Une opinion du Docteur Simon Najm, Président de l’ALE (Amitié Libano-Européenne).

Nous avons été surpris et émerveillé par l’ampleur du soulèvement populaire déclenché par la jeunesse le 17 octobre 2019 pour dénoncer la corruption qui règne dans toutes les institutions de l’état libanais et entretenue depuis 30 ans par une classe politique, toujours la même, au pouvoir.

La société civile n’adhère plus aux partis politiques traditionnels.

Les manifestants, qui affluent de toutes les régions du Liban, de toutes les confessions et de toutes les classes sociales, ont lancé ce soulèvement pour protester contre la corruption qui gangrène ce régime, la crise économique, la défaillance des services publics, les mesures d’austérités, le coût exorbitant de la vie, la dévaluation de la livre libanaise qui a perdu plus de 80% de sa valeur, le blocage de leurs avoirs en banques, les licenciements, le chômage, la pénurie d’eau et d’électricité.

Le Liban est noyé par des amas d’ordures occasionnant des maladies et une pollution extrême. Les Libanais se retrouvent dans l’impossibilité de se soigner et de payer la scolarité de leurs enfants. Aujourd’hui, les familles sont démunies, plus de 50% d’entres elles sont dans un état pauvreté extrême et vont jusqu'à chercher de quoi manger dans les poubelles.

Après l’explosion du 4 août au port de Beyrouth, qu’elle soit accidentelle ou pas, le gouvernement en place, télécommandé par le Hezbollah, est le seul responsable de la destruction de la moitié de Beyrouth (aujourd’hui une ville sinistrée), des morts, des blessés et des 300 000 personnes sans logements.

Ce soulèvement est l’œuvre du seul peuple libanais qui souffre et qui n’en peut plus de vivre à la merci de dirigeants inconscients et criminels.


Pour la première fois, des Chiites se rebellent, sans peur, contre le Hezbollah et Amal (partis politiques qui dominent cette communauté) donnant à cette révolution toute sa légitimité et toute son ampleur. En octobre 2019, la population a créé une chaîne humaine géante, du Nord au Sud du pays, symbolisant un nouveau Liban non confessionnel, démocratique, qui respecterai les résolutions 1701 et 1959 des Nations Unies, ainsi que l’accord de Taëf appelant au désarmement du Hezbollah. Un pays qui jouirait d’une justice indépendante et où les institutions de l’Etat seraient au service de la population et non le contraire.

L’argent volé par la classe politique au pouvoir pendant 30 ans est estimé à près 800 milliards de dollars. Rien que leurs avoirs dans les banques Suisses et Françaises peuvent rembourser la dette de l’état qui approche les 100 milliards de dollars.

La deuxième indépendance du Liban

Nous souhaitons qu’un tribunal international juge les corrompus de cette classe politique et puisse geler leurs avoirs à l’étranger, dans l’espoir de rembourser les sommes volées au peuple libanais.

Aujourd’hui, malgré la pandémie sanitaire, le soulèvement prend de plus en plus d’ampleur et exige la démission du Président de la république Michel Aoun, le Premier Ministre Hassan Diab, de son gouvernement pro-Hezbollah et celle du Parlement et de son Président Nabih Berry.

Nous exigeons un gouvernement de transition, issu de la société civile, qui se chargera d’organiser des élections parlementaires libres, dans un délai de trois mois, sous le contrôle de l’Europe et des Nations Unies

Le peuple libanais ne veut plus d’aides financières ou humanitaires de la communauté internationale qui passeraient par le pouvoir corrompu en place, mais plutôt une reconnaissance et un soutien clair aux ONG de la société civile, qui revendiquent la restitution des avoirs des libanais volés par cette classe politique et leurs familles, qui sont estimés à plusieurs milliards de dollars.

Aujourd’hui le Liban est en train de vivre sa deuxième indépendance, il a besoin du soutien politique de la communauté internationale et surtout de la Belgique, de la France et de l’Europe.

Le Hezbollah doit être classé sur la liste des organisations terroristes

Le Hezbollah, le président de la chambre et le Président de la république ont imposé aujourd’hui un gouvernement qui protège la corruption et les armes du Hezbollah.

Le Hezbollah, impliqué dans les conflits de la région, se trouve sur la liste des organisations terroristes dressées par les États-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne.

Nous demandons aux parlements des autres pays européens, ainsi qu’au parlement Européen, de classer également le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes par ses branches politiques et militaires, tant qu’il n’a pas déposé ses armes à l’armée libanaise.

La décision de guerre ou de paix revient aujourd’hui uniquement à la population libanaise et à l’armée libanaise.

Il s’agit d’un premier pas dans la création d’un nouveau Liban, libre, démocratique, non confessionnel, ou seule l’armée libanaise aura la mission de défendre le Liban.

Nous demandons à l’armée libanaise aujourd’hui, qu’elle joue son rôle protecteur et ne pas obéir aux ordres du régime en place pour mater la révolution. 

Nous demandons une protection internationale urgente

En 2005, la révolution des cèdres, qui a vu défiler dans les rues de Beyrouth plus de 1,5 millions de libanais, a obligé l’armée Syrienne de quitter le Liban. Ce soulèvement populaire qui s’est transformé le samedi 8 août 2020 en une révolution verra naître un nouveau Liban après la chute de ce régime corrompu.

Après la double explosion au port de Beyrouth, (qui mérite une commission d’enquête internationale), le gouvernement est dépassé par les évènements sociaux, économiques, politiques et sécuritaires qui secouent le pays. Il subit fortement la pression du Hezbollah et de ses armes. La paix civile est menacée, la population libanaise est en danger de mort, raison pour laquelle nous demandons une protection internationale urgente, en s’appuyant sur le chapitre VII des Nations Unies.

Aider-nous à retrouver le Liban que nous aimons, la Suisse du Proche Orient, carrefour des civilisations entre l’orient et l’occident, un Liban messager de la paix et du vivre ensemble.

Titre et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Lettre ouverte aux parlementaires de tous les pays européens - Le Liban".