Opinions
Une opinion de Pierre-Louis Christiane, jeune Belge européen.


Si nous ne bousculons pas notre confort pour nous engager dans les débats politiques, c’est passifs que nous verrons notre quotidien renversé par des causes qui nous dépassent.

En se réveillant vendredi, pour la jeunesse européenne, la surprise était bouleversante. Ayant grandi dans une Europe délivrée du rideau de fer, nous n’avions jamais été confrontés à l’histoire politique européenne de manière aussi brutale. Nous n’avions jamais vécu une décision si lourde, et potentiellement menaçante pour notre avenir. Bien qu’incompréhensible pour notre génération, le vote du peuple britannique n’est finalement qu’une réalité aussi évidente qu’inévitable : l’Histoire progresse et nous emporte avec elle. […]

Etant donné les résultats serrés du référendum, il serait malhonnête d’affirmer que la victoire du "Leave" est forte. Par conséquent, la jeunesse, les centres urbains et la nation écossaise se tournent désormais avec envie vers l’Europe, ce continent d’ouverture et d’opportunités. Nous leur donnons raison. C’est avec nostalgie que nous nous souvenons des liens tissés avec la jeunesse britannique à travers la culture, les voyages et les rencontres. C’est avec peine que nous envisageons l’avenir, séparés de cette nation qui nous rendait cette fierté d’être Européens à leur côté.

Cet événement résonne particulièrement dans nos cœurs; la séparation est douloureuse et nous ne pourrons accepter d’en vivre d’autres. Nous devons dès lors saisir cette occasion pour faire entrer notre génération dans l’histoire, puisque celle-ci nous bouscule. A cette fin, il faudra tenir compte de deux enseignements de ce Brexit.

Premièrement, nous ne pouvons plus nous reposer sur les acquis d’une Europe construite dans l’après-guerre et bricolée péniblement depuis. Notre génération mérite un véritable projet de construction européenne. Au lendemain du Brexit, un sentiment de revanche et un regain de sentiment européen nous soutiennent dans cette conviction. L’intégration approfondie a été freinée pendant trop longtemps. Si certaines nations ne croient pas en la force d’une Union européenne forte, qu’ils laissent celles qui y croient la construire. Repenser le modèle européen pour le fortifier sera un chantier colossal, mais ce sera également la fondation de la paix et de la prospérité européenne. Face au monde, les peuples européens ont collectivement une unité historique qui doit être mise en avant. Leur diversité culturelle n’est pas une division, mais une richesse sans égal. Leur diversité économique n’est pas un handicap, mais une opportunité de se construire sur un marché intérieur fort. Que serions-nous, petits pays européens dans un monde où les acteurs de demain sont des géants démographiques et économiques ? Une union économique et politique est notre seule option si nous voulons préserver et promouvoir les acquis de l’histoire européenne.

Deuxièmement, la passivité et l’ignorance politique est à combattre absolument. Première génération à bénéficier d’une mobilité étudiante et professionnelle inouïe, trop d’entre nous se détournent de la conscience politique. Cependant, le Brexit nous confronte au basculement d’un pays et d’un continent dans l’incertitude à la suite, simplement, d’un pari politique.

Les discours de campagne ont démontré comment l’avidité de pouvoir amenait des personnalités politiques à faire preuve de malhonnêteté. La manipulation des opinions par des slogans populistes et erronés doit être combattue par le développement d’une conscience politique et engagée, fer de lance de la déconstruction des discours émotionnels se jouant des réalités. Si nous ne bousculons pas notre confort quotidien pour nous engager dans les débats politiques, c’est dans la passivité que nous risquons de voir ce quotidien renversé par des causes qui nous dépassent. Bien que les jeux politiques en Europe soient complexes, ils ont le pouvoir d’influencer notre bien-être, et celui de nos enfants. A nous donc d’y faire entendre notre voix.