y mettre hors d’état de nuire des petites frappes, des pauvres types et des vrais salauds, condamnés ou même pas - juste prévenus. Alors que toutes les études criminologiques montrent que la criminalité n’a pas augmenté au cours des dernières décennies, le recours à l’incarcération, dicté par l’obsession sécuritaire, est galopant. C’est mécanique. En dix ans, la population carcérale a augmenté de 20 % en Belgique. On vient d’ouvrir Marche et on parle déjà de transformer le mobilier des cellules prévues pour un détenu, histoire d’en mettre deux.

Mais allez-y ! Construisez de nouvelles prisons, sans changer d’un iota la politique pénitentiaire : avant même qu’on pose la première pierre, on vous promet qu’elles seront remplies. Et ce n’est pas une promesse électorale.