Une opinion de Colin Deneufbourg, diplômé en Études européennes de l’UCLouvain et l’UCLouvain Saint-Louis, conseiller politique JEF Bruxelles et co-fondateur de la YOUropean week.

Le coronavirus a modifié bon nombre de nos habitudes : nous devons porter un masque lorsque nous nous rendons à l’extérieur du foyer, nous ne pouvons ne pouvons plus profiter des plaisirs simples de la vie comme boire un verre avec une bande d’amis et nous ne pouvons plus embrasser nos proches comme avant.

Le Parlement européen, lui aussi, a dû changer ses bonnes vieilles habitudes. En effet, depuis l’apparition de l’épidémie sur le sol européen, le Parlement a décidé de mener ses séances plénières à Bruxelles plutôt qu’à Strasbourg.

Or, cette petite escapade mensuelle en bord de Rhin était bien ancrée dans les habitudes des eurodéputés, surtout depuis le Conseil européen d’Édimbourg de 1992 et le Traité d’Amsterdam de 1999 qui grave dans le marbre le siège des institutions existantes.

Ce changement d’habitude a réveillé cet éternel débat du siège unique du Parlement européen : Bruxelles ou Strasbourg ?

Car le problème est bien réel : hors période de Covid-19, le déplacement des eurodéputés et employés du parlement pour une semaine par mois engendre un coût non négligeable. Selon une étude de 2013, ce déplacement coûterait pas moins de 103 millions d’euros. Ce coût, qui ne représente que 6% du budget total du Parlement, disparaîtrait complètement en cas de siège unique.

Et puis, quelle démocratie représentative perd son temps, son énergie et son argent pour transférer son assemblée législative une fois par mois ? L’Union européenne est, certes, un exemple unique de démocratie mais ce n’est pas pour autant qu’elle doit l’être sur tous les tableaux.

Mais alors, Bruxelles ou Strasbourg ?

Bien que l’idée générale qui doit être défendue soit le siège unique, force est de constater que deux logiques s’affrontent.

Le siège bruxellois est, d’un point de vue pratique et logistique bien mieux loti que le siège strasbourgeois.

Non seulement, les deux autres institutions jouant un rôle dans la procédure législative – La Commission et le Conseil de l’UE – ont leur siège à Bruxelles mais aussi, cette ville est bien mieux desservie que son homologue française.

De plus, Bruxelles n’est pas uniquement le siège des institutions européennes mais aussi le siège d’autres institutions ou ONG internationales qui elles aussi jouent un rôle primordial dans la défense des intérêts européens.

Ce côté pratique est tout à fait observable dans les faits : l’essentiel du travail parlementaire se déroule à Bruxelles ; Strasbourg ne se limitant qu’aux votes en plénière.

1 point pour Bruxelles.

Mais le symbole dans tout ça ?

Strasbourg mérite de ne pas être boudée par la sphère européenne. Il est vrai qu’elle permet aux institutions de ne pas s’enfermer dans une bulle bruxelloise que l’on croit loin des préoccupations du terrain et de la population. Elle permet aussi de faire briller le symbole de la Réconciliation franco-allemande, fer de lance de la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), ancêtre de l’Union telle que nous la connaissons.

Enfin, l’impact économique de la présence des institutions européennes (Parlement et Conseil de l’Europe) n’est pas négligeable : il représente la création de 11 234 emplois et une valeur ajoutée de 637 millions selon une étude de 2011 du Groupement EDR - CityConsult – Médiascopie.

1 point pour Strasbourg – balle au centre.

À Bruxelles le pragmatisme, à Strasbourg, le symbole donc.

Mais dans les deux cas de figure, une question essentielle demeure : que faire de l’autre bâtiment ?

Ne pouvons-nous pas affecter une de ces deux magnifiques structures à une autre utilité ?

Il serait très certainement intéressant et judicieux, pour ma part, de défendre l’idée d’une grande université européenne. Non pas à l’image d’un Collège de l’Europe mais une vraie université qui soutiendrait les talents politiques, économiques, artistiques, philosophiques de l’Europe de demain !

Une université accessible à tous, multilingue et multiculturelle. Une université qui fera siennes les valeurs de l’Union européenne et qui en sera leur porte-étendard.

Une université unie dans la diversité.