Une opinion de Patrick Gillard, formateur bénévole en alphabétisation.


Combien de sans-abri évitons-nous volontairement tous les jours ? Changeant de trottoir, prétextant une supposée urgence ou une absence - fondée ou pas - de petite monnaie.


Combien sont-ils ces sans-abri ? En Belgique ? À Bruxelles ? Dans les grandes villes ? Une centaine ? Un millier ? Dix milliers ? Davantage ? Au diable les statistiques impersonnelles ! Fions-nous à notre seule perception : elle est juste ! Ne sommes-nous pas, tous et toutes, convaincus que le sans-abrisme est un phénomène en constante augmentation ?

Comment qualifier notre société ?

Comment qualifier une société - la nôtre, faut-il le préciser ? - qui crée, d’un côté, des riches outrageusement riches et, de l’autre, des pauvres désespérément pauvres, au point que beaucoup d’entre eux se retrouvent définitivement rejetés dans la rue - jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Comment qualifier une société - encore la nôtre - qui, dès le printemps, jette dans la rue de nombreuses personnes comme vous et moi - nos frères et nos sœurs en humanité ? Comment qualifier une société - toujours la nôtre - qui se sert des sans-abri qu’elle expose ostentatoirement à la vue de tous pour menacer du même sort des masses de gens qui vivent juste au-dessus du seuil de pauvreté ?

Il faut des réponses

Avons-nous encore besoin d’inventorier les causes du sans-abrisme ? En imaginant que ce relevé soit réalisable - mais ce n’est qu’une hypothèse tant les causes semblent diverses et nombreuses-, le temps de faire cet inventaire, combien de nouveaux sans-abri ne viendraient-ils pas encore grossir les rangs des nombreux laissés pour compte dans la rue ? Bref, l’heure n’est plus à la recherche des causes ! Ce sont des réponses qu’il nous faut ! Mais que pouvons-nous faire, vous et moi, concrètement ?

Les petits et grands gestes généreux de tous les jours en faveur des sans-abri (leur sourire, leur parler, leur donner une pièce, un café, à manger, voire plus comme les héberger) n’empêchent cependant pas leur nombre de grossir à vue d’œil. L’aide précieuse apportée au quotidien par des travailleurs sociaux de rue non plus. Contrairement à ce que l’on attendrait, plus le monde associatif et les citoyens s’engagent dans l’assistance concrète aux personnes sans abri, plus l’État et les gouvernements durcissent leur politique d’austérité et d’exclusion qui, au nom de l’idéologie néolibérale, jette dans la rue toujours plus d’êtres humains.

Comprendre ce qu’aimer veut dire

Une société sans misère est-elle dès lors possible ? Son existence dépend exclusivement de nous, de chacun d’entre nous. Car nous sommes la société. Mais cette société n’adviendra que lorsque, vous et moi et beaucoup d’autres, nous aurons compris ce qu’aimer veut dire.

Observons ce qui se passe dans le monde et autour de nous ! Tous les jours, nombre d’actes de haine et de violence cachent médiatiquement quantité d’actes d’amour, si petits et éphémères soient-ils, tant à titre individuel que collectif. Pourtant, ces actes d’amour quotidiens ont bien lieu.

Une personne cède sa place à une autre dans le métro. Qu’est-ce si ce n’est un acte d’amour ? Quelqu’un discute avec un sans-abri dans la rue. Qu’est-ce si ce n’est un acte d’amour ? Trois cent mille personnes arpentent les boulevards de Bruxelles lors de la Marche Blanche. Qu’est-ce si ce n’est un grand cri d’amour en faveur des enfants ? Des citoyens accueillent chez eux des migrants rassemblés au parc Maximilien. Qu’est-ce si ce n’est un formidable élan d’amour en direction de ces personnes ?

Lorsque l’amour nous guide, nos actes sont justes. Aucune société animée par l’amour n’accepterait que des hommes, des femmes et des enfants vivent et meurent dans la rue. Et la nôtre ?