Les historiens pourraient dresser une longue liste d’événements survenus un 14 février, à commencer par le Serment de Strasbourg, en 842, dont le texte marquerait l’origine de la langue française, en passant par 1663, jour où le Canada devient une province du Royaume de France, ou le massacre de membres du "gang des Irlandais" commis à Chicago par des hommes d’Al Capone, en 1929, jusqu’à la présentation en 1946 de l’ENIAC, premier ordinateur totalement programmable, dévoilé à l’université de Pennsylvanie, d’une taille impressionnante et d’un poids de 30 tonnes. Mais ce qui retient davantage l’attention aujourd’hui, c’est la Saint-Valentin, fête de l’amour et par extension de l’amitié.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi un 14 février et pourquoi un saint Valentin est-il mêlé à cet événement ? Il n’existe pas de réponse historique claire pour répondre à cette question. La réponse que l’on peut apporter repose sur des hypothèses, des suppositions, des légendes et quelques témoignages plus ou moins avérés.

Comme c’est bien souvent le cas avec nos traditions, l’origine de la Saint-Valentin remonte sans doute à l’Antiquité. À Athènes, le mois de gamélion (mi-janvier-mi-février), consacré au mariage de Zeus et Héra, était celui des gamélies, les célébrations nuptiales.

A Rome, le 15 février, on célébrait les Lupercales en l’honneur du dieu de la fertilité, des troupeaux et des champs, bref de la fécondité, Lupercus. Cette fête comportait un banquet et, amateurs de jeux de hasard, les Romains en profitaient pour organiser une loterie assez spéciale : chaque jeune fille inscrivait son nom sur un parchemin qu’elle déposait dans une urne et chaque jeune garçon tirait au sort le nom de celle qui devait l’accompagner.

Placée sous la protection de Junon, déesse du mariage, cette tradition était parfois à l’origine de futurs couples. A Athènes comme à Rome, cette époque marque le début du printemps, lorsque les oiseaux entament leurs parades amoureuses. Cette association avec les oiseaux se retrouvera en Angleterre.

Mais la survivance à Rome de cette fête "païenne" dérangeait dans un environnement devenu chrétien.

Le pape Gélase Ier aurait décidé, en 495, d’y substituer une célébration chrétienne le 14 février, avec la fête d’un saint Valentin. Même si le fait n’est pas attesté en tant que tel - sa Lettre contre les Lupercales ne le dit pas explicitement - c’est une tradition bien établie de substituer à des fêtes païennes une célébration chrétienne. C’est le cas de Noël fixé au 25 décembre par le pape Libère en 354 ou de la fête de saint Nicolas le 6 décembre pour supplanter celle de la déesse Lucina.

Mais pourquoi proposer un saint Valentin pour une fête de celles et ceux qui s’aiment ? On dénombrerait sept Valentin qui auraient leur fête autour du 14 février. Celui qui retient le plus l’attention est un prêtre romain du IIIe siècle. Il aurait vécu du temps de l’empereur Claude II le Gothique. "La Légende dorée", un ouvrage rédigé en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, un religieux dominicain de Gênes, qui raconte la vie de 180 saints et martyrs chrétiens, donne une courte explication. Valentin aurait obtenu la confiance de l’empereur Claude.

Un gouverneur jaloux l’aurait calomnié auprès de celui-ci et "le cœur de Claude ayant changé", Valentin est arrêté, confié à la garde d’un magistrat. Mais il aurait rendu la vue à la fille de celui-ci et converti toute sa maison. L’empereur l’aurait alors fait décapiter.

Une autre légende raconte que vers 268, l’empereur Claude engagé dans de nombreuses batailles, notamment contre les Goths (d’où son surnom), aurait interdit aux jeunes hommes de se marier, les célibataires faisant de meilleurs soldats. Mais le prêtre Valentin aurait continué de faire des mariages en secret. Dénoncé, il est mis en prison, où il fait la connaissance d’Augustine, la fille de son geôlier, à laquelle il redonne la vue et qui prend soin de lui.

Reconnaissant, Valentin lui aurait envoyé un message avant d’être exécuté, signé "Ton Valentin". De cet épisode serait née la coutume des messages de la Saint-Valentin. L’histoire est trop belle pour n’être pas une tardive et naïve reconstitution, à la manière des mystères du Moyen Age.

Et c’est vraisemblablement au Moyen Age que, à partir de ces légendes, la Saint-Valentin est devenue la fête des amoureux. Tous les 14 février, les jeunes gens tiraient au sort - comme lors des Lupercales - le nom de la personne qui serait leur compagne pendant la semaine des festivités et l’accrochaient à leur manche et devaient la protéger l’année durant. Par après, on l’aurait appelé le Valentin et il devait offrir un cadeau à sa belle.

Au XIVe siècle, apparaît en Angleterre la tradition d’envoyer une valentine, un message d’amour. On l’associe à la migration des oiseaux, en vertu sans doute d’une croyance selon laquelle les oiseaux étaient non seulement les messagers du printemps mais aussi ceux de l’amour. Les jeunes filles s’en remettaient alors aux oiseaux pour connaître leur avenir amoureux. Un rouge-gorge présageait un mariage avec un marin, un moineau signifiait un mariage heureux avec un homme peu fortuné et un chardonneret une union avec un homme riche.

Au XVe siècle, Charles d’Orléans, retenu en captivité à Londres pendant 25 ans, aurait introduit la coutume des messages à la cour de France. Mais c’est en 1496 que la Saint-Valentin est devenue officiellement la fête des amoureux.

Au XIXe siècle, les valentines étaient devenues le moyen le plus répandu de déclarer son amour. Vers 1840, des valentines de style victorien firent leur apparition, avec des fioritures, décorées de dentelle, de soie, de fleurs, parfois parfumées.

En 1848, le papetier Howland a importé d’Angleterre aux Etats-Unis quelques-unes de ces valentines. Sa femme en a vu l’intérêt et en a lancé, avec succès, la production. Vers la fin du XIXe siècle, les cartes sont devenues un produit commercial de plus en plus répandu. Et, comme c’est toujours le cas des fêtes, la Saint-Valentin a pris le caractère commercial que nous lui connaissons aujourd’hui. On peut le regretter, mais il reste que sur le plan personnel, chacun peut faire de la Saint-Valentin une fête qui exprime l’amour, l’affection que l’on porte à une personne aimée ou à des amis chers.