Une opinion d'Axel Smits, senior partner et chairman chez PwC Belgique.


Nous vivons une époque de perpétuels changements. Notre système éducatif doit s’y adapter afin de préparer au mieux nos jeunes à affronter le futur proche. Voici quelques pistes.


J’ai récemment été suivi comme mon ombre toute une journée durant par un ambitieux étudiant en master de 23 ans. Dans le cadre de notre participation à l’initiative "CEO for a Day", je voulais lui montrer à quoi ressemble habituellement ma journée de travail. Il m’a ainsi accompagné toute la journée avec un vif intérêt. À la fin de cette journée, je lui ai demandé comment il voyait le monde dans lequel nous vivons. "C’est un monde complexe. C’est comme si nous devions sans cesse nous réinventer", répondit-il d’un ton hésitant. Même s’il doutait quelque peu de sa réponse, il avait parfaitement raison.

Une ère de changements constants

Tandis que nos enfants s’apprêtent à retourner à l’école, ses paroles me traversent à nouveau l’esprit. La plupart des familles et des écoles entament la nouvelle année scolaire peu ou prou de la même façon que la précédente, alors que de profondes mutations nous obligent à nous réinventer au quotidien. Machines superintelligentes, algorithmes capables de manipuler les émotions avec une précision inouïe, catastrophes climatiques imputables à l’activité humaine, nécessité de changer de métier tous les dix ans… Comme ces perpétuels changements deviennent la nouvelle norme, la question se pose de savoir si notre système éducatif prépare effectivement nos jeunes à une ère de changements constants.

Un enfant qui naît aujourd’hui aura environ 21 ans en 2040. Il pourrait même être un citoyen actif du XXIIe siècle d’ici 2100. Son espérance de vie dépassera en effet les 81,5 ans actuels. D’ici 2040, près de 30 % des emplois que cet étudiant pourrait choisir à l’heure actuelle seront automatisés. Si cela devient une réalité d’ici une bonne vingtaine d’années, nous devrions nous demander si les enfants qui entrent à l’école primaire reçoivent les bagages nécessaires pour être fin prêts à affronter le futur proche.

Des salles de classe virtuelles aux applications d’apprentissage mobiles : la transformation numérique soutient certes déjà notre système éducatif, mais elle ne l’a pas encore transformé. Cela me fait aussi penser à l’enseignant, debout, devant des élèves qui écoutent essentiellement ce qu’il dit avec une interaction relativement limitée. La transformation numérique de l’enseignement va bien au-delà de l’installation d’un ordinateur au fond de la classe ou de l’utilisation de tablettes. Les méthodes d’enseignement et ce qui est enseigné à nos enfants n’ont pratiquement pas évolué. Maintenant que (presque) toutes les connaissances sont disponibles en ligne et que les machines exécutent des tâches cognitives toujours plus complexes, ne faudrait-il pas se demander si notre système éducatif belge traditionnel ne doit pas être "actualisé" ?

Une éducation adaptative

Pour suivre le rythme du monde de 2040, il nous faudra trouver de nouvelles idées mais, surtout, nous réinventer encore et encore. L’éducation du futur devra être adaptative et expérientielle. L’intelligence artificielle peut y jouer un rôle très positif si le système éducatif est bien adapté. Celle-ci permet de personnaliser les apprentissages selon les forces et les faiblesses de chacun. En effet, grâce à l’analyse de données, certains programmes informatiques proposent des tutoriaux personnalisés basés sur les intérêts et les compétences de chacun permettant ainsi aux étudiants et aux étudiantes d’apprécier autrement les différentes matières et d’avancer à leur propre rythme.

L’enseignement de l’avenir devra également davantage être associé à l’apprentissage par la pratique. D’autres pays proposent déjà aux élèves une gamme de programmes éducatifs qui intègrent l’apprentissage dans des contextes réels, notamment par le biais d’ateliers et de stages mais également par des exercices virtuels grâce à la technologie de simulation.

Qu’importent les avancées technologiques, la dimension sociale et la responsabilité de l’enseignant resteront importantes et contribueront toujours au développement personnel des élèves. Nous nous souvenons tous d’un professeur en particulier qui nous a marqués et sans qui nous ne serions pas devenus ce que nous sommes aujourd’hui.

Cependant, l’art de l’adaptabilité et de la résilience mentale exige un certain nombre de compétences qui ne peuvent se développer en lisant un livre ou en écoutant un cours magistral. Le renforcement des compétences numériques devient également impératif. Il s’agit de compétences grâce auxquelles nos jeunes savent comment exploiter les innovations technologiques mais aussi comment les maîtriser, tant sur le plan des perspectives que des dangers potentiels. Fort heureusement, les humains sont encore capables de faire plus que de simples robots. Ce n’est pas un hasard si les compétences de demain sont des domaines dans lesquels les humains conservent un avantage considérable sur les machines et les robots : pensée critique, créativité, collaboration et communication (les "4 C"). Les compétences sociales et émotionnelles, mais aussi les compétences STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), en particulier la programmation et le traitement d’informations complexes, prennent de plus en plus d’importance.

L’apprentissage ne s’arrête jamais

L’idée selon laquelle la formation se termine une fois le diplôme en poche doit également être reléguée aux oubliettes. Aujourd’hui, nous continuons à scinder nos vies en une période consacrée aux études et à l’apprentissage et une période consacrée au travail. Mais à une époque où il convient de se réinventer en permanence, l’apprentissage ne s’arrête jamais.

Mon meilleur conseil à l’étudiant qui m’a suivi tout au long de cette journée, mais aussi aux autres étudiants : n’attendez pas que le futur arrive, prenez activement votre propre avenir en main. Bill Gates a dit un jour que les changements à court terme sont souvent surestimés, et qu’ils sont généralement sous-estimés à long terme. La révolution, via les nouvelles technologies que nous vivons actuellement, entraînera indubitablement des bouleversements, mais elle ne rendra pas les humains superflus. L’avenir lointain commence aujourd’hui.

Chapô de la rédaction.