Cette semaine encore, vous avez été très nombreux à réagir aux sujets qui ont fait l'actualité. Voici quelques-uns de vos courriers. Pour proposer le vôtre, contactez-nous à l'adresse : llb.debats@lalibre.be

Hommage

Au revoir Graeme Allwright

Le peu d’écho signalant le décès du chanteur Graeme Allwright ce 16 février fait peu de place à l’importance que ce chanteur avait pris dans le cœur de toute une génération de jeunes à l’approche des années 80. Devant les feux de camp et dans les chansonniers des mouvements de jeunesse, Graeme Allwright avait progressivement supplanté Guy Béart ou Hugues Aufray qui ne rendaient pas au scoutisme l’amour que les scouts leur donnaient. Graeme Allwright avait en plus cette touche militante d’un écorché pour la paix et la justice sociale mais aussi, déjà, pour l’écologie. Son mode de vie sain et d’honnête homme, comme en témoigne Maxime Leforestier, sa simplicité sur scène (dans un auditoire de l’ULB par exemple), son accent néo-zélandais donnaient une touche de sincérité aux valeurs humanistes qu’il prônait. Il fit aussi connaître aux francophones la musique country américaine en traduisant avec talent Bob Dylan (Davy Moore), Pete Seeger (Jusqu’à la ceinture), Peter Paul and Mary (Le Jour de clarté), et last but not least : Leonard Cohen (Suzanne). Mais il a aussi fait connaître des chansons comme "Petites boîtes", "La Mouche bleue", "Les Diamants dans la mine" ou "Sacrée bouteille". Lui-même ne se lassait pas (nous non plus d’ailleurs) de sa chanson des retrouvailles ou d’une de ses premières chansons : Le Trimardeur. Quelquefois, on l’entend encore lors d’une cérémonie de funérailles avec l’une ou l’autre très belle chanson d’adieu, comme Je m’envolerai. Mais son chef-d’œuvre est peut-être d’avoir essayé de faire réfléchir les Français sur le sens que cela a de chanter les paroles d’un hymne national qui sont désuètes et porteuses de valeurs guerrières et de haine de l’ennemi, valeurs dans lesquelles on ne peut plus se reconnaître aujourd’hui. Mais son intelligence - même s’il n’a pas (encore ?) été suivi par le politique - a été de proposer des paroles humanistes alternatives que l’on pourrait justement être fier de chanter lorsque, par exemple, on représente son pays dans une compétition sportive. Je vous les livre ci-dessous : elles pourraient être analysées dans les cours de sciences humaines dans nos écoles. Les enfants du chanteur racontent qu’il avait l’habitude de commencer ses concerts par cette Marseillaise revisitée. Au revoir Graeme Allwright. "La Marseillaise", par Graeme Allwright… Pour tous les enfants de la terre Chantons amour et liberté. Contre toutes les haines et les guerres L’étendard d’espoir est levé L’étendard de justice et de paix Rassemblons nos forces, notre courage Pour vaincre la misère et la peur Qui règnent au fond de nos cœurs L’amitié, la joie et le partage La flamme qui nous éclaire Traverse les frontières Partons, partons, amis, solidaires Marchons vers la lumière. Paul Bienbon

Politique belge

Ensemble-Tezamen

Comme sa Maman devait s’occuper du repas, je pris Victor dans mes bras. Je berçai ce petit bout de six mois, heureux, souriant. Mais des questions lancinantes me trottaient en tête, générant beaucoup d’angoisses au fond de mon cœur. Quel serait son avenir ? Quel monde allons-nous lui offrir ? Et je pensais à tous ces hommes et femmes politiques, incapables de s’écouter les uns les autres, sourds à quelque compréhension mutuelle que ce soit, arc-boutés sur leurs ukases, leurs anathèmes, enfermés dans leurs peurs de perdre leurs misérables prés carrés de pouvoir, situation tellement bien illustrée par la Belgique, du nord au sud, mais aussi en Europe et ailleurs. Ne lisent-ils pas, ces politiques, ne comprennent-ils pas, ne fût-ce qu’un tout petit peu, les exhortations, discours, critiques, appels, inquiétudes… les incitant à un peu de courage, un minimum d’audace dans l’action ? Sont-ils encore capables de reconnaître qu’il existe un bien commun, un art du vivre ensemble au-delà de leurs obsessions ? Ouvertement ou implicitement, au lieu de solutions, ils offrent des problèmes, au lieu de l’accueil, le rejet, de la force d’une destinée commune, la faiblesse des replis identitaires, de projets courageux, mobilisateurs, des ambitions étriquées. Ne réalisent-ils pas que la seule guerre qui vaille la peine d’être menée, s’ils veulent que Victor et ses frères et sœurs en enfance et innocence aient un autre avenir qu’un Armageddon de désespérance, est celle contre le dérèglement climatique et qu’il faut la gagner ? N’ont-ils pas conscience que cette bataille porte en elle un immense espoir, renforcé de réalisations concrètes, que ce soit en matière d’emploi, de santé, d’éducation, d’indépendance, de reprise en main de notre destinée, de frein à la cupidité de la finance, à la montée des inégalités et des populismes ? Serait-il impossible que, face à un tel défi et à de telles opportunités, nos hommes et femmes politiques se rappellent que ce n’est qu’ensemble - tezamen - que nous gagnerons ce combat et offrirons à nos enfants les chemins de l’espoir ? Alain Tihon

