Par Tuyêt-Nga Nguyen, belge d’origine vietnamienne, romancière et prix des Lycéens 2009 pour son premier roman “Le journaliste français”.

Tu pourrais être ma fille.

Ou plutôt tu aurais pu l’être.

Car tu n’es plus.

Tu es partie, à l’âge de vingt-six ans.

Laissant derrière toi un mot d’adieu poignant.

"Je vais mourir car je ne peux plus respirer. Pardon Maman."

Ce n’est pas à toi de demander pardon.

Tu rêvais d’un avenir meilleur.

Pour toi et pour ceux que tu aimais.

Tes parents à qui tu offrirais une maison décente.

Tes jeunes frères dont tu financerais l’instruction.

Tu as payé ton rêve de ta vie.

Après avoir enduré une atroce agonie.

Ce n’est pas à toi de demander pardon.

Tu n’es plus mais tu es encore.

Et toujours tu seras.

Comme ceux qui avant toi ont péri.

Pour avoir nourri.

Le même rêve. Un rêve si humain.

Alors écoute-moi je t’en prie :

Ce n’était pas à toi de demander pardon.

L'attente des familles vietnamiennes

L’angoisse grandissait, dimanche au Vietnam, pour des familles de migrants attendant de savoir si leurs proches figurent parmi les 39 victimes du camion charnier retrouvé mercredi près de Londres. L’on soupçonne la plupart de provenir de villages pauvres du centre du Vietnam, où de plus en plus de familles révèlent les détails des ultimes échanges avec leurs proches. Ainsi Le Minh Tuan qui n’a plus eu de nouvelles de son fils Le Van Ha depuis un message envoyé sur Facebook il y a environ une semaine. Ce trentenaire avait quitté le Vietnam en juin, laissant derrière lui ses deux garçons et sa fille. Il cherchait à atteindre la Grande-Bretagne, via la Turquie, la Grèce et la France. Le Van Ha espérait trouver en Grande-Bretagne du travail pour rembourser les 30 000 dollars (27 000 euros) dus à ses passeurs, ainsi que les 8 500 dollars empruntés pour construire sa maison. "Il est parti pour payer ses dettes […] et renvoyer de l’argent pour que ses enfants aient une vie meilleure", a déclaré son père en pleurs, en serrant son petit-fils dans ses bras. (AFP)