L’année qui se termine a été riche en débats d’idées. Nous vous proposons d’en revisiter l’un ou l’autre lors de cette dernière semaine de 2016. Aujourd'hui, nous nous concentrons sur tout ce qui touche à l’enseignement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année fut mouvementée. Avec entre autres : la réforme des titres et fonctions, le pacte scolaire qui propose notamment de revoir les rythmes scolaires, les débats autour de la nouvelle orthographe et l’évocation de la possibilité de rendre les cours de gymnastique mixtes.


Le cri de plus de 100 directeurs d’école

Le jeudi 22 septembre, 107 signataires issus d’écoles secondaires de Bruxelles et du Brabant wallon pointaient toutes les règles qui les empêchent d’avoir le temps et l’autonomie nécessaires pour développer leur action pédagogique : décret inspection, statut des directions, décret inscription, réforme des titres et fonctions…

Voici un extrait de leur cri de détresse : "Toutes les études démontrent qu’un excès de bureaucratisation et un manque d’autonomie nuisent à la qualité de l’enseignement. Le dernier état des lieux de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), réalisé par le bureau McKinsey, mettait en exergue le nombre incalculable de réformes auxquelles nous avons été soumis, chacune restreignant davantage notre liberté et accentuant de façon exponentielle la charge administrative de tous ses acteurs. Tout est mesuré, surveillé, inspecté, contrôlé, standardisé. Le décret ‘Titres et fonctions’ atteint des limites insoupçonnées de production de papier - c’est Kafka - avec un flicage minutieux - c’est Staline… Ce délire administratif est inversement proportionnel à la qualité de l’enseignement que nous cherchons inlassablement à offrir à nos élèves. Nous nous épuisons à nous battre contre des réformes le plus souvent contre-productives au lieu de nous dédier à la mise en place d’un enseignement connecté aux besoins de nos élèves dans un monde en totale mutation où les enjeux éducatifs méritent plus que jamais notre attention à temps plein."

Les directeurs d’école concluaient leur texte en s’adressant directement à la ministre de l’Enseignement, Marie-Martine Schyns (CDH) : "Notre système d’enseignement est en soins palliatifs : si vous ne voulez pas assister à son enterrement de première classe, si vous croyez à la plus haute importance d’une formation d’excellence pour nos enfants, rendez-nous de toute urgence un minimum d’autonomie et de temps pour l’action pédagogique."


Pour trois semaines de vacances à Noël ?

Après le congé de fin d’année, dans les classes, les enfants sont trop fatigués. Chronobiologistes et psychopédagogues réclament une troisième semaine de repos à Noël.

OUI - Alain Malchair, pédopsychiatre au CHU de Liège. Professeur à l’Université de Liège:

"C’est une question d’équilibre. Le premier quadrimestre est le plus important et le plus intense pour les écoliers. La diminution de la luminosité rend leur organisme plus fragile. Ces vacances avec deux fêtes et de nombreux couchers tardifs ne permettent pas aux enfants de récupérer. Une semaine de congé en plus remettrait leur rythme veille/sommeil en adéquation avec l’horaire d’école."

NON - Masanka Tshimanga, présidente SLFP-Enseignement:

"Glisser une semaine des vacances d’été vers la période de Noël, cela n’a pas de sens. Il faut tout remettre sur la table. Or, comme toujours, on débat des rythmes scolaires sans évoquer tout ce qui va avec, au niveau barémique, des traitements, de l’organisation, de la santé, des habitudes, sur le plan économique, etc. Et faute de trouver un accord sur tout, on pourrait décider de ne toucher à rien."


La réforme scolaire de trop ?

Parmi les opinions les plus partagées cette année, on retrouve celle d’Axel Bex, un directeur d’école secondaire à Bruxelles. Elle concerne la réforme des titres et fonctions.

Et voici le casse-tête dont il nous a fait part : "Un professeur de psychologie, porteur d’un titre pédagogique pour enseigner dans le secondaire supérieur, donnait 10 heures de cours de psychologie dans mon établissement l’année scolaire passée et a trouvé une charge complète dans un autre établissement. Elle enseignait de la 3 e à la dernière année du secondaire. Il a donc fallu partir à la recherche d’un nouveau professeur, selon les critères de cette nouvelle réforme. Que dis-je, un nouveau professeur ? Je devrais plutôt parler de trois nouveaux professeurs !"