Une crise du courage

Mesdames et Messieurs les politiciens, il y a une crise, celle du manque de courage ! Mon père a volontairement et à 55 ans risqué sa vie dans l’armée en 1940. Il en est mort. Mon unique frère s’est engagé dans la Résistance comme tant d’autres. Il en est mort au camp de concentration de Neuengamme en Allemagne. Jusqu’à quand allez-vous laisser la Belgique dans cette ingérence dramatique ? Ce n’est pas facile… Non, mais il est urgent d’oublier votre ego. Faites ce pour quoi on vous a élu, et non pas pour vous faire réélire. Merci ! Colette de Hemptinne

Religion

Le prétendu "droit" au blasphème

Épris de leur liberté individuelle jusqu’à la confondre avec l’individualisme, nombre de nos contemporains considèrent un peu trop facilement que ce qui n’est juridiquement pas condamnable (et est donc légalement permis) devient, de ce seul fait, un véritable droit. Par exemple, les droits de la défense et plus particulièrement la présomption d’innocence interdisent de sanctionner, même indirectement, le mensonge émis pour éviter une condamnation ; ils en déduisent aussitôt un "droit au mensonge". De même, la loi pénale de notre pays ne sanctionne pas l’outrage à la divinité ou à la religion ; il s’ensuit qu’ils n’hésitent pas à parler de "droit au blasphème". Et pourtant, la liberté d’expression n’autorise, en morale, ni le mensonge ni le blasphème ! D’une manière plus générale, d’ailleurs, une tolérance ne suffit pas à justifier ce qui reste en soi une erreur, une faute ou un abus et donc un mal. Pour en revenir à la question toujours très actuelle du blasphème, il convient ensuite de bien comprendre que, s’il reste fautif, ce n’est évidemment pas parce qu’il offenserait la divinité. C’est qu’en effet, l’offense de celle-ci ou de la religion n’est pas une conséquence du blasphème ; elle ne fait que le définir ! Si cet outrage du sacré reste moralement inacceptable, c’est en réalité parce qu’il est susceptible de scandaliser le croyant. "Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer." Certaines traductions des évangiles synoptiques se limitent à parler de "celui qui fait tomber" ou "qui provoque la chute", mais le terme grec scandalô signifie "placer un piège pour faire tomber" et les dictionnaires définissent dès lors le "scandale" comme "l’occasion de chute, de péché", surtout celle "fournie par l’exemple de quelqu’un". De même qu’il nous est moralement interdit de faire perdre à autrui ses illusions pour le seul plaisir de l’humilier ou d’en rire, le blasphème ne peut, à plus forte raison, être toléré, quand bien même il serait prétendument proféré par humour, chaque fois que l’on s’amuse d’une personne, en sa présence ou autrement, de manière méchante, afin qu’il en souffre. Puisque nous vivons dans un pays où la population s’avoue majoritairement catholique, que l’Église y interdit le blasphème (catéchisme, éd. Bayard 1998, n° 2148) et que celui-ci reste d’ailleurs condamné en droit canon (Code de droit canonique, 1983, can. 1369), une dernière réflexion vient à l’esprit. Ce qui attriste le Dieu miséricordieux de la foi chrétienne, ce n’est évidemment pas un mal que lui occasionnerait directement le péché ; il ne souffre pas parce qu’une vie est ôtée, une santé compromise, de l’argent volé ou escroqué, et il ne l’est pas davantage lorsque son propre nom est sali, déshonoré ou moqué. En vérité, ce qui peine le père de l’enfant prodigue, c’est que celui-ci était perdu - ou plutôt s’était perdu - et qu’il s’était ainsi écarté de lui. Il n’est donc pas question - comme on l’entend ou le lit parfois - de "venger" Dieu du blasphème, comme s’il avait souffert de l’outrage en tant que "victime" ! En conclusion, n’est-il pas préférable de revendiquer pour tout croyant (quel que soit son culte) un véritable droit à la liberté religieuse, un droit qui irait jusqu’à inviter autrui à le respecter ? La laïcité peut absoudre et même justifier le blasphème, mais la liberté d’expression permet sans aucun doute de contester ici qu’elle conforte, par la reconnaissance d’un droit subjectif, l’autorisation qu’elle accorde curieusement à tout citoyen d’en offenser un autre en ce qu’il a de plus intime : ses croyances et, à plus forte raison, sa foi. Frédéric Close

