Un témoignage de Lidia, 20 ans, participante à un atelier d’écriture organisé par Scan-R, une association qui accompagne des jeunes de 12 à 25 ans pour les aider à s’exprimer par écrit. La finalité de ce projet est de permettre aux jeunes de se raconter sur des sujets dont ils sont acteurs ou témoins.

J’ai toujours été intriguée par tout ce qui se rapportait aux origines au sens large du terme. Je suis une Belge d’origine éthiopienne et cela m’a toujours paru important de savoir d’où on venait, composante ineffaçable de notre identité.

Avec du recul, je me rends compte que notre identité se compose de tellement d’autres facettes, connaître nos origines est une chose mais ce n’est pas forcément ce qui nous reflète le plus. Le fait de ne pas avoir vécu en Ethiopie me rend étrangère à cette culture même si celle-ci m’intéresse énormément.

L’Ethiopie

Pour vous décrire ce pays, que vous ne connaissez peut-être pas ou peu, il se situe en Afrique de l’est. Il fait presque trois fois la taille de la France et a une histoire extrêmement riche. C’est le seul pays d’Afrique à n’avoir jamais été colonisé ! On l’appelle aussi le berceau de l’humanité, on y a retrouvé le squelette de Lucy “le premier homme”. On l’associe souvent à la famine qui l’a frappé il y a plusieurs années mais ce pays reste avant tout un lieu riche de traditions, d’histoires et d’habitants, fiers de leur mère patrie.

Sur place

Lors de mon premier voyage là-bas, en 2010, les gens étaient intrigués par le fait que mon frère et moi étions avec des Européens. Ils avaient du mal à comprendre le concept d’adoption. Pour certains, c’était inconcevable que des enfants de leur pays aillent grandir ailleurs ! Ils nous "reprochaient" de ne pas parler l’amharique, la première langue du pays. Ils nous regardaient avec des regards curieux et essayaient de comprendre pourquoi nous étions partis. Parfois, ces personnes avaient un comportement désagréable avec nous. Un peu comme si elles nous en voulaient de vivre ailleurs.

D'une culture ? 

Avec du recul, je me demande si ce n’était pas comme admettre une faiblesse de leur pays, mettre en lumière certaines réalités comme la pauvreté. Une fois, en abordant ce sujet avec un Ethiopien réfugié en Belgique, il m’expliqua que ce n’était pas des reproches tournés vers nous mais plutôt l’inquiétude que nous perdions notre culture. On a aussi rencontré des personnes qui étaient fières que l’on revienne dans "notre pays". Voilà une des premières réflexions que j’ai eues sur l’identité, sur le fait “d’appartenir” à une culture. Ce qui est difficile dans le concept d’identité c’est d’avoir l’impression de devoir négocier avec chacune de ses différentes composantes. Régulièrement, on nous y renvoie. Selon un dictionnaire “L’identité est le fait qu’une chose, ou un être vivant est le même qu’un autre. C’est le fait de pouvoir regrouper plusieurs de ces choses ou êtres vivants sous un même concept, une même idée.

Noire en Belgique

En dehors de ce conflit identitaire par rapport à l’Éthiopie, il y a tout l’enjeu d’être noire en Belgique. Car même entre personne d’origines africaines, il peut y avoir des disparités. Il y a un concept qui m’a toujours perturbée c’est le terme “Bounty”, mot peu élégant utilisé par certaines personnes exprimant le fait d’être noire à l’extérieur mais blanche à l’intérieur. Comme la barre de noix de coco enrobée de chocolat. Comme si on pouvait être une fausse noire. Je trouve ce terme rabaissant.

D’abord il diminue ou attribue aux personnes noires certains comportements. Exemple, les noirs ont le rythme dans la peau… Contre exemple, les noirs ne s’intéressent pas à la culture, ils ne vont pas dans les musées. Parler de “Bounty”, c’est aussi dénigrer une origine au profit d’une autre culture. Ce terme m’a longtemps laissé croire qu’on était soit l’un soit l’autre mais que c’était incompatible d’être noire sans culture africaine. Ce qui est contradictoire car Noir ne veut pas dire que l’on évolue forcément dans un milieu africain. C’est une façon vicieuse de faire passer plein de stéréotypes. Dernier exemple : l’homme noir est juste bon en sport, il ne pourrait pas préférer des activités intellectuelles, si c’est le cas c’est pour agir comme un blanc.

"Je" est multiple

Je crois qu’il est important de comprendre qu’on est pas une identité, ni une origine mais une personne avec de multiples identités ! Et que personne, personne, ne doit nous demander de choisir entre elles car elles sont indissociables.