Julia (prénom d'emprunt) est bloquée au Pérou depuis une semaine alors que le pays est en plein lockdown pour lutter contre le coronavirus. Manque de chance, elle devait rentrer en Belgique le jour où ce lockdown a été décrété dans le pays sud-américain. Et alors que la méfiance se fait de plus en plus grande vis-à-vis des Européens et la nourriture difficile à trouver, elle lance un appel à l'aide aux autorités belges. Témoignage.

C’est le désespoir total.

Je ne sais plus quoi penser. Je ne sais plus quoi faire. J'ai peur. Tous les jours un petit peu plus. Je pleure aussi, beaucoup.

Je suis bloquée à 600 km de la capitale péruvienne. Nous sommes au huitième jour de confinement. Les autorités sont de plus en plus sévères, d’autant plus avec nous les "gringos". Couvre-feu de 20h à 5h, interdiction de sortir du lieu de confinement. Il y a des militaires partout dans les rues. Aucun moyen de transport, aucun bus, aucun taxi, aucun avion national ou international.

Le pays est complètement bloqué. Et nous aussi. Le gouvernement péruvien a définitivement fermé ses frontières ce 22 mars 2020.

Via un groupe WhatsApp d’Européens bloqués au Pérou, nous savons que des bus et des avions internes ont été organisés par l’ambassade afin de permettre aux Français de rejoindre la capitale. Et hier, le premier avion de rapatriement français est parti de Lima jusqu’à Paris. Vous savez quoi ? L'avion n’était pas rempli. Que penser de ça ? N’y avait-il pas de places au moins pour d’autres Européens ?

Les ambassades allemande, anglaise, hollandaise, autrichienne, israélienne, canadienne... ont aussi réussi à négocier des vols retour pour leurs ressortissants. Et nous dans tout ça ?

Toujours rien pour nous. La Belgique au dernier rang.

Pour les Belges, aucune solution n’a encore abouti. On nous parle de solutions européennes mais visiblement ce n’est pas le cas.

"Il y aura probablement des solutions dans les jours à venir", nous répète-t-on sans cesse. C’est le "probablement" qui fait peur.

"Il faut s’armer de patience". Jusqu'à quand ?

De plus, les solutions seront pour les personnes dans les villes principales. Pour les autres, comme nous, ils ne savent toujours pas comment faire pour qu’on puisse rejoindre la capitale. Le gouvernement péruvien est de plus en strict sur les interdictions de mobilité.

Je me sens complètement abandonnée. L’ambassade de Belgique a même fermé ses portes. Nous n’avons qu’un numéro de téléphone qu’on peut appeler "en cas d’urgence".

N'est-ce pas une urgence ce que nous vivons ?

Les Belges du monde entier sont en train d’être rapatriés. Mais pas nous.

Nous n’avons visiblement pas tous la même chance de pouvoir rentrer chez nous.

Donc, malgré tout ça, on essaie de rester positif, de relativiser, de se dire que, bientôt, ce sera notre tour. On s’occupe comme on peut pour que le temps passe un maximum, mais ça devient de plus en plus compliqué.

Hier, en dehors des heures de couvre-feu, on a essayé de se rendre dans un petit marché pas très loin de notre lieu de confinement pour acheter de la nourriture. Après quelques mètres dans la rue, les Péruviens se sont écartés de plusieurs mètres, comme si nous étions le mal incarné, ils nous dévisageaient. Un tournant de rue plus loin, on a vu cinq militaires. Deux d’entre eux se dirigeaient vers nous, le M4 à la main (fusil d'assault, NdlR.), le doigt sur la gâchette. Ils nous ont demandé de nous mettre contre le mur. Ils nous ont dit alors que ce qu'on faisait était interdit et nous ont demandé de rentrer au lieu de confinement directement, sans quoi c'était les menottes et la prison.

C’est très impressionnant. J’ai vraiment ressenti les restes de la dictature. Ça fait très peur quand des militaires pointent leurs armes sur vous. Je ne me sens plus du tout en sécurité. On allait seulement chercher à manger...

Un témoignage d’une autre Belge sur notre groupe raconte que hier, vers 21h, à l’intérieur du lieu de confinement, ils mangeaient à plusieurs dans un jardin avec un peu de musique. Ils n’étaient donc pas en infraction. D’un coup, des militaires sont entrés dans l’auberge, ils les ont tous mis contre le mur et les ont embarqués au poste de police pendant des heures. On a pris leur téléphone aussi pendant des heures.

Ils ont dû signer toutes sortes de papiers sans savoir ce que ceux-ci contenaient. Par peur, et non par choix, tout le monde a écouté. Ils sont restés au commissariat plus de 4h avant de pouvoir rentrer chez eux.

Les mesures prises ici sont très strictes, mais il y a aussi beaucoup d’abus de pouvoir, surtout avec les touristes. Comme si la situation que nous vivons n’était pas assez compliquée.

Pouvons vous imaginer l’impact psychologique de ce genre de situation ?

Sans compter que nous sommes loin de chez nous, de notre famille, de tout.

Nous faisons face à la situation. Seuls. Et ce n’est pas facile.

Merci à toutes les personnes et autorités qui ont la capacité de faire bouger les choses de prendre la situation des Belges au Pérou très au sérieux. Les conditions dans lesquelles nous vivons ne nous permettront pas d’attendre encore longtemps avant d’avoir des répercussions sur notre santé physique et mentale, si ce n’est déjà trop tard.

Nous avons vraiment besoin d’aide.

On compte sur vous.