Partout nous entendons des voix qui s’élèvent contre le modèle économique que nous avons toujours connu. Partout, un changement de paradigme est demandé. Cependant du pouvoir politique, nous n’avons reçu aucun signal concret démontrant la prise en considération d’une nouvelle direction. La Fédération interprofessionnelle belge du Bois Énergie demande que l’ensemble des futures mesures de relance et de soutien à l’économie soient conditionnées par la compatibilité avec les propositions du “green deal” européen et les objectifs de l’Accord de Paris sur le changement climatique. Faisons de cette crise un accélérateur de la transition et élaborons un"green dea" wallon qui passera par la valorisation de la filière bois-énergie (1), entre autres. Une carte blanche de Benoît Helsemans, Président, et Pierre Martin, Secrétaire Général de la Fédération interprofessionnelle belge du Bois Énergie.

Afin de créer ce “green deal” wallon incluant le bois-énergie, la Fédération interprofessionnelle belge du Bois Énergie (Febhel) plaide en faveur de la mise en place de différentes mesures : au niveau forestier tout d’abord, développer une politique de régénération et de boisement visant à maintenir voire augmenter la capacité de production de bois de qualité; au niveau de la filière bois, développer massivement l’usage du bois dans la construction ; stimuler et favoriser l’emploi de bois local; maintenir et développer l’outil local de transformation du bois afin de limiter l’exportation de notre ressource locale et de stimuler l’innovation. Enfin au niveau de la filière énergie : supprimer toutes les formes de soutien envers le secteur des combustibles fossiles, émetteurs de CO2. Ces soutiens entretiennent la dépendance de la Belgique aux combustibles fossiles, qui a pour corollaire la dépendance envers les pays producteurs. 

La suppression des soutiens doit être accompagnée de l’adoption d’un mécanisme de "tax-shift" afin de prendre en compte les externalités négatives des combustibles fossiles. L’instauration d’un "coût-vérité" de l’énergie sur le principe du pollueur payeur est une condition nécessaire pour favoriser les alternatives renouvelables tout en diminuant progressivement leur soutien direct. En phase transitoire avant l’adoption d’un tel mécanisme : définir en urgence un mécanisme de soutien stable pour la production d’électricité renouvelable à partir des cogénérations bois (qui équivaut à 25% (2) de la production électrique renouvelable en Wallonie !); définir un cadre et une méthodologie de soutien spécifique à la chaleur verte et en particulier pour le bois-énergie (qui produit 75% (3) de la chaleur renouvelable en Wallonie !) et intégrer dans ce cadre un mécanisme d’incitation au renouvellement du parc d’anciens appareils de chauffage individuels au bois, afin d’améliorer à la fois la performance énergétique du parc et la qualité de l’air; développer de manière accrue les réseaux de chaleur au bois notamment en levant les freins administratifs et en adaptant la réglementation; développer une politique de performance environnementale du bâtiment en sus de la performance énergétique (PEB) dans la stratégie de rénovation, afin de pousser le recours aux énergies renouvelables.

Valoriser nos forêts

Le bois-énergie, en s’approvisionnant sur les résidus de la filière bois, permet de valoriser de manière optimale une ressource locale et renouvelable : notre précieuse forêt, qui dans son ensemble, est gérée durablement dans le but de produire du bois d’œuvre de qualité (bois pour la construction et les meubles, activité qui génère une grande quantité de sous-produits) tout en maintenant sa capacité de croissance et de renouvellement, et donc sa capacité à capter et stocker du CO2 hors de l’atmosphère.

Enfin, la filière bois-énergie, qui participe à hauteur de 60% (4) de la consommation d’énergie renouvelable (chaleur et électricité) de la Wallonie, est un atout indéniable pour rendre notre système énergétique compatible avec des objectifs de réduction des émissions de CO2, tout en le rendant plus local, plus renouvelable, plus social, bref plus durable et également plus résilient. 

Prendre conscience des atouts du bois

Les technologies de production d’énergie à partir du bois sont multiples et éprouvées : elles vont du poêle individuel à l’installation industrielle de cogénération fournissant électricité et chaleur à tout un quartier en passant par la chaudière connectée. La recherche et l’innovation continue dans ce secteur, particulièrement ces dernières années, permettent de mettre sur le marché des technologies performantes au niveau du confort d’utilisation, de l’efficacité, de la fiabilité et, bien sûr, des émissions de particules fines. Parmi les différentes alternatives de production d’énergies renouvelables, le bois-énergie possède aussi l’avantage d’être facilement stockable, de ne pas être soumis aux aléas météorologiques pour produire de l’énergie, et d’être principalement européen sur l’ensemble de sa chaîne de valeur, tant pour la production du combustible que pour les technologies permettant sa conversion en énergie. Ce sont des atouts stratégiques majeurs en cas de crise mondiale telle que nous la connaissons actuellement.

Il est temps d’en prendre davantage conscience et de le valoriser à sa juste mesure. Ces recommandations sont des pistes impératives à mettre en place. Dans le contexte post-corona que nous connaissons, il est crucial d’agir concrètement en faveur des objectifs de développement d’une société bas carbone. Nous ne pouvons pas succomber à la tentation de soutenir un système dont la croissance se base sur l’exploitation de combustibles fossiles à un rythme toujours plus effréné et à grands renforts d’aides publiques.

Un green deal wallon ambitieux avec les mesures concrètes que nous proposons doit être adopté au plus vite.

(1) La notion de bois-énergie fait référence à l'utilisation du bois comme combustible sous différentes formes (bûches, pellets, plaquettes, broyats, bûchettes, ...) afin de produire de l'énergie (chaleur et / ou électricité pour les besoins domestiques ou industriels selon les technologies). Ce bois peut provenir de différentes sources : résidus liés à l'exploitation forestière, résidus de la transformation du bois, bois en fin de vie (déchets / démolition), entretien d'espaces verts, etc.

(2) Chiffres issus du Bilan énergétique de la Wallonie 2016 réalisé par ICEDD, asbl pour le compte du Service Public de Wallonie.

(3) Idem : chiffres issus du Bilan énergétique de la Wallonie 2016 réalisé par ICEDD, asbl pour le compte du Service Public de Wallonie

(4) Idem : chiffres issus du Bilan énergétique de la Wallonie 2016 réalisé par ICEDD, asbl pour le compte du Service Public de Wallonie