Une chronique d'Elodie Oger, assistante en didactique du français, UCLouvain.

Le "français langue d’apprentissage" désigne l’usage spécifique qui est fait du français dans le milieu scolaire. Pourtant, cette langue est encore méconnue. 

Observe cette collection de solides. Entoure toutes les pyramides. Barre tous les non-polyèdres. Colorie tous les solides dont toutes les faces sont des quadrilatères." (CEB 2019)

Et si l’obstacle, dès avant l’exercice, c’était la langue de l’école ?

Une notion éclairante

Notion-clé du Pacte pour un enseignement d’excellence, le "français langue d’apprentissage" (FLA) désigne l’usage spécifique qui est fait du français dans le milieu scolaire. Cette notion pointe le phénomène qui veut que l’enfant, à l’école, expérimente un rapport à la langue différent de celui qu’il développe dans son quotidien. Cette langue scolaire est en effet chargée d’autres usages, d’autres représentations du monde et de la langue elle-même, sur lesquelles, notamment, la place prise par l’écrit joue un rôle déterminant. Or, l’on sait que ces savoirs et compétences propres à la langue scolaire s’élaborent très inégal(itair)ement chez les élèves : inexistante chez les élèves primo-arrivants, leur maîtrise est jugée parcellaire et incertaine chez de nombreux élèves francophones. Ainsi, le principal mérite de la notion de FLA est d’attirer l’attention sur la non-transparence des attentes langagières en milieu scolaire. Contrairement à une conception répandue, la maîtrise de la langue scolaire ne va pas "de soi". C’est seulement en objectivant ses formes, ses normes spécifiques que l’on donnera aux enseignants les moyens de mieux l’enseigner - et aux élèves, de se l’approprier.

Le dispositif d’accompagnement FLA

Des mesures visant à consolider la langue d’apprentissage ont déjà vu le jour en Communauté française. Entré en vigueur en septembre 2019, le décret visant à l’accueil, la scolarisation et l’accompagnement des élèves qui ne maîtrisent pas la langue de l’enseignement prévoit ainsi la mise en place d’un dispositif d’accompagnement FLA pour les élèves qui en ont besoin. Ce dispositif prescrit l’organisation de périodes de renforcement, d’accompagnement ou d’adaptation à la langue d’apprentissage. Dans le fondamental, il s’adresse à tout élève n’obtenant pas un résultat satisfaisant au test de maîtrise de la langue administré aux élèves en début d’année scolaire. Dans le secondaire, il concerne exclusivement les élèves primo-arrivants des établissements n’organisant pas de Daspa (une structure spécifiquement destinée à ce type de public). Ainsi, dès cette année, les directions d’école ont reçu des heures libellées "FLA" sans toujours se représenter l’enseignement auquel elles pourraient correspondre.

Une béance dans la formation initiale

Il faut dire qu’une clarification tarde toujours à être apportée par les hautes écoles et l’université. Bien sûr, la réforme à venir de la formation initiale prévoit de faire du FLA un enseignement transversal pour l’ensemble des futurs professeurs. Cette démarche est à saluer puisqu’elle amorce une prise de conscience de la médiation fondamentale que représente la langue d’enseignement, quels que soient les savoirs et les disciplines, et qu’elle reconnaît dès lors que ce sont tous les enseignants (et pas seulement les professeurs de français) qui sont impliqués dans la construction d’une langue scolaire. Sur le terrain cependant, hautes écoles et universités sont encore peu préparées à cet aspect de la réforme : un certain nombre d’institutions continuent d’ignorer le FLA dans leur offre de formation, d’autres l’ont incorporé de façon ponctuelle ou périphérique (via un certificat, un module d’enseignement isolé, etc.). On est encore loin, dans tous les cas, de cette transversalité à laquelle doit appeler la réforme. Signalons aussi que, si la recherche devient abondante sur le sujet dans le monde francophone, elle peine encore à produire des concepts, des outils destinés aux praticiens ou des principes méthodologiques forts, ce qui n’aide pas non plus à favoriser l’adoption du FLA, dans les formations et (donc) dans les écoles.

Il n’est pas étonnant non plus, dans ces conditions, que règne sur le terrain une aussi grande confusion quant aux contours pédagogiques du FLA. Cette confusion entraîne souvent un amalgame malheureux avec le FLE ("français langue étrangère"), dont les méthodes visent à un apprentissage du français centré sur des objectifs de communication orale courante.

Au niveau du pilotage, du décret Daspa à la réforme de la formation initiale, de premiers jalons ont donc été posés. Reste à mobiliser les enseignants - et leurs formateurs en amont - pour que les réponses pertinentes qu’apporte le FLA puissent se traduire en solutions de terrain, prenant la forme de dispositifs, d’outils ou de principes pédagogiques appropriables au sein des écoles.