Une opinion de Frédéric Amez, vice-président de B Plus, mouvement pour une Belgique fédérale, efficace et solidaire.

La presse s'est récemment fait l'écho de la décision de la commune de Bertrix de supprimer l'organisation des cours de néerlandais dans les écoles primaires organisées par elle. Le motif invoqué est la faible demande des parents d'élèves pour ce cours, la grande majorité d'entre eux préférant que leurs enfants bénéficient d'un cours d'anglais.

Il n'est pas question de contester l'importance de l'apprentissage de l'anglais dans un monde où cette langue prend de plus en plus d'importance, non seulement dans les échanges internationaux mais aussi dans une vie quotidienne de plus en plus numérisée. La suppression pure et simple des cours de néerlandais est toutefois une décision que l'on ne peut que regretter.

La connaissance de la seconde langue nationale constitue un atout pour celui qui en bénéficie, notamment sur le marché du travail. À Bruxelles, premier bassin d'emplois du pays, la connaissance du néerlandais est requise pour un nombre important d'emplois, même peu qualifiés. Dans une région prisée des touristes néerlandophones comme l'Ardenne, la connaissance du néerlandais est également un avantage non négligeable.

Le bilinguisme est un devoir civique

Dans un pays où les questions linguistiques sont aussi sensibles qu'en Belgique, un bilinguisme aussi généralisé que possible est surtout de nature à favoriser la connaissance et la compréhension de l'autre grande communauté du pays. Encourager les jeunes non seulement à apprendre la langue de l'autre, mais aussi à consulter ses médias et à comprendre ce qui se vit dans sa communauté est en Belgique un devoir civique. Il s'agit de permettre aux citoyens de se comprendre et de comprendre ce qui se joue dans l'autre grande communauté sans devoir se fier au prisme déformant des médias de sa propre communauté.

Faut-il à ce propos rappeler combien la Communauté française est depuis des décennies en défaut de former des diplômés disposant d'une connaissance effective du néerlandais ? Il faut certes saluer l'organisation de l'enseignement en immersion. Cet arbre ne peut cependant cacher la forêt. L'enseignement en immersion ne concerne qu'une petite minorité d'élèves, souvent issus d'un milieu plutôt favorisé. Derrière cet arbre se trouve la forêt des écoles "traditionnelles" d'où les élèves sortent en ne connaissant que le B-A BA de la grammaire néerlandaise et sans être capables de tenir une conversation basique dans cette langue.

En 1996, Laurette Onkelinx promettait que tous les élèves seraient bilingues en 2001. En 2020, on constate que malgré les multiples déclarations d'intention en ce sens, aucune majorité francophone n'a trouvé le courage de rendre obligatoire l'apprentissage du néerlandais en Région wallonne. Il est toujours possible, en Wallonie, d'achever avec fruit ses études secondaires sans jamais avoir suivi une heure de néerlandais. En guise de progrès, l'actuel gouvernement de la Communauté française ne promet pas plus que l'organisation "d'un vaste débat public sur l'opportunité de choisir l'une des autres langues nationales (néerlandais ou allemand)" (Déclaration de politique Wallonie-Bruxelles 2019-2024, p. 6). En matière de volontarisme politique, on pourrait imaginer mieux.

Rendre obligatoire l'apprentissage du néerlandais

Alors qu'une large majorité du monde politique francophone se déclare attachée à la Belgique et n'hésite pas à désapprouver les discours séparatistes ou "confédéralistes" entendus en Flandre, aucune majorité ne se dégage en Communauté française pour joindre le geste à la parole et enfin rendre obligatoire l'apprentissage de la langue de la majorité des Belges. Même si l'on peut toujours contester le fait que l'école soit l'endroit adéquat pour apprendre une langue, il est nécessaire d'y inculquer au moins les notions de base, que les élèves pourront approfondir en dehors. Quelle crédibilité faut-il accorder aux politiques francophones qui, dans une large majorité, se déclarent attachés à la Belgique, mais qui, concrètement, continuent à considérer l'apprentissage de la langue de la majorité des Belges comme purement facultative ?

Les partis signataires du Pacte pour la Belgique de B Plus du 17 décembre 2019, reconnaissent qu' "il est impératif de promouvoir la connaissance et l'apprentissage des autres langues nationales". Ce document a été signé par neuf partis représentés à la Chambre des représentants, dont le MR, parti du bourgmestre de Bertrix. Cela ne rend la décision de cette commune que plus regrettable.

Les intertitres sont de la rédaction.