Une chronique de Charles Delhez sj.

La crise du Covid-19 est un avertissement pour notre génération et la suivante par rapport à la crise écologique. Qui sait si nous ne remercierons pas ce coronavirus ?

On craignait le dérèglement climatique, les flux migratoires ou la montée des eaux, on nous parlait d’effondrement. D’aucuns annonçaient un ralentissement économique pour les années 2030, mais ce qui nous est arrivé n’était pas prévu. Ne serait-ce pas une répétition générale de ce qui attend notre génération et la suivante ou, à tout le moins, un sérieux avertissement, car ceci n’est sans doute rien par rapport à la crise écologique qui menace.

La croissance nous semblait infinie, et soudain, voici un coup d’arrêt. Nous nous croyions invulnérables, or nous sommes peut-être plus fragiles que jamais. Or nous étions prévenus : les crises systémiques vont se multiplier. Nous assistons probablement à la fin des "trente globales". La mondialisation à outrance, dont le caractère délirant nous saute brutalement aux yeux, a ses limites et ses conséquences néfastes. Il est temps d’en revenir au réel qui ne correspond pas à l’insatiabilité de nos désirs sur lesquels s’appuie le néolibéralisme et qu’entretient une "économie de la tromperie" (Ph. Defeyt).

Il faudra diversifier nos ressources propres, notamment dans l’agriculture, et apprendre à nous modérer. Nos choix alimentaires ne sont-ils pas devenus inutilement infinis, ne tenant compte ni des saisons, ni des distances, ni de la répartition des vivres entre les humains ? Nous avons perdu le contact avec la nature. Pire, nous l’avons déréglée.

Comme aux carrefours dangereux, un stop nous oblige à laisser la priorité. Mais à quoi ? Nous aurons à revoir notre échelle de valeurs, à faire de nouveaux choix pour repartir sur de nouvelles bases. Heureusement, la vague d’entraide nous rassure un peu. Heureusement encore, la santé, qui a grippé les marchés, nous apparaît, mais un peu tard, plus importante que l’économie.

Mais quel est donc le sens de cette crise ? Cette question, nous nous la posons tous, et ensemble. D’autres questions en profitent pour se glisser : à qui nos soins doivent-ils aller en priorité ? Quel est le sens de la mort, autrement dit de la vie ? Tout ce qui, dans notre agenda, nous paraissait urgent a dû être biffé. Où est dès lors l’important ? Et Dieu, dans tout ça ? Car tout est lié.

L’essentiel se situe sans doute dans les liens que nous tissons entre nous et qui peuvent profiter de nos progrès techniques. Nos gadgets électroniques, durant cette crise, ne sont plus des jouets, mais des espaces de communion. Le virtuel restera cependant toujours un palliatif, il ne remplacera jamais le présentiel. Un smiley ne vaudra jamais une accolade ou des bisous affectueux. Nous sommes de chair et d’os.

Heureusement, beaucoup ont contribué à maintenir ces liens. Les soignants, en première ligne sur le front de la lutte contre cet invisible et hyperconnecté virus, sont les saints d’aujourd’hui. Les applaudissements vespéraux ne sont qu’un maigre salaire pour leur dévouement sans prix. Et n’oublions pas les professionnels de ces métiers essentiels à notre quotidien, ceux de l’alimentation, de l’information, des transports et quantité d’autres, invisibles souvent.

Que sera donc l’après-coronavirus ? Dans quel état sanitaire ou économique la population en sortira-t-elle ? Pour certains, en tout cas, ceux dont la situation était déjà précaire, le réveil sera très difficile. Des emplois seront perdus, nous le voyons déjà. L’écart entre nantis et pauvres se creusera encore. Puissions-nous ne pas oublier ceux dont la vie n’est jamais facile, même quand aucun virus ne règne, tous qui sont toujours confinés dans leur malheur ou dans leur maison de solitude. Plus que jamais, nous sommes appelés à être frères et sœurs, soucieux les uns des autres, viscéralement.

L’occasion est donc rêvée d’esquisser un monde nouveau. Qui sait si nous ne remercierons pas ce coronavirus de nous y avoir préparé ? Mais plutôt que de changement, je parlerais de souhaits de changement, d’un désir de repartir dans une autre direction. L’heure est venue de passer aux actes.

Titre de la rédaction. Titre original : "Une répétition générale"