Une opinion d'Hippolyte Wouters, avocat au barreau de Bruxelles.

On peut penser ce que l’on veut de la personnalité de Donald Trump, il est ce qu’il est, mais il est aussi un Président légitimement élu par le peuple (même s’il a obtenu trois millions de voix de moins que sa rivale). Je n’ai aucun titre requis pour me prononcer sur sa culpabilité ou sur son innocence, et en tant qu’avocat je m’abstiens en plus d’émettre une opinion sur un dossier que je n’ai pas lu. 

Mais ce qui vient de se passer dépasse de loin le cas de Monsieur Trump. On sait qu’il fut déféré par la Chambre des représentants au Sénat, appelé à le juger. Ainsi le veut leur Constitution. Premier sujet d’étonnement : la presse annonce depuis plusieurs mois que les chances de condamnation sont quasi inexistantes, pour la "bonne" raison que le Sénat était majoritairement républicain ! Or, en vertu de la Constitution, une assemblée politique est transformée en une institution judiciaire et dès lors revêtue de fonctions impliquant rigueur et impartialité. Les sénateurs furent d’ailleurs priés de jurer sur la Bible en rigueur et conscience. Les Pères fondateurs avaient sans doute placé très (trop ?) haut l’estime qu’ils portaient à la gent politique, en confiant le destin d’un homme à ceux dont le sort politique pouvait être lié au sort de celui qu’ils avaient à juger. La deuxième chose qui étonne est que l’immense majorité des sénateurs déclaraient ouvertement, et ce sans attendre ni la fin ni même le commencement du procès, qu’ils voteraient l’acquittement de l’accusé ! 

L’absence d’indignation résultant d’une telle prise de position est particulièrement interpellante. Soit c’est l’indice d’un affaissement considérable de la moralité publique, soit la manifestation éclatante du mépris profond que le peuple voue à la classe politique. Aucune des deux hypothèses n’a de quoi rassurer ! Pire encore : lorsque les sénateurs ont été en mesure de faire entendre les témoins à qui la Maison-Blanche avait interdit de témoigner, ils ont refusé de les entendre, se rendant ainsi en quelque sorte complices du délit d’obstruction à la justice qui était reproché à l’accusé. On dit, à juste titre, que lorsque la politique entre au prétoire, la justice en sort. Il semble aujourd’hui et en l’espèce avéré que lorsque la justice veut entrer dans une assemblée politique, elle est priée de rester à sa porte. 

N’est-ce pas un malentendu bien plus grave de la justice de brader son nom à une assemblée politique et d’avoir ainsi profondément dévalorisé l’autorité qu’on en attend et le respect qu’on lui voue ?