Une opinion de Gaëtan Dumoulin, conseiller communal (CitoyenS!) à Stavelot.

Ne nous laissons pas reprendre par les urgences économiques dès la première brèche que nous offrira le coronavirus. Prenons le temps d’assainir la base.

En ces temps de confinement, certains en profitent pour faire le grand nettoyage de printemps de leur appartement ou de leur maison, d’autres mettent en ordre leur paperasse ou préparent leur jardin au retour du printemps, d’autres encore continuent à travailler afin de maintenir les services essentiels (1)… Attendons des politiques qu’ils fassent de même avec la maison Belgique. La lutte contre le virus concerne avant tout les services publics, nos hôpitaux, nos infirmières et infirmiers, nos médecins, nos secouristes et notre police. Pendant que ces travailleurs luttent contre le virus, nous pouvons attendre de nos politiques qu’ils travaillent les fondations précaires qui soutiennent notre vie en société et notamment ces services publics essentiels, qu’ils remettent les choses en ordre, qu’ils aèrent la maison.

Assez communiqué, on attend désormais de l’agir.

Cette crise sanitaire soulève plus que jamais les failles de notre système, ses qualités et ses faiblesses. Les conditions de travail du personnel médical, la répartition des coûts de la protection sociale, les déséquilibres dans les rémunérations du personnel médical, le manque de valorisation des travaux essentiels notamment dans l’approvisionnement alimentaire du secteur primaire au secteur tertiaire, le nombre de transports superflus, l’intérêt du télétravail pour la société et pour la vie familiale, les inégalités dans les conditions matérielles, la primauté de la vie et de la solidarité sur la pure matérialité des choses, etc.

Posons les questions et construisons les réponses. Trouve-t-on toujours normal qu’il y ait des médecins non conventionnés ? Cette pratique ne devrait-elle pas purement et simplement être rendue illégale dans un système où la collectivité prend quasiment toute la charge des soins de santé, de l’instruction du corps médical jusqu’aux infrastructures ? Trouve-t-on toujours normal l’absurde numerus clausus ? Trouve-t-on toujours normal le niveau d’écart des rémunérations entre médecins (du simple généraliste au néphrologue) et entre les médecins et le reste du personnel soignant ? Trouve-t-on toujours normal de fermer les hôpitaux de proximité ? Trouve-t-on toujours normal la différence de traitement entre les PME et certaines grandes entreprises ? Trouve-t-on toujours normal le système fédéral belge qui multiplie les têtes sans augmenter la force de travail et le niveau de service de la base ? Trouve-t-on toujours normal de devoir dépendre de la force de travail étrangère pour certains travaux alors qu’une force de travail existe sur le territoire mais est considérée comme irrégulière, je pense ici aux migrants en situation irrégulière qui, s’ils étaient régularisés, pourraient directement soutenir notre économie ? Les questions sont évidemment bien plus nombreuses encore et attendent chacune une réponse politique.

En peu de temps, notre société a démontré qu’elle était en capacité de dégager des moyens, notamment à travers la BCE, et de mettre en place des initiatives solidaires qui démontrent qu’une plus grande égalité est possible. Orientons ces moyens et soutenons ces initiatives.

Tout en traitant la situation sanitaire, assainissons également nos déséquilibres et tentons de cantonner notre surréalisme belge à notre culture littéraire, scénique et picturale. On l’a tenté en économie et en politique : c’était joli, c’était marrant mais c’est dépassé.

Ce qui vaut pour la Belgique vaut également pour l’Union européenne qui devra plus que jamais démontrer toute son influence et sa force dans ce grand nettoyage, sans quoi elle risquerait d’être balayée elle-même par les élans nationalistes qui surgiront après cet hiver sanitaire comme la vermine au printemps, revigorés par l’esprit du temps.

(1) : Mon propos n’est pas de traiter ici de tous les effets du confinement, indéniablement difficile pour tous avec là aussi des inégalités profondes, mais de tenter d’exprimer les attentes de la population qui grondent à l’égard du champ politique.