"En effet, depuis la rentrée, le cours de psychologie en 3 e secondaire ne peut plus être donné par un psychologue, pas plus que le cours d’expression corporelle lié au cours de psychologie. Pour une charge de 10 heures par semaine, il a fallu engager un prof de psycho pour 6 heures dans le secondaire supérieur, un professeur d’éducation physique pour le cours d’expression corporelle pour deux heures par semaine, et trouver un agrégé de l’enseignement secondaire inférieur en sciences sociales pour le cours de psychologie en 3 e . Mais les choses étaient, jusque-là, encore trop simples."

"Nous nous sommes effectivement rendu compte que ce dernier diplôme n’est pas délivré à Bruxelles, et il semble même qu’il n’existe pas ! Comme je peux me rabattre sur un agrégé en sciences humaines, un professeur d’histoire donnera le cours d’initiation à la psychologie, deux heures par semaine, aux élèves de troisième. Je compte sur le fait qu’il ne donnera que de l’initiation car il n’a jamais été formé pour ce cours, alors que, faut-il le rappeler, une licenciée en psychologie employée dans l’établissement serait ravie de donner ce cours et, accessoirement, augmenterait ainsi son salaire. Cette situation me conduit à penser que l’enseignement francophone constitue une nouvelle illustration du courant artistique majeur de notre pays, le surréalisme."


Cours de gym mixtes ? 56 % d’entre vous êtes pour

Sans doute la ministre de l’Egalité des chances et des droits des femmes, Isabelle Simonis (PS), s’est-elle avancée un peu vite, en lâchant, mardi 4 octobre, dans la presse, que les cours de gymnastique seraient bientôt mixtes dans l’enseignement secondaire.

Un projet se trouve bel et bien sur la table du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Seulement, il doit être travaillé en collaboration avec Marie-Martine Schyns (CDH) qui a l’Enseignement dans ses compétences… Or, tandis que Madame Simonis restait bizarrement injoignable dans la journée, Madame Schyns ne se gênait pas, elle, pour donner son avis… Plutôt négatif !

Mais, nous, ce qui nous importait surtout, c’était de vous solliciter sur la question. Sur plus de 3 400 personnes ayant participé au sondage sur LaLibre.be vous étiez 56 % à aimer l’idée de cours de gym mixtes.

Vous êtes également plus de 190 à avoir répondu à notre appel à témoignages. Parmi les principaux arguments de ceux qui sont séduits par l’idée, pointons l’abolition des différences et l’apprentissage du respect mutuel. Et, dans le camp des détracteurs, la gêne et l’inégalité des performances.

Gilles : “Hommes et femmes, nous avons vocation à nous mélanger. Les petites filles et les petits garçons doivent dès lors apprendre à être ensemble, courir ensemble, sauter ensemble… Créer une fracture entre les garçons et les filles, au cours de gym, ne fait qu’alimenter les fantasmes des uns et des autres pendant l’adolescence. Nous sommes différents physiquement, et alors  ? Prendre conscience de cette différence me semble plus intelligent que de la nier.

Laetitia : “Un cours de gym mixte  ? Mauvaise idée  ! A l’adolescence, j’étais très complexée par rapport aux autres filles, et j’imagine que cela aurait été encore pire si j’avais dû faire du sport avec des garçons. Sans compter qu’avoir une femme comme prof de gym pour les filles et un homme pour les garçons permet à chacun de pouvoir aborder des problèmes personnels propres à chaque sexe. Personnellement, je me rappelle de certaines discussions qui sont nées durant les cours de gym.


Une orthographe inclusive

Pour la chronique de l’enseignement de ce 25 avril, Benoît Wautelet, enseignant à la Haute Ecole Louvain en Hainaut, évoquait les nombreuses questions que pose l’irruption de la nouvelle orthographe dans le champ médiatique : "La polémique fut porteuse d’enseignement sur notre modèle de société. Elle l’interroge profondément et interpelle douloureusement sur le rapport à la norme sociale et sur notre vision de l’accueil de l’autre. Décris-moi ton orthographe, je te dirai qui tu es…"

"Tout d’abord, peu de voix ont prôné une réelle simplification de l’orthographe française. Les défenseurs de la nouvelle orthographe, au contraire, ont tenté de minimiser l’impact réel des rectifications proposées. Il fallait rassurer. On change mais, rassurez-vous, pas trop ! Une question se pose : pourquoi est-il si difficile de sereinement et durablement réfléchir à une véritable simplification ? L’orthographe est compliquée, elle est bourrée de contradictions, la mission de l’école n’est plus uniquement de l’enseigner… Elle est actuellement totalement antisociale (il s’agit d’une norme qui exclut !) et antidémocratique (un message fort mais avec des erreurs d’orthographe perd généralement tout crédit…) Ne serait-ce pas logique, en 2016 et dans un monde de migrants, de réfléchir à créer une orthographe qui inclut, qui unit, qui accueille ?"