Une opinion de Jean-François Dumont, journaliste retraité.

Le lien entre la réalité d’une fin de pandémie et les mesures encore en vigueur me sont inintelligibles et donc peu supportables. Répondons-nous à une menace établie ou à un principe de précaution hypertrophié ?

Mon titre est provocateur ? Bien sûr. Car, en cette fin de pandémie du Covid-19, j’éprouve une sourde colère face aux bourgmestres qui imposent encore le masque dans certaines rues, face aux hurlements épouvantés des prophètes de malheur après la manif antiraciste de Bruxelles, face aux regards noirs de concitoyens masqués qui me croisent non masqué, face aux décideurs fédéraux qui surinvestissent dans le principe de précaution.

J’avais pourtant respecté scrupuleusement les consignes sanitaires lorsque la crise s’est annoncée. Ces consignes répondaient à des faits et à l’expérience malheureuse des pays qui avaient devancé la Belgique dans les ravages du Covid-19. Aujourd’hui, le lien entre la réalité de la crise et les mesures en vigueur me paraît sans fondement compréhensible, sans explication raisonnable. Il m’est inintelligible et dès lors peu supportable.

Un principe de précaution hypertrophié, appliqué jusqu’à l’absurde

Cette réalité est celle d’un pays de 11,5 millions d’habitants où l’on compte quelques dizaines de nouvelles contaminations par jour, au gré de l’augmentation des tests. Où, nous ont dit les épidémiologistes, "la première vague est terminée". Où moins de 600 patients victimes du virus (0,005% de la population !) sont hospitalisés. Où une quinzaine de décès quotidiens sont à déplorer. C’est moins que les quelque 7000 morts non naturelles par an (soit 18,5/jour en 2017 - Source : Statbel) dues notamment aux suicides et aux accidents de la route. C’est moins du double des décès prématurés causés par la pollution de l’air (32,8/jour en 2017 - Source : Agence Européenne de l’Environnement).

Pourtant, les activités sociales, culturelles, économiques, festives et sportives sont toujours limitées voire cadenassées. Pourtant, l’état d’alerte reste vif dans les esprits et sur les visages. C’est que, nous disent les experts et les autorités politiques, "le virus circule encore". Il est là, tapis dans l’ombre, prêt à nous submerger d’une seconde vague présente dans tous les énoncés du déconfinement progressif. Sage anticipation ? Peut-être. Peut-être pas. Car, cette fois, elle ne repose apparemment ni sur des faits, ni sur l’expérience d’autres pays hormis l’alerte de début mai à Wuhan en Chine. Il s’agit bien, ici, d’un principe de précaution hypertrophié, appliqué jusqu’à l’absurde en ce qu’il cause d’autres dégâts (les faillites, la santé mentale, l’équilibre des enfants, le décrochage scolaire…) dénoncés par d’autres experts. On satisfait politiquement l’opinion apeurée. On semble prendre comme boussole de l’action publique l’émotion dominante (ou perçue comme telle). Cette application du principe de précaution n’a pas son pareil vis-à-vis d’autres périls (la pollution, le tabagisme, l’alcoolisme, les tempêtes, la route…), persistants ceux-là, et qui frappent sans distinction d’âge ou d’état de santé de leurs victimes.

Je (re)mettrai peut-être mon masque lorsque les autorités me convaincront que le danger qu’ils évoquent en boucle est une menace établie, et non une des taches noires dans la vision d’une société fantasmée à risque zéro.