Société

Propos ringards d’un enfant de l’après-guerre

Coup sur coup, dans l’actualité de la semaine, trois flashs, et trois flash-backs subséquents m’ont interpellé. Premier flash : un article de presse sur les comptes de Fortis, et combien le sauvetage de ladite officine a coûté à l’État (donc aux contribuables, dont je suis), et combien cela va lui rapporter (et à moi aussi ?) de par sa participation importante dans l’officine du sud qui la reprit. Flash-back : années cinquante, les maîtres et les maîtresses d’école recueillant les petites économies des gosses des villages, enfants de fermiers et d’ouvriers, et les transformant en vignettes, portant des chiffres à un zéro, avec devant un 2 ou un 5, collées dans un livret de Caisse d’Épargne, précieusement gardé à la maison entre les draps et la naphtaline. Deuxième flash : à la radio, La une, sur le service public, les matraquantes publicités, pour des autos, des margarines, des gigas en plus, articulées avec des accents pas possibles, bruxellois que Mademoiselle Beulemans en rougirait (disons plutôt Monsieur Devos et Madame Lemmens), liégeois pire que le défunt Papa. Flash-back : le langage perçu comme ascenseur social, un français de bien élevé, pas les gros mots, ni les argots, ni les parlers approximatifs. Troisième flash : en illustration à la récente publicité de Bruxelles Formation, une grande image d’une personne un peu vulgaire, mais très contente d’elle-même, clamant à travers un selfie "moi quand j’annonce aux copines que j’ai réussi ma formation". Pour attirer les jeunes, il faut parler leur langage, dit-on, et utiliser les codes d’aujourd’hui… Et que je m’exclame sur instagrame, et que je me désape sur ouatesape, et que je fais le plouc sur fesse-bouc… Flash-back : les manuels des bonnes manières, être poli, faire attention aux autres, éviter l’égoïsme comme la peste, ne pas toujours parler de soi. Oui, bon, mais quoi ? me direz-vous. Propos ringards d’un vieux grognon sur le mode "c’était mieux avant" ? Quel est le lien entre ces trois machins ? Le lien, c’est la démission, la veulerie, la bassesse. Tirer vers le haut, par la promotion de l’épargne, par le refus de l’obscénité publicitaire, par la diffusion de messages corrects ? Vous n’y pensez pas ! Le peuple, à qui on prétend s’adresser, les chers-z-auditeurs, les consommateurs, les contribuables, voilà ce qu’ils demandent, qu’on cause comme eux, qu’on pense comme eux, qu’on les flatte dans le sens du poil. Vulgarité et médiocrité à tous les étages, avec l’assentiment, sinon la complicité, des autorités. C’est le culte du fric, à l’heure de Moreau et de ses compères anversois, l’Épargne est un vilain mot. C’est le culte de la bêtise, quand Proximus, dont l’État belge est toujours, jusqu’à preuve du contraire, actionnaire majoritaire, proclame que si les ados font la gueule en famille c’est parce qu’ils n’ont pas assez de gigas sur leur bidule. C’est le culte du moi, le nombrilisme aussi creux que superlatif, avec le message en question promu, et payé, par un organisme officiel. Le point commun de ces trois infos, c’est la faillite. On dira faillite de la famille, bien sûr, et on n’aura pas tort. On ajoutera faillite de l’école, évidemment, bouc émissaire facile. Mais surtout faillite de la puissance publique, qui ne trace plus la ligne, la règle, de la racine latine (mais qui s’intéresse encore au latin ?) reg-, à savoir la ligne droite. Au lieu de tirer vers le haut, comme autrefois, la tendance est clairement de tirer vers le bas. Certains, plus cyniques que moi, diront que c’est voulu, que ça ‘les’ arrange que les gens soient, restent ou deviennent bêtes. En ce sens, est-ce ringard de dire que "c’était mieux avant" ? Alors, oui, ringard devient un compliment. Jean-Marie Custers