Une opinon de Sanae Akodad, chercheuse en neurosciences à l’Université Libre de Bruxelles.

L'impact et les ravages de la Covid-19 dans notre société et ses membres les plus fragiles sont une préoccupation pour tous. Alors que certaines études suggèrent que les enfants sont tout simplement moins susceptibles d’être infectés par le virus (Patel et al., 2020 ; Viner et al., 2020) et que la plupart ne présentent uniquement que des symptômes légers de la maladie (Liguoro et al., 2020), qu’en est-il de l’impact des mesures sanitaires de préventions (confinement, distanciation, masques,…) sur les plus jeunes qui sont dans les étapes les plus essentielles de leur développement cérébral ?

Quand le cerveau souffre

Le Hechinger Report, un journal américain spécialisé dans l’investigation sur les inégalités et l’innovation dans l’éducation, aborde cette question dans un article écrit par Goldie Hawn et Bruce Wexler. Cet article traite de la question du stress que nos enfants ont subi au cours de cette pandémie et de certains des effets sur leur développement cérébral, en particulier dans leur fonction exécutive. Le Professeur Wexler de la Yale School of Medicine y déclare que "le plus grand danger pour nos enfants n'est pas la possibilité de contracter le virus sur un terrain de jeu. En protégeant nos enfants contre l'infection, et en évitant d'infecter les membres vulnérables de la famille, nous négligeons un danger bien plus important pour les enfants eux-mêmes : le stress." Il ajoute que "le stress lié au coronavirus dans les espaces publics et privés - ainsi que la perturbation de l'environnement familial et scolaire - compromet le développement des systèmes cérébraux et des aptitudes cognitives nécessaires à la réussite scolaire et à la vie. Nous le savons grâce à des décennies de recherche en neurosciences sur les effets de la pauvreté, des traumatismes et de la violence sur le développement du cerveau."

Les effets néfastes du stress

En effet, le stress commence à montrer ses effets néfastes sur un enfant avant même sa venue au monde. Le bien-être du foetus est biologiquement lié à celui de sa mère, or en période de stress les femmes enceintes sont psychologiquement vulnérables à l'anxiété et à la dépression (Biaggi et al., 2016 ; Kinsella et Monk., 2009). Chez les jeunes enfants et les adolescents, la pandémie et les mesures sanitaires prises pour la ralentir ont un impact plus important sur le développement émotionnel et social que chez les adultes. Dans l'une des études préliminaires menées à ce sujet pendant la pandémie en cours, il a été constaté que les enfants plus jeunes (3-6 ans) étaient plus susceptibles de manifester des symptômes de résistance à la séparation, d’accrochage à un parent et la crainte que les membres de leur famille soient infectés par le virus. En revanche, les enfants plus âgés (6-18 ans) seraient plus susceptibles de faire preuve d'inattention et auraient ce besoin constant de se renseigner sur la Covid-19.

Cependant, des conditions psychologiques graves d'irritabilité accrue, d'inattention et de comportement d'accrochage ont été révélées par tous les enfants, quel que soit leur groupe d'âge (Viner et al., 2020). Sur la base des questionnaires remplis par les parents, les résultats révèlent que les enfants se sentent incertains, craintifs et isolés dans la période actuelle. Il a également été démontré que les enfants souffraient de troubles du sommeil, de cauchemars, de manque d'appétit, d'agitation, d'inattention et d'anxiété liée à la séparation (Jiao et al., 2020). Les mesures d'endiguement, comme la fermeture des écoles, des centres de loisirs et des espaces de jeux pendant de longues périodes, exposent les enfants à des effets débilitants sur leur éducation et leur développement. Ils sont effectivement confrontés à la solitude, à l'anxiété et à l'incertitude. L'utilisation compulsive des jeux en ligne et des médias sociaux catalyse ces effets néfastes.

Parmi les défis de demain, nous devrons aider nos enfants à se rétablir et à faire face à l'impact de la Covid-19. Il est nécessaire d'améliorer l'accès des enfants et des adolescents aux services de santé mentale en utilisant à la fois des plateformes numériques et des rencontres en face à face. Pour cela, il faut penser à des structures composées de parents, de pédiatres , de psychiatres, de psychologues et même de bénévoles qui oeuvreraient tous ensemble à la prévention et à la promotion de ces nouvelles structures. Nous ne pouvons pas ignorer cette réalité, nos enfants ne doivent pas devenir les oubliés de cette crise mondiale.

Titre et intertitres de la rédaction. Titre original : Covid-19 : impact sur le développement cognitif des enfants